La trahison des élites

, Serge Gourary

Titre La trahison des élites auteur Serge Gourary

La trahison des élites

Par Serge Gourary

C'est le titre qu'a donné le célèbre éditorialiste Amnon Dankner, une des figures de proue de l'intelligentsia journalistique de gauche, à un de ses articles retentissants dans lequel il a fait en quelque sorte l'oraison funèbre du processus d'Oslo et du soutien souvent inconditionnel et aveugle qu'il a reçu au sein des élites du pays (Maariv, 19.1.2001). Depuis le début de la %91Guerre de Roch Hashana', on a pu assister à une timide remise en question du bien-fondé de ce processus %91dit de paix', entamé voilà plus de 7 ans sur les pelouses de la Maison Blanche. Mais il ne fait aucun doute que c'est Dankner qui a été le plus loin dans cette introspection et cette réflexion critique du rôle et de l'attitude de ces élites sociales israéliennes qui ont vu leur rêve de paix, à la %91mode Oslo', volé en éclat. Ce journaliste a précisé qu'il s'agissait "d'une élite ashkenaze, libérale, laïque du monde politique, académique, médiatique, économique et des hauts-fonctionnaires, qui a lié sa réputation et son destin, sa force et son pouvoir de persuasion à ce processus de paix avec les Palestiniens, connu comme le processus d'Oslo". Il ne manquera pas de critiquer l'attitude de cette élite qui par "son arrogance, ses expressions de mépris et de dédain pour celui qui pense autrement qu'elle, en le définissant comme analphabète, ignorant, primitif, religieux et assoiffé de guerres, cherche à écraser toute opposition, toute velléité de controverse, toute approche critique et toute remise en question du processus d'Oslo". Mais cet éditorialiste de renom n'hésitera pas pour dire "que ce processus avait pris un caractère religieux, autour duquel s'étaient rassemblés les prophètes de la Paix, les visionneurs d'un Nouveau Moyent-Orient, les chantres du %91repos sous sa vigne et son figuier et de la transformation des épées en charrues', les prêtres du culte et les exégètes qui se sont spécialisés dans la modification des faits évidents en messages et étapes essentielles sur le chemin de la Rédemption". Dankner rappelera que pour ces derniers: "les morts d'Oslo étaient devenus dans leurs bouches, %91les victimes de la paix; l'adversaire impitoyable qui viole les accords était devenu (toujours) dans leurs bouches %91le partenaire de la Paix des braves'; la propagande abjecte pleine de haine étant définie (par eux) comme une réaction naturelle après des années d'occupation".

La %91malaria' de la paix

Mais cette élite refuse de voir la réalité tel quel et souffre d'aveuglement politique et c'est pourquoi ce journaliste a eu raison d'ajouter: "Même maintenant que tout est clair, rien n'est clair pour cette élite. La droite avait prévenu que le processus d'Oslo n'amènerait pas la paix mais nous entraînerait au seuil d'une guerre. Cet avertissement se concrétise devant nos yeux, mais cette élite le nie,%85; la droite avait prévenu: "ne leur donnez pas des fusils parce qu'ils les dirigeront contre nous". Cela aussi s'est réalisé mais elle continue de nier; la droite avait dit: "quand nous arriverons au bout , vous vous rendrez compte que les Palestiniens ne sont pas prêts à renoncer au droit du retour". Cela se passe bel et bien ces jours-ci, et l'élite hausse les épaules en prétendant, non, ils n'ont pas vraiment l'intention de le faire, tout ira bien". Après avoir lancé quelques piques bien acérées contre cette droite qu'il ne porte pas trop dans son coeur, Dankner ajoutera que "l'aveuglement, l'autosuggestion illusoire, l'arrogance et la négation de la réalité de cette élite dirigeante, sont bien plus alarmants parce qu'ils indiquent qu'une grave maladie s'est propagée au sein de la classe qui mène le public israélien et vers laquelle sont tournés avec admiration même les regards des opposants politiques". Ce que Dankner n'arrive pas à comprendre c'est pourquoi ces élites s'accrochent avec tellement d'ardeur obsessive à ce rêve de paix éclaté. Pour lui, "le fait que les architectes de cet accord (d'Oslo) continuent à s'y accrocher, à y croire, à essayer de convaincre qu'il est toujours vivant, intact et invincible, - malgré l'effondrement total des accords d'Oslo, dans ses termes et dans son esprit , malgré l'Intifada d'El Aksa, le dévoilement d'une haine profonde, le respect acharné du droit de retour par les Palestiniens, le partage cruel et irréalisable de Jérusalem, l'exigence d'une évacuation dramatique, déchirante et impossible de milliers d'habitants des implantations, - est insupportable et soulève l'inquiétude voire même l'angoisse". En fait Dankner expliquera que "le mépris, la désinvolture et l'insensibilité perverties qui se sont dernièrement dévoilés vis-à-vis de tout ce qui était sacré, important et fondamental dans le lien des Juifs avec Jérusalem et le Mont du Temple, sont les symptômes les plus révélateurs de cette grande passion de rejetter même les choses qui sont au coeur de l'identification juive, pas seulement religieuse en faveur de cette maniaquerie de la paix". En conclusion de ce chapitre, il ajoutera que "c'est cette maniaquerie qui pousse les leaders de la gauche avec une fébrilité étrange, pour arriver à un traité, un accord de principes, quelque chose, alors qu'il est évident que ce n'est pas le moment propice pour cela, et qu'il sera possible seulement d'arriver à un accord partiel et provisoire". Ce qui ressort de cette analyse mordande de la part d'un intellectuel de gauche, c'est que les élites qui ont enfanté cet accord d'Oslo, ne sont pas encore prêts à faire leur mea culpa et sont toujours pris par cette fièvre passionnelle de la paix qui ressemble de plus en plus à une véritable %91malaria' de la paix!.