Même si nous ne partageons pas toutes les opinions émises par l'auteur de cette étude, il nous a paru nécessaire de la publier afin de montrer à tous la désinformation à laquelle l'Etat d'Israël est confronté.
LIVRE BLANC
La guerre qu'Israël refuse de mener
par Paul Giniewski
Israël est au coeur d'une crise qui ressemble à une guerre.
Elle a commencé par une phase initiale de tirs et de lancers de cocktails Molotov, derrière l'écran protecteur des jeunes lanceurs de pierres. Elle s'est transformée en l'espace de quelques semaines en une guérilla des route, avec des centaines d'attaques contre des véhicules, des attentats à la bombe, notamment contre un bus scolaire à Kfar Darom et un autobus au coeur d'Israël, à Hadera, des tirs contre les villes et les agglomérations, des incendies de forêt criminels, des destructions de récoltes.
L'objectif des Palestiniens est évident et a été partiellement atteint; libaniser le conflit, pour pousser Israël à abandonner la Judée-Samarie et Gaza; l'internationaliser pour permettre la création de l'État palestinien sans avoir eu à négocier ses frontières, à l'abri de "casques bleus" onusiens. Viendrait ensuite une négociation éventuelle, mais sur la base du fait accompli et sous la pression conjuguée de la guérilla et de la tutelle internationale.
Le gouvernement d'Ehud Barak s'est prêté à cette évolution désastreuse. Il a d'abord exigé l'arrêt de toute violence avant de reprendre une négociation. Puis une diminution de la violence. Il a enfin accepté, de facto, de reprendre des contacts diplomatiques et "sécuritaires" en dépit de la violence. Ce gouvernement s'est montré pusillanime et hésitant. Après chaque agression, Ehud Barak a condamné, annoncé qu'il ne tolérerait plus le terrorisme, promis des ripostes "intelligentes et efficaces". Elles ne se produisaient pas, ou étaient inintelligentes et inefficaces : destructions partielles d'immeubles sans importance réelle et pour la plupart vides et quelques exécutions de subalternes.
Interprétées comme signes de faiblesse par les ennemis d'Israël, ces réactions leur donnaient le sentiment de l'impunité et les encourageaient à redoubler de violence et d'exigences.
Cette situation, facile à déchiffrer en dépit de l'enchevêtrement des faits et des commentaires, a été rendue moins lisible avec la perspective des élections anticipées. Bien que battu par 79 voix sur 120 à la Knesset, Ehud Barak bénéficie d'un délai. Il le mettra à profit pour tenter de conclure un nouvel accord avec les Palestiniens et se présenter aux élections comme le faiseur de la "paix", les transformant en referendum. Les Palestiniens pourraient lui prêter la main, afin de conserver au pouvoir un gouvernement d'Israël plus favorable à leurs thèses qu'aucun autre ne l'a jamais été.
Le déchaînement des médias
Les médias ont poursuivi inlassablement leur couverture partiale des événements, surtout dans le style "cailloux contre blindés".
Exemple de ce style : Paris-Match, le 30 novembre, donne une photo sur deux pleines pages, de jeunes, la pierre à la main, face à quatre jeeps, "pour affronter les tirs des soldats israéliens". Un long reportage détaille leur malheur sous l'occupation et la répression, leurs morts et leurs 9000 blessés. L'attentat du 20 novembre contre l'autobus scolaire est rappelé en cinq lignes et illustré d'une petite photo. (1) N'est-ce pas le bus scolaire qui aurait du faire la "une" de Paris-Match, ou être illustré d'une immense photo sur deux peines pages ? Un long reportage n'aurait-il pas dû décrire l'attentat, commis avec un obus de 120 piégé, déchiquetant deux adultes et neuf enfants, dont trois, appartenant à la même famille ont eu les jambes arrachées ? N'aurait-il pas fallu raconter comment les terroristes ont délibérément visé les enfants ? Ils ont laissé passer la jeep militaire escortant le convoi, évité le convoi, évité les soldats, assassiné froidement les écoliers. Cailloux contre blindés ?
Pourtant, les témoignages sur la violence armée et cruelle des Palestiniens ne manquent pas, même si l'on tente souvent de la minimiser.
Un envoyé spécial du Figaro raconte ce qu'il a vu et entendu à Beth Jallah, d'où les terroristes ont tiré presque quotidiennement sur le quartier Gilo de Jérusalem. Ces terroristes ne s'en cachent pas. Le journaliste français décrit leurs tirs. "L'armée frappe (...) en réponse aux tirs palestiniens". "Ces tireurs palestiniens ne sont pas très loin". L'un des chefs locaux de ces terroristes, Mike, "fait le coup de feu". "Son groupe possède quelques fusils d'assaut M16 américains et kalachnikovs, et une mitrailleuse". Le journaliste rapporte les propos de Mike : "D'autres groupes qui tirent sur Gilo appartiennent aux mouvements islamistes, le Hamas et le Jihad islamique, nous marchons la main dans la main (...) nous n'arrêterons pas les tirs".
Ce terroriste avoue d'ailleurs, candidement, une vérité que les Israéliens n'avaient cessé de souligner, à savoir que la milice du Fatah, terrorise aussi la population de Beth Jallah, qui vivait auparavant en bonne intelligence avec Gilo. "Des gens, précise Mike, nous disent : arrêtez de tirer, nous avons des enfants, vous attirez les représailles". Ce même terroriste avoue aussi "tirer le premier", mais prétend qu'il cesserait le feu "si au bout d'une heure il n'y avait pas de réponse". On ne saurait être plus clair. Si les Israéliens acceptent de se laisser fusiller sans réagir, on pourrait peut-être cesser de les fusiller ! Un chef du Fatah de la ville voisine de Bethléem est encore plu clair : "Les tirs pourraient cesser si les observateurs de l'ONU arrivent". (2) Autrement dit, les tirs ont un objectif politique précis : internationaliser le conflit, obtenir de la communauté internationale ce que les Palestiniens n'ont pas arraché à Israël.
La vérité perce également dans un reportage de Georges Marion du Monde : "Peu à peu, les affrontements ont changé de nature. Aux manifestants majoritairement armés de pierres des premières semaines ont succédé les combattants armés de kalachnikovs, guerillos qui, souvent la nuit, font le coup de feu contre les soldats de Tsahal ou contre les colonies de Cisjordanie". (3)
Le plus saisissant, c'est le décalage entre ces aveux et la prétention de certains commentateurs et de certains hommes politiques de décrire le "massacre d'une population civile désarmée" par des chars et des avions d'assaut.
PARTALITE ET DESINFORMATION
La violence "excessive" israélienne
Les médias privilégient aussi la violence des contre-attaques israéliennes, notamment par l'illustration, qui affectionne volontiers les chars, les soldats armés lourdement, les armes en gros plans. Ainsi, pour illustrer un article sur l'assassinat d'un soldat israélien sur la frontière libanaise par le Hezbollah, Le Figaro donne une photo, sur quatre colonnes, d'un gros canon israélien faisant le feu, précisant en légende qu'" après l'attaque du Hezbollah, plus de 70 obus israéliens se sont abattus sur les collines et les vallons des bourgades libanaises de Chebaa et Kfar Chouba ". (4)
On privilégie aussi les souffrances endurées par les Palestiniens du fait des contre-mesures israéliennes.
Thierry Oberlé, par exemple, rapporte dans Le Figaro que "Barak coupe les vivres à Arafat", que "le gouvernement israélien a déclaré la guerre économique aux Territoires palestiniens", qu'" Israël gèle le transfert des fonds dus à l'Autorité palestinienne". "Ce nouveau durcissement (...) devrait priver l'administration palestinienne de la majorité de ses revenus". (5) N'eût-il pas fallu, au contraire, montrer à quel point Ehud Barak n'a pas déclaré la guerre économique ? Après de courtes interruptions, la main d'oeuvre palestinienne circule, de plus en plus nombreuse. Les transferts de fonds se poursuivent. Israël fournit l'eau, le carburant, le gaz, permet l'acheminement de l'aide humanitaire, etc, etc. Si Israël avait voulu asphyxier les Palestiniens, il aurait pu le faire. Il ne l'a pas fait.
Les cas de figure de partialité out été nombreux. On ne peut qu'échantillonner.
Le Figaro du 21 novembre nous apprend que "l'armée israélienne a choisi l'escalade hier à Gaza, après une attaque à la bombe menée par des Palestiniens contre un bus transportant des enfants de colons juifs". Ainsi, l'armée, elle, aurait choisi l'escalade. L'attaque d'un bus scolaire qui a causé des morts et des enfants mutilés à vie, n'aurait pas été, elle, une escalade sur l'échelle de la violence ? Et Le Figaro de permettre à un ministre palestinien de déclarer, dans ses colonnes, que "ces frappes confirment que le gouvernement israélien est un cabinet de tueurs". Et l'article n'est pas illustré par une photo de l'atrocité palestinienne commise sur les enfants, mais par une explosion nocturne à Gaza, ainsi légendée : "Le ciel de Gaza illuminé hier par une roquette israélienne qui a explosé en plein centre-ville". (6)
Incompréhension et ignorance.
Incompréhension, myopie aussi, dans ce passage d'un article de Georges Marion du Monde, décrivant la colère de manifestants, à Jérusalem, contre l'inertie du gouvernement. Il faut lire soigneusement le passage suivant : Une trentaine de manifestants ont bloqué un carrefour. "Survint un autobus conduit par un conducteur arabe. 'Mort aux Arabes' crièrent les jeunes gens qui, aussitôt, s'assirent devant le véhicule. Quelques-uns, plus enhardis, se mirent à taper en cadence sur le capot, réclamant vengeance pour les morts de l'attentat du matin. D'autres tournaient autour du véhicule comme s'ils cherchaient à y pénétrer. La tension monta, moite et dangereuse. Le premier coup de pied dans la porte, la première pierre contre la carrosserie, pouvaient déclencher le pire. Tentant de faire bonne mesure, le conducteur, bloqué, affichait un sourire crispé tandis que les crachats s'écrasaient sur son pare-brise. Après des minutes aussi longues que l'éternité, la police qui observait la scène, à quelques mètres, finalement intervint. Sans courtoisie mais, non plus, sans brutalité. Et avec une patience dont les manifestants palestiniens n'ont sans doute jamais bénéficié". (7)
Voici donc comment se sont conduits des manifestants extrémistes se réclamant du rabbin Meir Kahane, un mouvement interdit en Israël. Le correspondant du Monde ne s'aperçoit-il pas que, sous couvert de les accabler, il leur décerne un véritable brevet de modération, de sainteté ? Tandis que les ennemis d'Israël assassinent et lynchent, mutilent et torturent, attaquent à la bombe des autobus bourrés de civils et d'enfants, ces manifestants juifs s'asseyent devant l'autobus conduit par un Arabe. Ils crient. Ils tapent sur le capot. Ils crachent ! Les conducteurs juifs d'autobus et leurs passagers auraient été heureux si les "manifestants" palestiniens, eux, s'étaient assis devant leurs véhicules, avaient tapé sur les capots, avaient craché ! Les Palestiniens faisaient cracher leurs kalachnikovs. Les Israéliens ne bénéficient pas de la patience de la "police" palestinienne.
Peut-être les quelques lignes de Georges Marion en disent-elles plus que de longues analyses, sur l'abîme qui sépare les méthodes de combat des protagonistes du conflit et sur l'immensité de l'injustice, de l'aveuglement de la plupart de ceux qui en relatent les péripéties. Les médias participent à la satanisation d'Israël notamment par l'emploi répétitif, obsessionnel, d'un certain vocabulaire. Les mots "colons", "colonies", "implantations" reviennent des milliers de fois, chaque jour, dans la presse, chargés de connotations faisant remonter à la surface le réminiscences péjoratives de "colonisation", " colonisés" et "colonisateurs". Quand les terroristes ont attaqué le bus de ramassage scolaire, les médias ont annoncé "deux colons tués et neuf blessés" et les enfants étaient aussi des "enfants de colons". Des colonisateurs en herbe ?
Analysons un cas précis.
Rendant compte de la manifestation de dizaines de milliers d'Israéliens à Jérusalem, le 22 novembre, réclamant une intervention plus musclée de l'armée, une correspondante du Monde parle de "dizaines de milliers de colons", d'une "foule de colons", de slogans du "Conseil des implantations juives". Les manifestants sont venus des "colonies". Toujours l'obsession. Or les sondages font état d'une majorité d'Israéliens demandant une intervention plus musclée. Ils ne seraient pas descendus dans les rues, les "colons" seuls les auraient envahies ? La vérité perce dans une autre remarque de la journaliste. Elle fait état d'"une centaine de militants d'extrême gauche (qui) contre-manifestait pour demander l'évacuation immédiate des territoires occupés". (8) Tout ce qui s'oppose à ces extrémistes, tout ce qui résiste serait-il "colon" ?
Ironie du sort : les dizaines de milliers d'Israéliens appartenant à tous les partis qui ont afflué à Jérusalem venaient de toutes les régions du pays, pas seulement des "colonies". Des milliers de résidents de Judée-Samarie (les "colons" des médias) s'étaient abstenus, étant donné la fermeture de nombreuses routes et le danger de voyager dans les "territoires" la nuit.
Un certain langage des médias va encore plus loin dans le genre du dérogatoire. Un barrage a été installé par Tsahal près de la "colonie juive" de Morag : "pour intercepter sa proie" ( nous soulignons le mot "proie") et cette proie n'est autre qu'un chef terroriste. Près de Kfar Darom, l'armée "prépare le décor" de la guerre. "Les vergers de citronniers et les plantations de dattiers sont abattus pour empêcher les guet-apens. Leurs propriétaires palestiniens sont priés d'aller au diable". (9) "Diable" et "proie" ne sont pas des mots dénués de charge émotionnelle. La vérité est qu'on a abattu des arbres qui avaient servi à des tireurs d'élite pour assassiner des Israéliens. Pourquoi "les vergers", "les plantations" comme si l'armée d'Israël pratiquait la terre brûlée et dévastée ?
Des médias ont traité avec la même désinvolture mêlée d'incompétence, des informations pouvant noircir les Palestiniens.
Yasser Arafat a donné son aval à la poursuite des attaques contre les Israéliens, sous couleur de demander de ne plus tirer à partie de la zone "A", sous son contrôle. Les médias ont annoncé "un geste d'apaisement" d'Arafat, un "ordre de cessez-le-feu". Ils n'ont pas expliqué que le "geste" impliquait qu'on pouvait attaquer librement les Israéliens à partir des zones "B" et "C" (sous contrôle total ou partiel israélien). De même, l'autorisation, l'ordre en réalité, donné officiellement à la "police" palestinienne, le 21 octobre, de se servir de ses armes "pour défendre la population palestinienne contre les colons", c'est à dire de participer à leur assassinat, n'a pratiquement pas été mentionné par les médias en France. La "police" palestinienne y participait d'ailleurs depuis le commencement des émeutes.
L'ordre de libre carnage des Israéliens est en fait plus large. Hussein Sheikh, un dirigeant du Fatah de Judée-Samarie, a déclaré que ses membres avaient reçu l'ordre d'attaquer tout soldat et tout "colon" en Cisjordanie et à Gaza. Les médias français ont passé sous silence cet ordre qui ternit le mythe des "cailloux contre blindés".
Mais lorsque des dirigeants du Fatah protestent contre l'exécution, par Israël, de quelques-uns d'entre eux, les médias prêtent leurs colonnes aux terroristes qui se plaignent d'être punis.
Ce que les médias ont tu
Les médias ont aussi beaucoup péché par omission. Recenser les cas est évidemment impossible. On ne peut que citer des exemple de faits omis.
Les services israéliens sont intercepté diverses conversations de Yasser Arafat avec ses lieutenants. Dans l'une, il recommande aux dirigeants du Fatah : "Ne tenez pas compte de mes propos aux médias. Continuez la lutte". (10) Les médias français n'en ont pas fait état.
Le 19 novembre, au Congrès de la femme arabe, qui s'est tenu au Caire, le secrétaire général de la Ligue arabe a salué les mères qui offrent leurs fils pour vaincre le néo-nazisme israélien. Les médias français n'ont pas reproduit ces propos.
Ariel Sharon, le chef du Likoud, est souvent traité par les médias de la manière que l'on sait. On reproduit les positions qui lui sont prêtées par les ennemis d'Israël dans l'affaire de Sabra et Chatila (un massacre de Palestiniens par des chrétiens libanais). En même temps, on traite avec respect, voire déférence, des dirigeants palestiniens qui, sous diverses étiquettes, dont celle de l'OLP, ont organisé l'assassinat des athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich, des enfants de l'école de Maaloth, des attaques de synagogues en Europe, des détournements d'avions, et qui continuent de massacrer des civils israéliens et des enfants palestiniens envoyés en "martyrs".
On trouve aussi beaucoup d'ignorance et de traitement cavalier de la simple réalité historique. Donnons-en un exemple précis.
Dans un reportage sur "Ces colons qui barrent le chemin de la paix", l'envoyé du Nouvel Obervateur évoque "en avril 1968, à la tête d'un petit groupe d'activistes religieux et ultra nationalistes", un rabbin "qui débarque (...) pour réinstaller les Juifs dans la cité des Patriarches" et qui reçoivent "l'autorisation de bâtir Kiryat Arba" en 1970. (11) Le lecteur peu versé en histoire peut imaginer qu'on a choisi d'implanter des Juifs sur une terre étrangère, rebaptisée Kiryat Arba.
Or Kiryat Arba ou Hébron (de l'hébreu "haver", l'ami), existait à l'époque biblique. Hébron est citée soixante-quatre fois dans la Bible hébraïque. Hebron a une longue histoire juive. David en fit sa ville royale, y fut d'abord fait roi de la tribu de Juda, puis de tout Israël. Hérode y bâtit le mur qui enserre le tombeau des Patriarches. Sous le régime romain et même après la conquête musulmane, les Juifs continuèrent de vivre à Hébron. Le calife Omar leur permit d'y bâtir une synagogue. Ils n'en furent éliminés, temporairement, qu'à l'époque des Croisés. L'entrée du tombeau des Patriarches leur fut interdite jusqu'à la fin du XIXe siècle, mais la communauté juive ne cessa d'y vivre dans l'attachement à sa spiritualité, pratiquant le commerce et l'artisanat. Il y avait 1500 Juifs à Hébron en 1895. En 1929, sa population juive fut sauvagement agressée. Soixante-huit Juifs, femmes et enfants compris, furent massacrés par les habitants arabes, dans des conditions préfigurant le lynchage des soldats israéliens à Ramallah. Les synagogues furent rasées. Reconstituée en 1931, la communauté fut à nouveau décimée lors de l'Intifada de 1936. Occupée en 1948 par les Jordaniens, Hébron fut rendue "judenrein", son quartier juif fut détruit et son cimetière juif oblitéré. Jusqu'à la libération de 1967, qui permit le "débarquement" de 1968 ...
Mais pourquoi les Juifs auraient-ils dû, devraient-ils renoncer à revenir chez eux à Kiryat-Arba-Hebron, à annuler fût-ce en partie, ce que les pogromistes de 1929, de 1931 et de 1948 avaient commis ?
Et que devraient faire les habitants du quartier de Gilo de Jérusalem ? L'évacuer pour se soustraire aux tirs de Beth Jallah ? Abandonner leurs maisons pour que des Palestiniens "pacifiques" viennent occuper cette "colonie" ? C'est exactement ce que la Fatah leur a recommandé : marcher en masses pour récupérer "leurs" terres. Mais si Gilo était "libérée", qui imagine que la revendication s'y arrêterait ?
Le 19 octobre, quelques touristes israéliens étaient partis en promenade sur le mont Ebal, près de Naplouse. Ils ont été pris sous le feu des Palestiniens, l'un d'entre eux fut tué et plusieurs blessés. Chani Luria, une institutrice se souvient de 'leur calvaire, aux flancs de la colline, en terrain découvrit, tentant de couvrir un bébé de son corps. Quelqu'un lui cria : "Empêchez-le de pleurer. Il nous fera repérer !". Plus tard, elle a témoigné : "Je me suis souvenue des Juifs, pendant la shoah, qui devaient empêcher à tout prix un enfant de faire du bruit pour que la Gestapo ne découvre pas les parents cachés ..."
Israël est-il redevenu un ghetto cerné par la Gestapo ? Les Juifs doivent-ils s'y terrer ? C'est exactement ce que voudraient leurs ennemis. Doit-on leur donner raison, ne pas se promener sur le mont Ebal, se retirer de Gilo, de Jérusalem, de Judée-Samarie, de la Galilée ? Ne plus voyager sur les routes parce qu'on y risque des pierres, des cocktails Molotov, des rafales de kalachnikovs ? Rien ne satisfera les ennemis d'Israël. C'est jusqu'en Europe qu'ils veulent refouler les Juifs. "Décampez ! Décampez !" leur a lancé un grand poète palestinien, Mahmoud Darwich, ajoutant : "En emportant aussi vos morts ..."
Rémi Bar-Giora, un psychologue établi à Jérusalem, s'est penché sur les dangers auxquels sont exposés les enfants israéliens. "Je pense à nos grands-parents et arrière-grands-parents, qui ont créé nos premiers villages et kibboutzim. Les enfants mouraient de maladies et d'agressions. Je suis sûr que leurs parents restés en Europe, leur conseillaient de rentrer, de soustraire leurs enfants au danger. Mais ils ne l'ont pas fait. Et nous avons notre État, et c'est en Europe que les Juifs ont été annihilés". (12)
Ces réalités, cette face de la réalité israélo-arabe, les médias qui comptabilisent minutieusement les pertes que les Arabes se sont infligées, ils ne l'ont pas relatée.
La vérité sur les pierres
Ils n'ont pas relaté non plus comment les pierres qui veulent tuer et tuent.
Des attaques par des civils désarmés, il y en a effectivement eu. Mais pas du tout celles que les médias ont décrites : quelques lanceurs de pierres face aux blindés.
Les Palestiniens ont développé une technique qu'ils croyaient sans réplique : l'attaque par une foule compacte contre un village juif ou une troupe isolée. Le 2 octobre, une foule de 200 Palestiniens a agressé quelques garde-frontière à Arrabeh. Les garde-frontière ont tiré. S'ils ne l'avaient pas fait, ils auraient été massacrés, démembrés comme les deux soldats lynchés à Ramallah.
Erez Kreisler, le chef du conseil régional de Misgav, rappelle le cas de quatre policiers bombardés à coups de pierres et de cocktails Molotov par la marée humaine hurlant "Mort aux Juifs !". Ils avaient épuisé leurs gaz lacrymogènes et leurs balles en caoutchouc. Que devaient-ils faire ? Quand vous êtes isolé, faisant face à cent hommes vociférant, les yeux remplis de haine, qui vont vous massacrer, devez-vous les laisser faire pour satisfaire les télévisions ? Une seule attitude est-elle politiquement correcte pour les Juifs : se faire tuer sans résister ?
Rachel Urlansky a traversé le village d'Ouja le 6 octobre. Il y avait un petit garçon sur le bord de la route. Il s'est borné à lancer une pierre, une simple pierre, grosse comme le poing. Elle a traversé le pare-brise, elle a fracassé la mâchoire de Rachel. "La voiture était pleine de sang", raconte-t-elle. On l'a soignée à l'hôpital Hadassah de Jérusalem. Son visage était tuméfié et gonflé.
Les journalistes n'ont pas relaté non plus la détresse des agriculteurs dont les serres étaient détruites par les émeutiers, les milliers d'hectares de forêts incendiées qu'il faudra trente ou quarante ans pour ressusciter, les récoltes arrachées, piétinées, les voitures incendiées. Qui se soucie de ce qui n'est pas palestinien, de ce qui n'est que juif ?
Les tireurs palestiniens n'intéressent pas les télés. On ne les voit armés, tirant en l'air, qu'aux enterrements. Seuls sont photogéniques les ballets interminables de jeunes armés de frondes, d'Israéliens faisant le coup de feu, de chars impressionnants. Seule subsiste la litanie récitée invariablement. Des terroristes attaquent et tuent sur les routes, au milieu des villes israéliennes.
Mais on nous apprend que "des hélicoptères israéliens ouvrent le feu sur les écoles palestiniennes". Une voiture piégée explose au milieu d'un marché. Mais on récite : "On massacre des enfants palestiniens ..."
Shimon Peres lui-même, l'hyper-colombe qui prône des négociations fût-ce sous le feu des terroristes, a admis que l'intensification des violences était due, notamment, à des "raisons plus essentielles" (que les sentiments qui alimentent la violence) "qui concernent le rôle des médias. Car, aujourd'hui, ce que montre la télévision est plus fort que ce qui se passe réellement sur le champ de bataille ". (13)
Du côté des Anglo-saxons
Ce survol lacunaire s'est borné, par la force des chose, à quelques cas précis concernant la presse française. Les mêmes fautes, les mêmes carences se constatent dans la presse d'autres pays.
Le journaliste israélien Daniel Doron donne un aperçu des médias électroniques anglo-saxons.
Quand des centaines d'Arabes attaquent quelques soldats, avec des pierres, des blocs de béton, des bombes, des armes automatiques et de la dynamite, on les appelle "manifestants" comme s'ils défilaient pacifiquement avec des banderoles.
Les actions défensives israéliennes sont toujours présentées comme des agressions, des attaques. Le 13 octobre, la CNN a fait état d'une centaine de morts palestiniens, "dont près de deux douzaines d'enfants". Or le 27 octobre, une liste arabe mentionnait 8 enfants seulement.
Le jour du lynchage de deux soldats à Ramallah, la BBC a rapporté que les agresseurs israéliens ont arrosé sans raison les civil arabes "avec des vagues successives de missiles". Rappelons qu'Israël avait tiré deux missiles contre un poste de police palestinien inoccupé.
La CNN et la BBC ne montrent pas les enfants utilisés comme boucliers vivants par des soldats palestiniens armés présentés comme "policiers" ou "manifestants civils", attaquant des Israéliens dans l'intention de les tuer. On ne mentionne jamais que les soldats israéliens, s'ils ne tiraient pas, seraient débordés et massacrés brutalement, comme à Ramallah.
Les assauts orchestrés par Arafat constituent une guerre d'usure, mais sont décrits comme des "protestations", des affrontements" qui se produisent spontanément à la suite de soi-disant "provocations" israéliennes. (14)
Même certains journalistes occidentaux commencent à comprendre et à dénoncer ces abus. Ils ne sont pas nombreux.
Parmi eux, Tom Gross, le correspondant du Sunday Times de Londres à Jérusalem, donne quelques exemples de la croisade des médias et de ses conséquences. "La porte-parole palestinienne Hanan Ashrawi, prétend sur CNN, sans être démentie, que les liens du judaïsme avec le tombeau de Joseph à Naplouse ont été 'inventés'. Dans la plupart des reportages, l'agression arabe est systématiquement diapasonnée, tandis que les Israéliens, qui ont été en fait sur la défensive, sont présentés comme des monstre. Un article du New York Times parle de "populace juive en fureur", mais de "protestataires" et de "manifestants" arabes (...). Le Times de Londres a publié un article en première page - apparemment basé sur l'imagination fertile du journaliste - laissant entendre que les troupes israéliennes visent délibérément les Palestiniens aux testicules (...). On nous raconte que Sharon était allé sur un lieu saint musulman, mais on a à peine mentionné qu'il avait, en fait, visité le lieu le plus saint du judaïsme, où il avait été de nombreuses fois précédemment. Certains journalistes occidentaux ont écrit que Sharon avait pénétré dans la mosquée. Même les Palestiniens ont reconnu qu'il ne l'avait pas fait".
Et Tom Gross de mettre en garde contre les conséquences de ces distortions :"Dans un monde où les sentiment antisémites demeurent malheureusement si répandus, les médias portent une responsabilité spéciale. Rendre compte à faux, exagérer, simplifier, stéréotyper et invectiver sans limite comme le font les journalistes occidentaux, entraîne des effets pour les Juifs du monde. Il est intéressant de noter que de nombreux journalistes (...) qui n'ont pas été dans le passé très favorable à Israël, commencent à être plus ouverts."
Mais pourquoi ne le disent-il pas, hautement ? Certains se sont plaints, écrit Tom Gross, que "les reportages favorables à Israël ne sont pas retenus par les rédacteurs en chef." (15)
PIERRES - ENFANTS-GUERRIERS
La guerre des enfants
La guerre des enfants s'est poursuivie. Ses implications éthiques et politiques, les responsabilités aussi, commencent à mieux se préciser.
Cette guerre est préméditée, organisée. Avant d'être envoyés au front, les enfants sont photographiés. S'ils sont tués, leurs photos sont prêtes pour l'enterrement et serviront à la guerre de propagande. Un sondage d'opinion récent de l'université de Bir Zeit indique que 26 % des Palestiniens approuvent la participation des enfants aux émeutes. Le recours aux enfants-martyrs est donc motivé par des causes politiques. L'indifférence à leur mort, dans leur propre communauté, a aussi des causes culturelles profondes.
Paul Fenton, islamologue, professeur au département des études arabes et hébraïques de Paris IV-Sorbonne, explique que "le Coran considère le djihad comme le devoir de tout musulman majeur. Les femmes et les enfants jusqu'à l'âge de la puberté n'ont pas cette obligation. Cependant, si cela devient une nécessité absolue lorsque l'Islam est menacé, le femmes et les enfants peuvent prendre part à la guerre. A partir de la puberté, disons 13 ans, le martyre est une valeur suprême pour gagner l'au-delà".
Pourquoi le djihad contre Israël ? Historiquement, Juifs et chrétiens étaient tolérés dans les pays musulmans, à condition qu'ils soient soumis. "Or, l'émergence de l'Etat d'Israël constitue une rupture de cet état de fait. Le Juif n'est plus soumis à l'Islam, il est au contraire en position de force, ce qui crée la condition du djihad".
Paul Fenton évoque aussi le fossé séparant Palestiniens et Israéliens, héritiers de deux traditions différentes face à la vie et à mort. Dans le judaïsme, "si la vie humaine est menacée, même de façon théorique, un Juif a le droit d'enfreindre un précepte", un commandement sacré. Et Fenton d'opposer à cet attachement fondamental à la vie un propos entendu de la bouche d'un Palestinien ; "Nous aimons la mort autant que les Juifs aiment la vie". (16)
Le même propos, dans la bouche d'un officiel du Fatah interviewé par France 3, est cité par un spécialiste en psychiatrie infanto-juvénile, Georges Gachnochi, pour expliquer les racines psychologiques du recours aux enfants-guerriers et de la connivence d'enfants avec leur emploi. "L'impact des images semble être le but recherché". On utilise donc des enfants pour évoquer le combat de David contre Goliath, et renvoyer aussi, dans le subconscient chrétien, "à toutes les accusations de meurtre rituel que l'on a pu entendre au cours des siècles". On oppose "le pauvre peuple palestinien au puissant peuple israélien". Par là on fait oublier que le monde arabe, une "hyper-force, est derrière les Palestiniens. C'est un choix délibéré. Et "les parents laissent faire. Lorsqu'une mère palestinienne déclare à la télévision qu'elle est plus heureuse lors des obsèques de son fils que le jour de son mariage, ou lorsque Yasser Arafat dit à son peuple 'faites dix enfants, deux pour vous et huit pour moi', il est bien évident qu'on incite très fortement à agir".
Quant à l'enfant, sa "tendance naturelle est de donner libre-cours à son agressivité (...). Et tant qu'on laisse faire l'enfant, il continue de plus belle". Faire partie d'une masse "procure le sentiment de toute-puissance (...). On va triompher dans la mort, dans celle des autres et éventuellement dans la sienne". (17)
Certains médias, après l'attaque du bus scolaire de Kfar Darom, ont mis en parallèle le enfants israéliens mutilés et les enfants palestiniens lanceurs de pierres. Le parallèle est scandaleux.
Des enfants palestiniens ont certes été blessés et tués. Mais à qui la faute ? Ces enfants étaient envoyés sciemment, cyniquement à la mort par des parents criminels et des organisations terroristes. Les enfants israéliens sont assassinés avec la même préméditation par les mêmes terroristes. Redisons, répétons jusqu'à en donner la nausée à ceux qui veulent l'ignorer, qu'à Kfar Darom les terroristes ont posé la charge, un obus de 120 piégé, sur le bord de la route et l'ont mis à feu à distance. Ils avaient surveillé le passage des véhicules. Ils ont volontairement laissé passer la jeep militaire escortant l'autobus. Il ont délibérément fait sauter l'obus au passage des enfants. Il n'y a pas de symétrie entre les "deux" guerres dont sont victimes des enfants juifs et palestiniens. Les enfants israéliens attaqués dans leur autobus à Kfar Darom se rendaient à l'école. Les enfants palestiniens lançaient des pierres et des cocktails Molotov et servaient de bouclier aux terroristes. Il y a une seule guerre des enfants : celle que livrent les terroristes contre les enfants arabes et les enfants juifs.
Cela n'a pas été perçu par la conscience internationale. L'utilisation criminelle d'enfants sacs-de-sable, d'enfants-boucliers n'a été dénoncée par aucune des grandes organisations humanitaires qui prétendent défendre les droits de l'homme. Pourtant, cette utilisation a même fait l'objet d'un échange révélateur dans ..... la presse arabe !
Une journaliste libanaise, Hoda Husseini, a condamné sévèrement ce crime et Yasser Arafat spécifiquement, dans un article du 25 octobre intitulé : "Pour la défense des enfants de Palestine". Elle interroge : "Sommes-nous à ce point dénués de moyens, que nous devions jouer avec la vie d'enfants en les poussant à affronter Israël ? Quelle guerre d'indépendance surgira-t-elle du sang des enfants, alors que les dirigeants et leurs enfants et petits-enfants sont à l'abri ? " C'est une "tactique cynique", "folle" et "immorale" de l'Administration palestinienne. (18)
Le rédacteur en chef du quotidien de cette administration, Hafiz Barghouti, a promptement répondu par une attaque venimeuse contre la journaliste libanaise. Le véritable problème, c'est que certains journaux arabes sont trop "assimilés" (aux moeurs de l'Occident) et influencés par "l'argent juif". Il conseille aux journalistes occidentalisés "de ne plus faire campagne avec des crayons à mine de plomb mais avec des balles de plomb". (19) Quelques jours plus tôt, dans le même journal, Barghouti avait célébré le rôle des enfants, "les troupes de choc" de la libération palestinienne. Empêcher les enfants d'y participer serait "l'une des plus graves transgressions" qui "nous fait plus de tort que les balles" israéliennes. Ceux qui refusent de mettre leurs enfants en danger sont comme des traîtres, "ils constituent une cinquième colonne". (20)
Ces propos dévoilent l'un des visages de l'administration palestinienne. On ne peut douter qu'elle soit en prise avec l'opinion qui prévaut dans la population palestinienne. Lors du sondage d'opinion conduit par l'université de Bir Zeit, 62,3 % des interrogés approuvaient des attaques armées contre tous les Israéliens, civils et militaires.
L'enseignement de la haine
Les enfants lanceurs de pierres, leur entraînement à la kalachnikov sont, enfin, l'aboutissement d'un processus éducatif. On prend des innocents et on en fait des haïsseurs des Juifs. Ce processus commence dès l'école, dès le jardin d'enfants.
Le Centre pour la surveillance de l'impact de la paix, fondé en 1998 aux Etats-Unis, a publié une étude sur les manuels d'enseignement palestiniens, datant de plus de deux ans et officiellement admis par l'Autorité palestinienne qui contrôle programmes et publications scolaires. Plus de 700 000 enfants utilisent ces manuels, dans 550 écoles. Ce rapport avait été communiqué au Sénat américain avant les discussions de Wye Plantation et remis personnellement par le président Clinton à Yasser Arafat.
Sur les 158 citations retenues par le rapport, l'UNRWA (l'Agence des Nations unies pour l'assistance aux réfugiés palestiniens) en a reconnu 143 comme "agressives" ou "antisémites" selon ses propres critères. La totalité de ces manuels contrevient aux accords de Wye Plantation et d'Oslo, qui interdisaient toute propagande hostile. Les grands médias ont largement ignoré cette incitation à la haine antijuive, de même que les grands intellectuels si attentifs à dénoncer les incitations à la haine raciale.
Voici quelques exemples de textes incitateurs.
A propos du conflit entre Mahomet et les Juifs de Médine : "Enseignement à tirer : ... il faut se méfier des Juifs, car ils sont traîtres et déloyaux". (Education islamique, Neuvième, n°589, p79).
"Jérusalem est une ancienne cité arabe, construite par les Jébuséens avant l'Islam". (Education islamique, Huitième, n 576, p50).
"Rappelle-toi : le résultat final inévitable sera la victoire des Musulmans sur les Juifs." (Notre langue arabe, Cinquième, n°542, p 67).
"Comprendre le caractère raciste et agressif du mouvement sioniste. Résumé des similitudes entre nazisme, fascisme et sionisme". (L'Histoire moderne des Arabes et du monde, Douzième, n° P - 115-11-003, p92).
A propos de l'incendie de la mosquée Al-Aksa à Jérusalem septembre 1969, provoqué par un Australien non-juif : "Cet incendie constitue un chapitre supplémentaire du complot sioniste, dont le but est de prendre le contrôle de ce lieu saint islamique qu'est la Coupole du Rocher et de toute la zone du sanctuaire de Jérusalem, et de détruire tout ce qui est saint pour l'Islam". (Recueil de textes littéraires, Huitième, n°578, p97).
"Déterminer le sujet et l'attribut dans la phrase suivante : le Jihad est devoir religieux de chaque musulman et musulmane". (Notre langue arabe, Cinquième, n°542, p167).
On trouve les qualifications suivante pour les Israéliens et les Juifs : fourbes, imposteurs, traîtres, déloyaux, animaux sauvages, agresseurs, bandits, ennemis, conquérants, détrousseurs, ennemis des prophètes et des croyants. Le sionisme est : l'ennemi, l'oppresseur, la cupidité. L'administration juive est raciste, etc.....
Une autre étude du Centre de surveillance, publiée en mars 2000, analyse un Guide des enseignements définissant les méthodes et les objectifs pédagogiques palestiniens. Voici sept de ces objectifs :
Convaincre que "le sionisme est un exemple de nazisme, fascisme et racisme".
Etablir que "le sionisme met en danger la société arabe et qu'il doit être jugulé".
Marquer que "le comportement démoniaque des Juifs est à l'origine de la persécution antisémite" (antijuive).
Affirmer que "le Judaïsme est une religion raciste."
Inculquer "la haine du sionisme".
Démontrer que "le sionisme est une part de l'impérialisme européen."
Expliquer que "Les Juifs acceptent volontiers leur propre persécution parce qu'elle leur est profitable."
Pour chaque objectif, des textes sont conseillés. Par exemple cette soi-disant citation du Talmud, tirée de l'Histoire contemporaine des Arabes et du monde (p 120) : "Nous (...) (les Juifs) sommes le peuple de Dieu sur la terre. Dieu a agi sur l'animal humain, sur toutes le nations et races pour qu'elles nous servent, nous (les Juifs) et il nous a distribués à travers le monde pour dominer (...). Les non-Juifs sont des porcs que Dieu a créés sous forme humaine pour qu'ils servent les Juifs pour qui Dieu a créé le monde." Or cette soi-disant citation est la quasi-redite d'une falsification de 1938 de Julius Streicher, le directeur du Stürmer nazi.
E. Echter, résumant l'étude du Centre de surveillance, en tire cette conclusion : "Si le monde libre ignore ces réalités de la politique arabo-palestinienne, c'est qu'il est aveugle (...). S'il les connaît et les cache, alors qu'il est complice d'incitation au crime, une nouvelle culpabilité qui entachera à jamais l'histoire de notre temps." (21)
Cet enseignement scolaire se prolonge à la télévision palestinienne, par des programmes destinés à la jeunesse. Les enfants-héros y sont proposés en modèle. On entend par exemple une fillette de douze ans entonner cette chanson : "Je veux être une kamikaze. Je n'ai pas peur de la mort. La vie a peu de valeur. Mon peuple saura que je suis une héroïne." (22)
L'endoctrinement se poursuit par des cours d'instruction civique, où des enfants miment des scènes d'affrontements et de victoire sur les Juifs. De même, dans les camps de vacances organisés par le Fatah, "des enfants de dix à quinze ans ont appris comment se comporter lors d'une manifestation, secourir un camarade blessé, tirer à l'arme automatique ou attaquer en groupe une localité juive pour l'incendier." (25) L'entraînement dans un camp de vacances a été montré par la télévision française, bien avant le commencement des émeutes d'octobre-novembre 2000.
Le 30 novembre 2000, le magazine " Envoyé spécial " de France 2 a consacré un reportage à la guerre des enfants. A côté des images obsessionnelles, cent fois vues, des lanceurs de pierres, on a montré des extraits (trop brefs) d'une cassette de séquences de la télévision palestinienne : endoctrinement d'enfants en âge du jardin d'enfants et de l'école primaire, récitation de slogans haineux, aspiration au martyre, et mères disant leur bonheur de voir leurs fils tués pour la cause et se disant prêtes à sacrifier leurs autres enfants. Cependant, les réalisateurs d'"Envoyé spécial" n'ont pas montré la monstruosité morale de l'envoi d'enfants en premières lignes, ni l'aspect juridique : à savoir que c'est un crime de guerre. On n'a pas interrogé les organisations internationales ou françaises de défense de l'enfant, les autorités politiques, des juristes, pour leur faire dire comment ils jugent cette monstruosité et ce crime.
Malheureusement, la guerre des enfants ne mobilise la conscience internationale qu'à contresens. Elle a servi et servira longtemps encore à vilipender Israël. Les voix qui devraient dénoncer ceux qui utilisent les enfants ne se sont pas élevées. Il y a plus.
La communauté internationale non seulement veut ignorer largement l'enseignement de la haine et ses conséquences, elle le finance. Le système éducatif palestinien a été mis sur pied dès 1994, grâce, notamment, à une aide financée par une trentaine de pays. C'est l'argent des contribuables de ces pays qui sert à imprimer les dizaines de milliers de livres scolaires dont le contenu a des traits communs avec les productions du délire nazi. Contre notre gré, on fait de nous tous les commanditaires d'un crime. Mais que penser des autorités des pays donateurs, qui connaissent les faits et n'interviennent pas ? Pourquoi tolèrent-elles l'incitation à la haine raciale ?
Au plan juridique, il existe des moyens de contrôler l'emploi de l'argent versé aux Palestiniens. Il existe, en tout cas, des outils juridiques interdisant l'utilisation d'enfants-guerriers. Le 25 mai 2000, les Nations unies ont adopté un protocole additif à la convention des droits de l'enfant. La participation d'enfants de moins de 18 ans y est interdite, dans quelque circonstance que ce soit, par les mouvements de guérilla. Par ailleurs, selon une Convention de Genève, tout recrutement et utilisation d'enfants-soldats est un crime de guerre. (24)
Mais que fait la communauté internationale pour faire châtier les criminels de guerre qui transforment des enfants en guerriers, en cibles, en bouclier ? Rien !
On se mobilise quand on maltraite les animaux de compagnie, les animaux envoyés à l'abattoir. On reste de glace quand des criminels envoient des enfants à la mort. Quand on assassine les enfants Juifs dans un bus scolaire, quand on transforme les enfants palestiniens en sacs-de-sable, en cibles, les organisations de défense de l'enfant se taisent.
Il faut ajouter que les Palestiniens ne sont pas les seuls à mener des campagnes antisémites. Ces excès sont courants dans d'autres pays arabes. Voici deux exemples récents.
Le 26 octobre 2000, le quotidien gouvernemental égyptien Al-Ahram a publié un long article d'Abdel Hamooda, expliquant la "bestialité" des Juifs qui assassinent des enfants arabes et les saignent pour confectionner les pains azymes de la Pâque : "Un Juif religieux n'a pas le droit de vivre dans les villes saintes pour les Juifs, à moins qu'il ne consomme l'une de ses matsas sanglantes. (25)
Ce fatras moyenâgeux de retrouve sous la plume de dirigeants. Ainsi, Mustafa Tlass, vice-président syrien, qui avait publié il y a quelques années Les matsas de Sion où il avait décrit d'imaginaires crimes rituels juifs, récidive de la même encre sur la présence juive à Jérusalem : "Les colons se réfèrent au 'retour au mont Sion' pour justifier leur colonisation de la région. Cette politique s'appuie sur un mythe entretenu par des Juifs religieux, selon lequel la colline où s'élève les deux mosquées d'El Aksa et le Dôme du Rocher étaient jadis le site du Temple juif. (26)
COMPLICITE DES DEMOCRATIES
L'Europe finance la guerre
Ce qu'on vient de dire de l'indifférence de la communauté internationale doit être assorti d'un léger correctif. Quelques voix se font entendre, notamment pour dénoncer l'enseignement palestinien de la haine des Juifs, mais quelques voix seulement, mettant d'autant mieux en relief l'immensité des silences officiels et publics.
François Zimeray, vice-président de la délégation Europe-Israël au Parlement européen, l'a interpellé sur le contenu des manuels scolaires que l'Union européenne subventionne. "J'ai découvert, dit-il, que l'enseignement palestinien était digne du Protocole des sages de Sion ou de Mein Kampf, à bien des égards. Un certain nombre de phrases que les manuels contiennent vaudraient une condamnation immédiate pour incitation à la haine raciale ou négationnisme sur le sol de l'U.E. Nous payons plus de 20 millions d'euros par an pour subventionner cette éducation, sans aucun contrôle sur son contenu. L'Europe peut appeler à la paix, en finançant cela, elle finance la guerre. J'ai aussi demandé la constitution d'une commission d'enquête parlementaire à la Présidence du parlement. Je demande que l'on cesse toute aide au système éducatif palestinien tant que ne sont pas purgés les passages antisémites." (27)
Claude Gloasguen, député de Paris, s'est exprimé dans le même sens. Les crédits européens, donc français, a-t-il déclaré sur une radio juive, servent à payer la police palestinienne qui ne réprime pas les émeutes mais y participe, la télévision qui incite à la haine. Cela se fait avec l'argent des contribuables français. Le député a vu les cassettes montrant les programmes enseignant la haine. Il dit avoir interpellé le Quai d'Orsay mais n'avoir pas reçu de réponse, et estime le déséquilibre de la politique française patent depuis des années. (28)
Ce déséquilibre ne cesse de se manifester.
L'attentat de Hadera, au coeur d'Israël, a été condamné par la Quai d'Orsay. Mais en des termes ambigus. Cet attentat témoignerait des risques grandissants qu'entraîne le recours à un usage
excessif de la force. Le terrorisme aurait-il une justification ?
Henri Hajdenberg, le président du CRIF, un modéré, aussi partisan qu'on peut l'être du "processus de paix", n'a pas hésité à juger sévèrement certaines attitudes françaises. Interrogé sur la responsabilité des opinions publiques et des classes politiques dans les attaques terroristes, il désigne "l'administration palestinienne, qui a libéré les terroristes". Mais aussi "Les hommes politiques, notamment français, qui ne voient pas sereinement les événements." (29)
Au déséquilibre de la politique française et européenne correspond le déséquilibre chronique des Nations unies. Leur attitude est si largement documentée, qu'il suffit de l'évoquer brièvement. Depuis des décennies, le conflit israélo-arabe est la préoccupation obsessionnelle des Nations unies. Israël a été condamné des centaines de fois. Pas une seule fois le terrorisme dont Israël est la victime.
Il en a été exactement de même depuis le commencement des émeutes. Israël a été condamné à cinq reprises par les instances de l'ONU (Conseil de sécurité, Commission des droits de l'homme, UNESCO), alors que les Palestiniens n'ont jamais été montrés du doigt. Après l'attentat à la voiture piégée à Hadera, où un bébé, notamment, a été assassiné, l'ambassadeur Yehuda Lancry a ainsi qualifié l'attitude de l'ONU : "En dépit de tels actes et d'autres encore, aucun organe des Nations unies n'a condamné une seule fois les Palestiniens, comme si des vies israéliennes ne comptent pas pour l'ONU? En refusant de condamner ces actes, la communauté internationale, en fait, approuve les actes de violence des Palestiniens, ça qui ne peut que les encourager". (30)
Les erreurs israéliennes
Or, paradoxalement, un encouragement efficace est donné par Israël-même à la violence de ses ennemis.
Le gouvernement d'Ehud Barak n'a cessé d'accumuler les erreurs, notamment sa modération déplacée, qu'il a qualifiée lui-même d'"intelligente", mais qui est son contraire. Cette co-responsabilité du gouvernement d'Israël dans les événements actuels en représente l'aspect le plus tragique. D'innombrables faits illustrent cette impéritie et cette inintelligence.
Israël s'abstient de frapper les vrais responsables des embuscades et des assassinats qu'il dénonce verbalement, frappant quelques subalternes et trouant des maisons, le plus souvent vides, à la roquette. Israël se conduit ainsi non pas en David maniant sa fronde meurtrière, mais en Goliath apparemment sévère, dont les promesses de rétorsion, non suivies d'effets, le font passer pour un fanfaron qu'on ne respecte plus. Cette modération intempestive s'est poursuivie contre vents et marées.
Après la journée sanglante du 13 novembre, où quatre israéliens ont été assassinés sur les routes par des tireurs palestiniens circulant en voiture, l'armée a fait savoir qu'elle connaissait les assassins, qui s'étaient repliés en territoire de l'administration palestinienne. Mais aucune opération directe n'a été menée dans ces territoires pour les appréhender. Israël respectait, unilatéralement, leur sanctuaire. Ehud Barak répétait que les négociations ne reprendraient qu'après la cessation des violences. Mais son conseiller Dany Yatom a aussitôt rectifié : elles reprendraient après une diminution des violences. Un journaliste l'a interrogé : "Israël n'exige donc plus un arrêt complet des violences ?". "Non, ce ne sont pas quelques jets de pierres ( !) qui nous empêcheront de négocier." Israël négocierait donc sous la pression des violences, comme le souhaitent ses ennemis.
Même soumission docile au terrorisme palestinien le 18 novembre. Un soldat était assassiné et un autre blessé par un officier de "police" palestinien à Kfar Darom. Yasser Arafat demanda à Ehud Barak qu'il n'y ait pas de représailles; Il n'y en eut pas.
Le scénario immuable s'est encore reproduit le 20 novembre, après l'attaque de l'autobus scolaire. la population israélienne était sous le choc. Ehud Barak déployait sa rhétorique habituelle, à laquelle personne ne croyait plus, lançant un avertissement sévère aux Palestiniens : L'attaque du bus scolaire était un acte criminel et barbare. Ceux qui versent le sang israélien seraient punis. Le gouvernement ne lie pas les mains de l'armée. Le soir-même, les hélicoptères attaquaient plusieurs bâtiments à Gaza. On apprenait que deux au moins des ministres du cabinet israélien, Shimon Peres et Yossi Beilin, s'étaient opposés à ces représailles pourtant sans gravité.
Quelque jours plus tard, le 28 novembre, au moment-même où les élections anticipées étaient acquises à la Knesset, où deux tiers du parlement le sanctionnaient lourdement, Barak lançait une bombe ... diplomatique ! Imperturbablement, il proposait aux Palestiniens de retourner à la table verte. Il offrait, non pas de revenir sur ses concessions, mais de leur accorder 10 % supplémentaires de la Judée-Samarie et de donner à leur "Palestine" une continuité territoriale en évacuant certaines "colonies". En guise de remerciements, les Palestiniens assénèrent à Barak un camouflet : ils rejetaient catégoriquement ces ouvertures.
La leçon du Sud-Liban
A la base de ces attitudes de modération, il y a le même concept qui a conduit à l'évacuation du Sud-Liban. Pendant des années, Israël avait énoncé sa politique : le retrait de la "zone de sécurité", en échange de la paix avec le Liban, ou d'un cessez-le-feu, ou d'un arrangement avec la Syrie. En fin de compte, cédant à la pression de l'opinion israélienne, qui ne supportait plus l'impôt du sang prélevé sur ses fils par le Hezbollah, Israël a quitté la zone-tampon protégeant la Galilée, sans contrepartie et abandonnant aussi l'armée (chrétienne) du Sud-Liban, qu'il avait longtemps protégée.
Le retrait du Sud-Liban s'avère maintenant avoir été une erreur militaire et politique. Il n'a nullement incité le Hezbollah à renoncer à son combat. Et ce retrait a été interprété et présenté correctement au Liban et par les Palestiniens comme une victoire arabe. Les ennemis d'Israël en ont tiré la conclusion que la même méthode : infliger des pertes régulières à Israël, produirait les mêmes effets, c'est à dire le retrait de Judée-Samarie. On voit comment le retrait du Sud-Liban aura été la cause principale des émeutes d'octobre. Au lendemain de l'attentat du 18 novembre, une photo à la "une" du Yedioth aharonoth illustrait l'enchaînement qui y avait mené. Elle représentait les deux soldats, quelques mois avant l'attentat, au moment de l'abandon du Liban-Sud, brandissant un drapeau d'Israël. En légende : "Ils ont survécu au Liban, ils sont morts à Gaza".
L'attitude de tous les acteurs, depuis le début des émeutes, n'a pu que confirmer les Palestiniens dans leurs convictions. "De plus en plus de Palestiniens pensent qu'en tuant des Israéliens dans les territoires, leur cause avancera", expliquait à l'envoyé spécial du Figaro un professeur de l'université d'Abou Dis, Anouar Abou Eisch. "Ils s'inspirent des méthodes du Hezbollah libanais qui ont conduit au retrait israélien du Sud-Liban." (31) Parmi les slogans vociférés par les émeutiers, on a entendu : "Apprenez du Hezbollah !"
Ehud Barak, lui, n'avait rien appris.
Comme pendant le affrontements au Sud-Liban, le gouvernement Barak ne cessait de redire qu'il n'y a pas de solution militaire aux émeutes, que son objectif n'est pas de gagner, mais de retourner à la table des négociations. Les Palestiniens en concluaient, correctement encore, que leur position sera d'autant plus forte pour négocier, qu'il auront versé davantage de sang juif et plus longtemps. Ils se sentent d'autant plus sûrs de la justesse de leur calcul qu'Israël, loin de prendre les mesures de rétorsion militaires et économiques d'envergure, continue de permettre le fonctionnement à peu près normal des territoires palestiniens, fournissant l'eau, l'énergie, les vivres, laissant les stations de radio et de télévision déverser leur propagande de haine, quand leur destruction serait un jeu d'enfant. Même les camps d'entraînement militaire restent intouchés.
Cette modération est non seulement contre-productive, elle est foncièrement immorale, quand on sait au bénéfice de qui on se réfrène. Comment juger les ménagements exorbitants dont bénéficie Yasser Arafat, qu'Ehud Barak épargne au-delà de toute raison, au prix du sang et des souffrances des siens, pour le conserver en tant que partenaire d'une "paix" fallacieuse ?
Les preuves de la duplicité de Yasser Arafat à la tête des émeutes sont détenues par Israël. Le quotidien Maariv, par exemple, a divulgué la conversation du 2 novembre entre Arafat et Marwan Barghouti. Au moment où Israël attendait l'annonce palestinienne du cessez-le-feu négocié la nuit d'avant par Shimon Peres, Arafat donnait à son lieutenant cette directive : "Continue tes actions contre les Juifs. Continue d'exercer contre eux des pressions". Selon la radio de l'armée, Barak avait "décidé de bloquer la publication d'un document de 60 pages (...) décrivant par le menu détail les violations des accords par l'autorité palestinienne et la corruption de se dirigeants. Pour finir, un document épuré entre autres de toute référence à Arafat sera distribué en quantité limitée à quelques personnalités choisies". (32) Barak craignait "qu'il serait impossible de convaincre le public israélien d'arriver à un accord avec les Palestiniens s'il était publié" tel quel . (33) Ce "Livre blanc" fut finalement envoyé aux missions diplomatiques israéliennes à l'étranger, mais sans instructions de le diffuser.
Israël mène donc un combat propre, civilisé, mesuré, contre un ennemi multipliant les atrocités.
Au lendemain de la tuerie de Hadera, au surlendemain de l'attaque contre le bus scolaire de Kfar Darom, un obus de mortier israélien est tombé accidentellement près d'une agglomération palestinienne, sans faire de blessés. Israël s'en est excusé auprès de l'administration palestinienne : il ne visait pas cette agglomération ni aucun dirigeant palestinien.
Autre exemple de la "barbarie" israélienne. Le 18 novembre, une jeep israélienne était attaquée à coups de pierres et de cocktails Molotov à Beit Omar. La jeep s'enflamme aussitôt. Ses quatre occupants, des soldats, échappent aux flammes. Mais le feu s'est communiqué à une maison du village. Tandis qu'on évacue ces soldats, qui ont inhalé de la fumée, leurs camarades se précipitent dans la maison en feu et portent secours à ses douze occupants arabes, dont plusieurs enfants. Bientôt, les pompiers de l'armée apparaissent et éteignent le feu.
Telle est l'armée d'Israël décrite comme des "bêtes" des "assassins d'enfants" par les propagandistes palestiniens auxquels les télévisions et la presse accordent largement leurs tribunes.
DESUNION SUICIDAIRE
Une idéologie suicidaire
Ces attitudes politiques découlent d'un interprétation incorrecte des données du terrain et des intentions de l'adversaire. Ce ne sont pas des pis-aller qu'on croit "intelligents". Elles sont profondément enracinées dans des idéologies. Ce sont des actes de foi.
L'erreur fondamentale consiste à croire les ennemis d'Israël convertis à la coexistence. Le contraire est vrai.
Au commencement du conflit israélo-arabe, les Arabes croyaient pouvoir détruire l'Etat juif. L'ampleur de la victoire d'Israël en 1967 ne les a pas fait changer d'objectif, mais de méthode. Israël ne serait pas vaincu militairement. On pouvait s'y prendre autrement : par une stratégie des petits pas, l'amenant à abandonner par étapes ses conquêtes, puis à le grignoter jusqu'à le rendre indéfendable et lui administrer alors l'estocade finale. La conviction de détenir l'arme absolue a été exprimée par divers dirigeants arabes sous diverses formes. On ne citera qu'une seule formulation, par Ibrahim Souss, le délégué de l'OLP à Paris, les résumant toutes : "L'OLP est prête à accepter la création d'un Etat palestinien sur la rive occidentale du Jourdain et à Gaza, en tant qu'étape vers un Etat palestinien indépendant couvrant toute Palestine." (34)
Depuis les accords d'Oslo de 1993, méconnaissant cette intention de l'ennemi pourtant formulée clairement, Israël, ses dirigeants s'étant convaincus qu'il achetait la paix, s'est engagé dans la voix de son propre démantèlement par étapes que ses ennemis n'ont pas réussi à lui arracher par les armes, Israël leur abandonnait des terres : tout le Sinaï et des portions de Gaza et de la Judée-Samarie ; des droits autonomes ; une reconnaissance de l'OLP en tant qu'État virtuel ; de l'argent ; des armes ; la promesse de partager Jérusalem et de démanteler une partie des agglomérations de Judée-Samarie ; et sans même obtenir en échange l'arrêt des violences endémiques depuis sept ans, sans que ne fût-ce qu'une promesse verbale de fin des revendications et du conflit.
Par idéologie, on prêtait à l'ennemi des intentions qui n'étaient pas les siennes, qu'il n'avait jamais exprimées.
Les mythes de "La Paix maintenant"
On aurait pu imaginer qu'après des mois d'émeutes, les idéologues qui ont forgé le désastre d'Oslo et la crise actuelle se seraient repentis. Quelques uns l'ont fait. Pour la plupart, il n'en a rien été. Certains de ces irréductibles redoublent, au contraire, d'ardeur.
Le mouvement des "Quatre mères" avait mené pendant des années une croisade pour l'évacuation unilatérale du Liban. On a noté qu'aujourd'hui, on reconnaît dans cette évacuation une erreur. Les "Quatre mères" récidivent aujourd'hui. Elles se sont rebaptisées "Femmes sans frontières" et entament une nouvelle croisade, pour l'évacuation de la Judée-Samarie. Elles donnent raison aux Palestiniens. Les "Femmes" comme hier les "Mères" estiment qu'on n'a pas fait trop de concessions, mais trop peu. Elles appellent à en faire davantage.
Rien n'a fait dévier de leurs convictions les auxiliaires israéliens de l'OLP. Le château de cartes idéologique qu'a été "La Paix maintenant" s'est écroulé. Cependant, ceux de "La Paix maintenant" croient dur comme fer que sa ruine est encore debout. Pour eux, les Arabes et les Palestiniens en particulier, sont entièrement commis à la réconciliation avec Israël, le seul obstacle à la paix sont les Israéliens qui refusent d'évacuer la Judée-Samarie et une partie de Jérusalem et de démanteler les localités qu'ils appellent les "implantations" ou les "colonies". Leur conception est hyper simpliste : il y a les bons, les Palestiniens, et les mauvais qui sont : les "colons", la plupart des gouvernements d'Israël (de droite comme de gauche, qui ont "colonisé") et l'armée. Ils ne comprennent pas que le "Nouveau Moyen-Orient" de la vision idyllique de Shimon Peres est une chimère sortie de son imagination rebelle aux faits. Que les accords d'Oslo étaient un stratagème pour récupérer une partie des territoires dans un premier temps et tout le reste à un autre stade. Rien ne pouvait, rien ne peut aujourd'hui faire dévier les idéologues de leur trajectoire. Ils ne se sont même pas demandé ce que signifiait le fait que pas un seul groupement pour "La Paix maintenant" ou la paix sous n'importe quelle forme, n'ait vu le jour dans aucun pays arabe. "La Paix maintenant" n'a pas renoncé à son travail de sape. Elle a fait paraître un placard de publicité politique dans la presse israélienne et palestinienne à la fois, dénonçant les constructions juives à Jérusalem et les "Colonies".
Les pacifistes à outrance ne se bornent pas à parler et à écrire. Certains passent même à l'acte. Le 17 novembre, un groupe d'activistes de "La Paix maintenant" se sont rendus au village arabe de Kafr Kfil Harar, pour aider ses habitants à démanteler un barrage routier dressé par l'armée pour des raisons de sécurité, dans une zone militaire. Lorsque la police est intervenue, les militants ont attaqué et blessé un officier de police.
La collaboration des pacifistes irrepentis avec les ennemis de leur pays atteint le degré du scandale. Mi-novembre, un groupe de pression américain, l'Arab-American Anti Discrimination Committee, a cherché à empêcher la firme General Motors de co-patronner un colloque scientifique, tenu à Ariel, en Judée-Samarie. L'organisation israélienne Gush Shalom (le Bloc de la Paix) s'est jointe à cette pression, pour faire aboutir un chantage, un boycott anti-israélien dans son propre pays. Le 10 novembre, le Gush Shalom avait adressé un appel à ses troupes, leur demandant de mettre en garde la General Motors et les participants du symposium : "Informez-les des graves conséquences de leur appui moral et matériel aux colons, sur la terre occupée, au moment où une lutte sévère et sanglante est en cours, dont les colonies sont le principal enjeu" (35).
Plus extrême que ces manifestations est l'idéologie qui s'exprime résolument, dans le manifeste du Gush Shalom publié fin novembre dans la presse israélienne et qui s'adresse aux "intellectuels palestiniens" : "En plein milieu de la guerre de libération palestinienne, vous manifestez un désir de paix et de réconciliation". Et le Gush Shalom d'appeler à "une coopération étroite entre Israéliens et Palestiniens (...) pour établir une paix juste" sur les principes suivants :
- La fin de l'occupation de tous les territoires conquis en 1967.
- L'établissement d'un Etat palestinien sur ces territoires.
- La reconnaissance de Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine.
- Le rapatriement en Israël de tous les colons et de tous les soldats.
La reconnaissance par Israël de sa responsabilité dans la création du problème des réfugiés et de leur droit de retour dans leur patrie.
C'est un décalque du programme actuel de l'OLP. Il faut redire que le droit de retour des Palestiniens signifie le droit de transformer Israël en État bi-national et peut-être à majorité arabe dans l'immédiat, et la certitude, à la faveur de la démographie arabe, d'une majorité d'arabe à longue échéance. Le programme du Gush Shalom est l'équivalent du suicide national de l'Etat juif.
Enseignement ou haine de soi
Il y a plus grave encore. Ces idéologies et ces actions, répercutées donc amplifiées par les médias, sont le fait de minorités, de groupuscules.
Or, la coopération d'Israël à son propre malheur se manifeste sur un plan plus large et à un niveau plus profond, ceux de l'enseignement public. Les idéologies anti-nationales, anti-patriotiques, universalistes des "nouveaux historiens" et des "post-sionistes" ont envahi les manuels scolaires. Le scandale a conduit la commission de l'éducation nationale de la Knesset, fin novembre, à demander au ministère de retirer un manuel d'histoire du XX ème siècle, Un monde en changement, caractéristique de ce dévoiement. Le livre présente des dérives dont voici des exemples.
- L'insurrection du ghetto de Varsovie, les actions de grands résistants juifs sont omis. Omise une photo de Juifs dans les camps de concentration.
- Le livre contient des photos d'Hitler, de F. D. Roosevelt, des Beatles, mais aucune photo de David Ben Gourion, dont l'action, comme celle de Haïm Weizmann, sont sommairement décrites.
- Il n'y a pas de photo de la proclamation d'indépendance d'Israël. Les passages de la déclaration d'indépendance, résumant l'histoire du peuple juif et ses liens avec le pays d'Israël, sont omis.
- La carte illustrant l'invasion d'Israël par les armées arabes, en 1948, qui figurait dans une édition antérieure, a été remplacée par une carte montrant l'exode des réfugiés arabes. Les 20 photos qui avaient illustré l'héroïsme juif pendant la guerre d'indépendance ont été remplacées par une photo de réfugiés palestiniens en Jordanie.
- La guerre des Six jours est présentée dans le même esprit. Les actes d'agression arabes et le blocus d'Israël en mer Rouge par le colonel Nasser sont omis. Une photo de Moshé Dayan, Itshak Rabin et Uzi Narkiss à Jérusalem, en 1967, a été remplacée par un tank israélien à l'aéroport ex-jordanien de Kalandrya.
- Des actes de terrorisme particulièrement odieux de l'OLP, le massacre de 24 écoliers à l'école de Maaloth, en 1974, le massacre des athlètes israéliens à Munich ne sont pas mentionnés, ni le sauvetage, par Israël, de l'Airbus d'Air-France en 1976, détourné à Entebbé par un commando de terroristes arabes et de néo-nazis allemands.
Fait caractéristique : Yossi Sarid, ancien ministre de l'éducation nationale et dirigeant le parti ultra colombe Meretz, a critiqué la commission de l'éducation de la Knesset, l'accusant d'avoir outrepassé ses droits en mettant en cause un manuel scolaire.
Devrait-on donc s'abstenir de critique un manuel qui réécrit, "révisionne" l'histoire du peuple juif dans son propre pays ?
Jusqu'à quand le peuple israélien tolèrera-t-il qu'au nom de l'utopie post-sioniste on enseigne à sa jeunesse une version tronquée, masochiste, auto-destructrice de son passé historique, non conforme à la vérité mais en harmonie avec les versions négationnistes que tentent d'en accréditer ses ennemis ?
Les mots sont des armes puissantes. "On a bouleversé la terre avec des mots", a écrit Alfred de Musset. Les mots sont l'arme absolue quand ils modifient la foi, les idées d'un peuple, lui donnent le goût d'épouser les idées voire les mensonges de ses ennemis. C'est malheureusement à quoi nous assistons.
L'un des plus grands écrivains israéliens contemporains, A. B. Yehoshua, est lui aussi parti en guerre contre les "colons". Une guerre qu'il tente de couvrir d'un manteau de fraternité mais qui pèse comme une chape de plomb. Dans un article intitulé "Lettre aux colons juifs qui, par leur obstination, mettent Israël et la paix en péril", publié en novembre en Israël et traduit en France, il exhorte ses frères "colons". Ils doivent rentrer volontairement chez eux, en Israël, quitter leur "exil en Palestine", comprendre qu'il y a des combats qu'il faut livrer et d'autres pas, et qu'il ne vaut pas la peine "de se battre pour les colonies". Yehoshua croit déceler que les Israéliens sont indifférents au sort des "colonies", indifférents au malheur qui frappe les "colons".
Comme A.B.Yehoshua se trompe ! Quand Israël aura abandonné la Judée-Samarie, quand les "colons" de Psagot et de Kfar Darom seront rentrés à la maison, c'est contre tous les "colons", c'est à dire tous les Israéliens, ceux de Jérusalem, de Tel-Aviv, de partout, que se tourneront ceux qui les auront délogés des "Colonies" de Judée-Samarie et de Gaza.
Comment A.B.Yehoshua, ceux de "La Paix maintenant", ceux du Gush Shalom ne le voient-ils pas ? L'émeute a déjà atteint des quartiers de Jérusalem. Elle a sévi à Jaffa. Mais la place Dizengoff, la place Rabin à Tel-Aviv, le parvis de la Knesset, le mémorial de yad vashem sont eux aussi, pour les ennemis d'Israël, des terres arabes usurpées. Où les colons tel-aviens devront-ils se replier ? A.B.Yehoshua ne voit-il pas qu'il plaide la même cause que les Palestiniens extrémistes, les Kadhafi, les Saddam Hussein, les chefs du Djihad islamique et du Hezbollah, qui exhortent eux aussi, les Juifs, avec le même vocabulaire, à "quitter leur exil en Palestine", à "rentrer chez eux" en Libye et en Irak, au Yémen et en Éthiopie ? En somme, comme l'a formulé Yasser Arafat, d'aller au diable.
POST-SIONISME ET NEGATIONNISME
Le sursaut d'Israël
Cependant, des Israéliens de plus en plus nombreux, simples citoyens, intellectuels et hommes politiques, commencent à réaliser quel mal ronge le pays. Ils le manifestent par des rassemblements populaires réunissant des dizaines de milliers de manifestants. Fin novembre, la Knesset s'est exprimée, votant aux deux tiers de ses membres la dissolution du parlement et des élections anticipées, et des projets de loi exigeant une majorité absolue de 61 sur 120, voire de 80 voix, contre la modification des limites de Jérusalem, la cession du territoire à une entité étrangère, la conclusion d'une paix comportant des modifications de frontières, le retour des réfugiés et interdisant à un Premier ministre sans majorité parlementaire de signer les traités internationaux. Ce sont de sévères mises en garde à Ehud Barak.
Le peuple d'Israël commence à réaliser qu'il subit depuis des décennies et surtout depuis les accords d'Oslo, un processus d'érosion de ses valeurs, de ses traditions, de sa foi en lui-même. Les principaux responsables en sont quelques hommes politiques qui, tel Shimon Peres, ont tenté d'accréditer l'idée, pourvu qu'on apaise les ennemis d'Israël, qu'allait surgir un "Nouveau Moyen-Orient", un autre Benelux, où tous vivraient heureux.
Le peuple d'Israël commence à trembler devant les dommages que lui ont infligé les "nouveaux historiens" et les idéologues du "post-sionisme". Ces journalistes en mal de sensation et de renommée ont réécrit l'histoire du sionisme, de la naissance d'Israël, du conflit israélo-arabe, de sorte à faire accroire qu'Israël était "né dans le pêché", que les affabulations de ses ennemis étaient des vérités, qu'il n'avait pas livré des guerres défensives pour assurer sa survie, mais des guerres de conquête. Ces idées, qui valaient aux oeuvres de ces négationnistes juifs d'être avidement publiées à l'étranger puisqu'elles fournissaient à l'antisionisme mondial des alibis parfaits, ont été incorporées à l'enseignement public israélien, comme on l'a vu, produisant une génération de jeunes Israéliens de plus en plus déjudaïsés, ne croyant plus à la justice de la cause israélienne, prêts à céder aux chants de sirène et aux pressions de tout ce qui n'est pas israélien mais arabe et étranger. Le peuple d'Israël commence à réaliser avec épouvante qu'une génération ainsi endoctrinée sera peut-être inapte à défendre son pays, si une guerre devait se produire pour laquelle elle ne sera pas préparée, devant laquelle elle est d'ores et déjà démotivée.
Sarah Honig, une observatrice de la scène israélienne recense quelques effets de cette mise en condition négative.
A Hébron, le tombeau de Joseph a été abandonné aux Palestiniens, qui l'ont démoli puis reconverti en mosquée. "Si les Juifs, écrit-elle, ne se battent même pas pour ce qu'ils regardent comme saint, ils finiront par abandonner aussi le Mur occidental. Les Arabes le transformeront alors en site sanctifié par Mahomet qui y a mis à l'attache sa jument Burak".
Sarah Honig évoque les camarades de classe de sa fille. Ils se sont moqués avec mépris des Juifs qui ont bravé l'interdit de l'armée pour prier au tombeau de Rachel. C'était de la "superstition". A l'école, on ne parle plus de Jérémie, d'Isaïe, d'Ézéchiel. On évite de leur enseigner tout ce qui "pourrait produire une ferveur juive et nationaliste, qui contredit l'objectif du ministère de l'Éducation nationale : faire des citoyens du monde éclairés et universalistes".
Le résultat est illustré par un sondage récent conduit par l'armée. "La plupart des soldats ne savent pas qui était Ben Gourion. Ils sont incapables d'identifier sa photo. Ils ne connaissent pas les paroles de l'hymne national, ni qui était Trumpeldor, ni dans quelles circonstances la guerre d'Indépendance et la guerre des Six Jours se sont produites". Leurs éducateurs s'en réjouiront peut-être. Peut-être sont-ils heureux de leur avoir inculqué de l'ouverture d'esprit. Mais envoyer des hommes non motivés au combat, c'est les envoyer désarmés. Ils auront à affronter de jeunes Arabes motivés à l'extrême. "Peu importe (que ces derniers) soient nourris de mensonges et d'une haine féroce. Leur idéalisme dévoyé peut ne pas être différent de celui de la Hitlerjugend, mais c'est une force".
Le mot "ennemi" est banni du vocabulaire israélien politiquement correct. Ceux qui les attaquent sont des partenaires potentiels pour la paix. "Le but, par conséquent, n'est pas de remporter la victoire qui, Dieu nous en préserve, pourrait produire davantage d'insatisfaction arabe. Faire du mal à ceux qui voudraient vous massacrer est considéré contre-productif". Quotidiennement, "des généraux nous répètent qu'il n'y a pas de solution militaire à nos ennuis, seulement des solutions diplomatiques. Traduit correctement, cela veut dire : nous ne pouvons gagner, nous devons donc capituler" (36).
Une autre observatrice de la scène israélienne, Naomi Ragen, interpelle ses concitoyens sur le ton à la fois ironique et pathétique qui sonne comme les analyses lucides, impitoyables et enflammées de Max Nordau, il y a plus d'un siècle, au commencement du sionisme politique.
"Allez-y !", lance-t-elle aux ennemis de son pays. "Mitraillez-nous jusque dans nos salons, faites sauter des ménagères sur les marchés, tirez sur les voitures empruntant nos autoroutes. Profanez nos synagogues. Rasez nos lieux saints. Appelez le judaïsme une imposture, niez toutes les affirmations juives, y compris qu'il y ait eu un Temple sur le mont du Temple. Exigez Jérusalem pour capitale. Enseignez à vos enfants à haïr les Juifs et à sacrifier leur vie pour les assassiner. Nous, nous continuerons à nous assembler sur les places publiques et à brandir des pancartes vous implorant de nous aimer !"
"De nous pardonner".
"De bien vouloir nous donner la paix et la quiétude que nous vous avons déjà donnée sur 92 % de la Judée-Samarie".
"Et si vous nous répondez d'aller au diable, nous vous enverrons notre authentique lauréat du Prix Nobel de la paix, se traînant sur les genoux pour vous conseiller sur la manière de tromper le peuple d'Israël et l'inciter à vous donner humblement ce que vous demandez, pour le moment, même si c'est Jérusalem..."
"... Le processus est mort et nous sommes revenus au point de départ. Il nous reste une seule option : ceindre nos reins et agir en citoyens d'un État libre et indépendant, répondre à des actes de guerre par la guerre, faire face à la réalité avec intelligence et courage, pas avec stupidité et couardise" (37).
L'inertie d'Ehud Barak a donc provoqué l'indignation dans des couches de plus en plus larges de la population. L'insistance de Barak quémandant sans cesse un retour à la table verte, proclamant l'impossibilité de résoudre le conflit par des actions militaires, est perçue comme le meilleur encouragement donné aux Palestiniens de poursuivre la violence. On voit avec désespoir les positions du gouvernement de Barak s'effriter d'elles-mêmes, dans l'instant où elles sont affirmées. Tandis que Barak répète qu'il n'acceptera pas de force internationale en Judée-Samarie, l'aile marchante de son gouvernement, menée par Yossi Beilin, affiche ouvertement qu'Israël serait prêt à accepter, devrait accepter une force internationale.
Des voix se font même entendre dans l'armée. Le général Mofaz, chef d'état-major général, a admis le 14 novembre que des officiers supérieurs s'étaient exprimés pour demander enfin des mesures effectives. Mofaz a précisé qu'il avait pour politique de permettre à ses officiers d'exposer leurs vues, mais que l'armée est subordonnée au pouvoir politique. Le Yedioth aharonoth a même cité les propos du général Yomtov Samia, commandant de la région sud : l'armée pourrait avoir les moyens de forcer le gouvernement à agir (38). La démocratie israélienne n'est évidemment pas en danger d'un coup d'État militaire. Mais son armée est celle du peuple, elle est "vox populi".
Les "amis" et les "ennemis" de la paix
Les Israéliens, enfin, commencent à réaliser quel mal ils s'infligent en emboîtant le pas aux idéologues qui les classifient en deux catégories : la gauche, qui serait les "bons" ; la droite, voire l'extrême droite, qui seraient les "méchants". Cette manière de vilipender est imitée dans la diaspora, où les Juifs s'entre désignent aussi sous ces vocables trompeurs, identifiant la "gauche" avec le camp de la paix et la "droite" avec les ennemis de la paix. Cette grille de lecture pernicieuse a pour objectif et effet de diaboliser une majorité des Israéliens, des sionistes et des amis d'Israël par tous, et notamment par leurs frères, et de les diviser. Moins que quiconque, des Israéliens et des sionistes, surtout ceux qui se disent de "gauche", devraient souscrire à cette arme anti-israélienne.
Raphaël Draï a bien défini la question et son danger. C'est l'âme du peuple juif, écrit-il "qui constitue désormais la cible, dans l'espoir qu'elle se scindera (...). Comme si l'opposition droite-gauche, considérée autrement que sur le plan électoraliste, n'était pas radicalement remise en question dans le monde actuel (...)". Le danger consiste à "continuer à s'identifier à des références sans objet réel, et par suite ne plus s'identifier que par opposition, l'un à l'autre, en pure polémique. L'on sera du Likoud pour n'être pas du Parti travailliste, et inversement (...). Pourquoi se coucher encore, mortuairement, dans ces idéologies momifiées ?" (39).
Quand la "gauche" et la "droite" israéliennes et juives se déclareront-elles la paix, une unité que les ennemis d'Israël craignent autant que sa force militaire ?
Lors de l'Intifada de 1987, le même phénomène de division s'était produit en Israël et dans le monde juif, avec les mêmes effets, constituant une forme de belligérance aux côtés de l'ennemi, influençant les prises de décision des gouvernements étrangers, sapant la capacité d'Israël de résister au danger. Un psychiatre de Jérusalem, le docteur Yehouda Oppenheim, s'etait inquiété dans une lettre à un quotidien de cette "identification psychologique avec l'autre : Quand verrons-nous des Juifs se joindre aux Arabes pour lancer des pierres homicides et des bombes contre les Juifs qu'ils accusent d'être opposés à la paix ?" (40). "Jusqu'ici, avait constaté Itshak Shamir, nous pensions que les Juifs ne faisaient qu'aider Israël. Il s'avère maintenant qu'ils peuvent également nous mettre en danger" (41). L'ancien grand rabbin d'Israël, Shlomo Goren, était allé plus loin : "L'incitation, les séquences de TV, les photographies de presse, tout est produit par des photographes juifs, des opérateurs israéliens. Ni la pression américaine, ni aucune autre force extérieure ne peuvent provoquer la destruction du Troisième Temple, l'État d'Israël. Seuls les Juifs en ont la capacité. Je ne suis inquiet des pressions extérieures, je suis inquiet des Juifs" (42).
COMPRENDRE LES ENNEMIS D'ISRAEL
L'objectif Arabe
Quelles idéologies animent la pensée politique dans l'autre camp ? Quels objectifs immédiats poursuit-il, dans la perspective de ses visées ultimes ?
Les commentateurs se sont interrogés sur la finalité des émeutes, réitérant sans cesse qu'ils n'en comprenaient pas la logique, puisque Barak avait concédé, à Camp David, plus que quiconque avant lui : un partage de Jérusalem, la quasi-totalité des territoires, l'évacuation de certaines localités juives, l'acquiescement à un État palestinien. C'était ne pas tenir compte de la perception des choses par l'adversaire, notamment par Yasser Arafat. Il voulait sa guerre d'Indépendance, pour ne pas se voir octroyer son État palestinien par l'État juif. Il veut l'internationalisation du conflit qui impliquerait les puissances plus ou moins neutres et la totalité du monde arabe et de nombreux autres pays dans le conflit, en tant qu'alliés objectifs de la cause palestinienne.
Les émeutes avaient donc un but précis.
Barbara Amiel rappelle une de ses conversations, remontant à plusieurs années, avec l'une des habiles propagandistes palestiniennes, Hanan Ashrawi. Les Arabes n'avaient-ils pas eu tort, en 1937 déjà, d'avoir rejeté un projet de partage de la Palestine, proposé par l'une des commissions d'enquête britanniques, après une Intifada d'il y a soixante-dix ans, qui n'offrait aux Juifs que 20 % de l'État Juif que proposera en 1947 l'ONU ? Tort de ne pas avoir suivi le conseil de David Ben Gourion de "ne jamais dire jamais ?" Non, répondit Ashrawi. "Nous ne sommes pas comme les Juifs. Nous sommes un peuple du tout ou rien".
C'est exactement ce que les Arabes veulent aujourd'hui : tout. C'est l'évidence que certains Israéliens, et apparemment Ehud Barak, n'ont pas compris. Ils continuent de parler de paix, de compromis. Leurs ennemis veulent une "paix", tremplin pour l'étape suivante.
Les Palestiniens eux-mêmes, si l'on prend la peine d'écouter ce qu'ils disent, de lire ce qu'ils écrivent, le disent clairement.
En avril 2000, cinq mois avant la "provocation" d'Ariel Sharon, Hanan Ashrawi avait écrit qu'avant même l'ouverture de négociations, Israël devrait accepter des "pré conditions" non négociables : le droit au retour pour tous les réfugiés, évacuer la totalité de la Judée-Samarie et de Gaza, mettre Jérusalem sous souveraineté non-israélienne et abandonner le contrôle des lieux saints. Le droit de retour des réfugiés sonne mieux que le mot d'ordre "les Juifs à la mer", programme de l'OLP d'il y a trente ans, mais signifie la même chose. Il signifie que les Palestiniens auraient un État. Et des millions de Palestiniens seraient transférés dans l'État voisin, Israël, qui cesserait automatiquement d'être un État juif, sans qu'une goutte de sang ne soit versée. Il acquerrait d'emblée une majorité arabe, en attendant que la simple démographie y fasse des Juifs une faible minorité. On peut imaginer toute sorte de scénarios de ce qui l'attendrait alors. Même Yossi Beilin, l'hyper colombe, a qualifié ce droit de retour "d'inacceptable même pour la plus lunatique des colombes" (43).
D'autres porte-parole arabes sont plus explicites.
Le chef du Djihad Islamique a déclaré à Damas que son mouvement attaquerait les Israéliens partout, à Gaza, en Judée-Samarie, à Jérusalem, à Hadera, avec des voitures et des corps piégés, jusqu'à la libération totale. Saddam Hussein, qu'il fallait s'attaquer partout aux Juifs, jusqu'à ce que tous les immigrants juifs quittent la Palestine et retournent dans leur pays d'origine.
Ces positions extrémistes sont corroborées par des sondages. Celui de l'université de Bir Zeit, le 8 novembre, déjà évoqué, permet de quantifier ce qu'aucun Israélien aux yeux ouverts, simplement sur les écrans des télés, ne pouvait ignorer : l'adhésion populaire aux thèses extrémistes. 92 % estiment qu'il ne peut y avoir de paix sans le droit de retour, 74 % considèrent que la souveraineté d'Israël sur Jérusalem-Ouest (nous disons bien : Ouest) est illégitime, même dans l'hypothèse où Jérusalem-Est serait palestinienne. Ainsi, une forte majorité refuse de reconnaître n'importe quelle présence d'Israël dans sa capitale !
Il y a donc convergence entre la diplomatie de la négociation sous la violence, de l'internationalisation du conflit qui devrait permettre de tracer les frontières de la Palestine, sous la protection des casques bleus, sur les lignes où les chars israéliens se seraient retirés "provisoirement" dans un geste d'apaisement, et la politique des "petits pas", selon laquelle l'État palestinienne et la "paix" ne seraient qu'un jalon de la solution finale.
Les Palestiniens n'ont jamais découplé le couple négociation-violence. La violence a toujours précédé ou pris la relève de la négociation, quand celle-ci ne "rendait" plus (au double sens du mot : restituer et produire) suffisamment à leur yeux. Hassan-al-Kashef, le ministre de l'Information de l'administration palestinienne, l'a reconnu lui-même dans un article d'Al Ayyam, après le dernier sommet de Camp David : "La seule manière d'imposer nos conditions, c'est inévitablement par notre sang. A défaut de notre sang, le monde ne se serait jamais intéressé à nous et notre devoir national est de poursuivre la confrontation, de poursuivre l'Intifada, de poursuivre le sacrifice de nos martyrs". Les dirigeants de l'OLP ont pris la même posture. Le 1 er novembre, l'un de leurs principaux négociateurs, Nabil Shaat, l'a confirmé à la télévision palestinienne : "L'Intifada n'a jamais été une simple réaction à l'intrusion de cette brute de Sharon sur le mont du Temple" (44). Accessoirement, c'est démentir, aussi, le mythe inlassablement réitéré par les médias, de la "provocation" d'Ariel Sharon qui aurait produit les émeutes.
Un autre effet prochain des émeutes, le détachement des Arabes israéliens et leur rattachement à l'indépendance palestinienne, se précise de plus en plus dans l'esprit de ces israéliens non-juifs qu'on a longtemps imaginés être un pont avec l'ennemi.
Un symposium vient d'être organisé par le "Programme d'études de la politique des Arabes d'Israël" de l'université de Tel-Aviv. Said Zaidani, un professeur de l'université palestinienne de Al-Kuds, a réclamé pour les Arabes israéliens non seulement "l'égalité en tant qu'individus, mais une juridiction nationale séparée et le droit de s'auto-gouverner en tant que minorité nationale" et que les "Palestiniens soient reconnus comme prétendants au pays tout entier".
C'est dire qu'il s'agit non seulement de donner aux Palestiniens israéliens le droit de sécession, mais la présomption d'être, eux, les propriétaires légitimes de la totalité de l'État d'Israël. Le Pr. Dan Shueftan de l'université de Haïfa a souligné que c'est exactement ce que veulent ces intellectuels arabes radicaux : revenir pas simplement à la situation d'avant juin 1967, mais annuler la victoire israélienne de 1948 (45).
On est loin des leurres palestiniens : la paix des braves, loin des illusions dont se leurrent certains israéliens : le Nouveau Moyen-Orient.
Israël a largement méconnu cette réalité et la signification du conflit pour ses adversaires. "Bill Clinton et Ehud Barak", écrit Henry Kissinger pour expliquer le déraillement du processus de paix, "s'étaient persuadés que ce processus résultait d'une conversion des Palestiniens à la paix (...). Pour Israël, la paix est l'aboutissement de la lutte (...) la définition d'une normalité, mettant fin aux revendications et déterminant un statut juridique permanent (...). Mais pour les Palestiniens, les frontières de 1967 représentent une concession, acceptable seulement pour les plus colombes d'entre eux, qui sont présentés par les intellectuels occidentaux comme incarnant l'expression authentique des convictions palestiniennes. La majorité des Palestiniens regardent un compromis territorial à la manière dont la France a accepté l'annexion de l'Alsace-Lorraine en 1871, un diktat à être révisé à la première occasion. Une minorité significative - sûrement plus importante que les colombes - n'accepte pas l'État d'Israël (...). C'est pourquoi la demande d'Israël d'une renonciation à toute revendication ultérieure - et si raisonnable aux yeux des Israéliens et des Américains - était impossible pour Arafat" (46).
UNE REACTION SIONISTE
Que peut faire Israël ?
Que peut, que doit faire Israël face à ces menaces ?
On ne peut spéculer sur ce qu'Israël devrait faire pour les écarter à jamais, car c'est impossible. Trop de facteurs sont imbriqués : une évolution possible de la société palestinienne en direction de la démocratie et de la coexistence ; l'avenir du monde arabe face à l'islamisme ; l'évolution des puissances face à la menace d'un conflit nord-sud pouvant naître en Méditerranée ; la disparition progressive de la puissance pétrolière : c'est beaucoup d'avenirs lointains face à un présent pressant.
On peut seulement se préparer à franchir le fleuve quand on l'aura atteint. En attendant d'y parvenir et pour avoir des chances de le franchir dans de bonnes conditions, Israël doit refaire ses analyses de l'immédiat, qui conditionnent sa stratégie. Israël doit comprendre qu'il ne peut, au mieux, espérer négocier qu'un armistice temporaire, quelle que soit la solennité dont on enveloppera les cérémonies sur les pelouses de la Maison blanche, avec un ennemi dont l'arrière pensée dominante est de le vaincre un jour définitivement : par une longue guerre d'usure ou par un assaut frontal où tous, un Iran et un Irak nucléaires et bactériologiques compris, participeront. Napoléon avait dit que les paix véritables sont celles qui concilient non pas les positions des ennemis mais leurs arrière-pensées.
Les partisans de l'apaisement à tout prix objectent qu'il n'y aurait pas de solution de rechange à une "paix" achetée par des concessions apaisant enfin les Arabes. On vient de voir que cet apaisement est impossible à échéance lointaine et de toute manière, à en croire Bismarck, "personne n'est assez riche pour apaiser son ennemi indéfiniment". Dans l'immédiat et demain, ce qui peut mettre fin à la violence des ennemis d'Israël, c'est de leur faire réaliser qu'ils y perdent au lieu d'y gagner.
Il y a un précédent, d'une dimension réduite par rapport aux enjeux, aux moyens mis en oeuvre dans le conflit d'aujourd'hui. Mais l'équation reste valable. Toutes proportions gardées, on doit s'en inspirer.
La Palestine juive a dû faire face, en 1936-39, à une première Intifada de grande ampleur selon les normes de l'époque. On déracinait les arbres, on brûlait les récoltes des Juifs. On les assassinait sur les routes, dans les champs, aux abords des villages. Le 19 avril 1936, au cours d'une seule attaque, les émeutiers assassinaient 16 Juifs à Gaza. La revendication arabe était (toutes proportions toujours gardées) la même qu'aujourd'hui : que le gouvernement, alors britannique, limite voire interdise l'immigration et la "colonisation".
Les autorités sionistes entendaient, de la part de certains Juifs, les mêmes chants de sirène qu'aujourd'hui : il faut apaiser les Arabes, il faut freiner voire arrêter "la colonisation". Certains préconisaient même de se rapprocher des Arabes en négociant sur la base d'un État bi-national, voire en acceptant le principe d'une minorité juive permanente. Mais les autorités sionistes firent l'exact contraire. Les Arabes réussirent à handicaper l'activité du port de Haïfa : on répliqua par la mise en chantier d'un port de rechange à Tel-Aviv. On brûlait des forêts : on augmenta les nouvelles plantations. Au lieu d'évacuer des kibboutzim, on fonda de nouveaux villages. Un observateur anglais formula ce commentaire : "They built while their opponents schemed" - "Ils construisaient pendant que leurs adversaires ourdissaient des complots".
Les leçons qu'on peut tirer aujourd'hui de cette préhistoire du conflit sont évidentes.
Certes, il faut frapper les terroristes et leurs dirigeants. Il faut détruire leurs infrastructures. Mais en même temps, il faut proclamer et pratiquer une politique, dans la tradition sioniste, de réponse pacifique et constructive à la folie et aux complots des destructeurs, qui leur montrera qu'ils obtiennent le contraire du but recherché. Chaque attaque contre les maisons de Gilo pourraient être suivie par la mise en chantier de nouvelles maisons. Chaque attaque, chaque mort par l'agrandissement des agglomérations de Judée-Samarie, de Gaza, de Galilée, du Golan, de la vallée du Jourdain. La violence veut pousser les Juifs à se replier derrière la "ligne verte", à fuir, inciter les partisans de l'apaisement à de nouvelles concessions. Cette violence doit produire une détermination du peuple israélien à moins apaiser que jamais, à faire payer l'agression d'un prix de plus en plus élevé. Peut-être un gouvernement d'Israël de demain devrait-il mettre au premier plan de son programme cette résurrection du style de réponse donnée en 1936-39 et sortir ainsi du "post-sionisme". Le peuple israélien le suivra peut-être dans cette tentative de redressement. C'est probablement la seule voie, à long terme, pour éviter l'étape de l'État bi-national préconisé par le Gush Shalom, prélude à la dissolution de l'État juif.
Des réactions sionistes de ce type se sont d'ailleurs produites spontanément. Après l'attaque meurtrière de leur bus scolaire, les quarante familles habitant Kfar Darom ont décidé de punir les terroristes à leur manière, par l'agrandissement de leur localité et en s'ouvrant à dix nouvelles familles. Puisqu'on veut les déraciner par la terreur, ils renforceraient leur ancrage dans leur terre. Le chef du Conseil régional de la région de Gaza, Aharon Tzur, a ainsi formulé leur philosophie : "Chaque fois que les Arabes nous attaquent, nous devons leur faire comprendre qu'ils sont susceptibles de perdre quelque chose".
Les habitants de la localité de Shderot Mehola, dans la vallée du Jourdain, ont réagi dans le même style. Ils ont été l'objet de harassements continuels de la part de villages arabes voisins, qui ont endommagé leurs récoltes et leurs équipements agricoles. Ils ont envoyé un ULV survoler ces villages et les ont arrosés non de bombes mais de tracts, les avertissant qu'ils seraient physiquement punis et empêchés à l'avenir de perpétrer leurs forfaits.
Bien entendu, ces sursauts locaux, qui sont justes, ne feront d'effet qu'agrandis à l'échelle d'une politique gouvernementale.
Ménager ou dénoncer l'ennemi ?
Que pourrait être cette politique ?
Depuis les accords d'Oslo de 1993 (rappelons qu'Ehud Barak, alors chef d'état-major, les avait qualifiés de "suicide national"...) Israël a eu le souci dominant de céder aux Palestiniens pour provoquer leur bienveillance et mériter la considération de l'opinion mondiale. Il en a été récompensé par un surcroît de radicalisation de ses ennemis et la déconsidération internationale chaque fois qu'il ne s'exécutait pas au rythme voulu. Israël a ménagé les dirigeants des émeutes pour les conserver en tant qu'interlocuteurs "présentables" pour la paix.
Israël devrait revenir sur cette erreur. Au lieu de réagir à la violence par des concessions, il devrait répondre par un retrait de concessions précédemment consenties, par l'annulation d'une disposition des traités conclus, dont les Palestiniens, eux, n'en ont observé aucune. Israël ne s'en porterait pas plus mal dans l'arène internationale. On le critique ou le condamne de toute manière. Mais ses vis-à-vis pourraient y trouver matière à réflexion.
Israël devrait dévoiler le vrai visage de ses interlocuteurs et en souligner les traits.
Vers le 15 novembre, Yasser Arafat annonçait qu'il demandaient aux "tireurs inconnus" de suspendre les tirs. En même temps, le Fatah lance la guerre des routes, intensifie l'assaut contre les agglomérations, moins photogéniques que les images télévisées des lanceurs de pierres, mais destinés à tuer davantage de Juifs. Les tireurs du Fatah sont-ils vraiment "inconnus" de Yasser Arafat ? Quand il demande de ne plus tirer à partir de la zone "A", le territoire sous son contrôle exclusif, cet ordre implique le feu vert pour tirer à partir des zones "B" et "C" sous contrôle mixte ou entièrement israélien. Lors du décès de Léa Rabin, Yasser Arafat envoie une cassette de condoléances à la famille en deuil, remplie de miel et d'amitié. Mais cette cassette n'est pas montrée à la télévision palestinienne, où l'on continue de prêcher la haine. Israël doit dénoncer cette duplicité, ce double langage.
Pas confidentiellement, mais du haut de toutes les tribunes. Pourquoi s'obstine-t-il à donner de ses ennemis un visage embelli, quand ceux-ci ont pour unique souci de dénaturer le sien, de tracer d'Israël une caricature digne de Stürmer nazi ? Pourquoi ne pas dénoncer haut et fort qu'on donne l'ordre de cesser le feu et en même temps, comme le prouvent les conversations interceptées, l'ordre de tuer ? Pourquoi taire qu'on introduit des armes en fraude ? La contrebande d'armes destinées aux Palestiniens est constante. On a découvert et comblé des tunnels creusés sous la frontière avec l'Égypte. On n'a évidemment pas découvert tous les tunnels. Le général Yaacov Zigdon a révélé un cas, au moins, où la voiture d'un VIP, au pont Allenby, sur le point de pénétrer en territoire israélien a fait demi-tour au moment où elle allait être fouillée. L'armée d'Israël sait que les Palestiniens disposent d'armes lourdes, dont ils se sont abstenus de faire usage au cours des émeutes actuelles, les réservant pour l'avenir. Les diplomates israéliens s'abstiennent d'en faire état.
Israël devrait revenir sur la problématique des négociations. Au lieu de quémander sans cesse le retour à la table verte, Israël pourrait déclarer qu'il n'y reviendrait qu'après l'arrêt total et définitif de toute forme de violence et après que les Palestiniens auraient rempli intégralement les obligations contractées depuis 1993, et dont ils n'ont rempli aucune. David Bedein, un expert israélien en géostratégie, en a dressé la liste. Elle est longue, non exhaustive.
- Les Palestiniens, comme Israël, se sont engagés à pratiquer "l'éducation pour la paix" et à mettre fin aux appels à la guerre. Les Israéliens l'ont fait, comme on l'a vu, jusqu'au point de démoraliser leur population. Les Palestiniens ont fait l'exact contraire.
- La "police" palestinienne devait juguler les terroristes. Elle ne l'a pas fait. Elle a, au contraire, intégré dans ses rangs les plus extrémistes des terroristes.
- L'administration palestinienne devait justifier l'emploi des centaines de millions de dollars reçus de la communauté internationale pour juguler le sous-développement. Elle ne l'a pas fait, mais on a vu proliférer les constructions somptuaires.
- L'entité palestinienne devait être fondée sur les droits de l'homme et la démocratie. C'est un système totalitaire, violent et corrompu qui a été institué. Il est critiqué même par la presse arabe et par des organisations internationales.
- L'autorité palestinienne devait être circonscrite à Gaza et à la Judée-Samarie. Or, les Palestiniens revendiquent un "droit de retour" dans 531 villes et villages abandonnés en 1948, c'est à dire dans une partie d'Israël
- Israël et l'autorité palestinienne devaient renoncer à l'usage de la violence par leurs citoyens. De nombreux assassins d'Israéliens ont trouvé asile dans les territoires palestiniens et ne sont pas extradés, tandis que les médias contrôlés par l'administration palestinienne incitent à la violence.
- Israël devait aider au développement des territoires dans les domaines de la santé, de l'éducation et du bien-être social. Il le fait et finance le budget palestinien à plus de 60 %. Mais l'administration palestinienne ne se rend pas compte de l'utilisation de ces fonds (47).
Etc, etc, etc.
Si les Palestiniens ne reviennent pas sur ces violations et ces abus, Israël devrait assurer lui-même la mise en oeuvre de celles des obligations palestiniennes qui importent à sa sécurité, par exemple le désarmement des milices, l'arrestation des criminels recherchés, la destruction des armes illégales et empêcher la diffusion de la propagande de la haine.
Au lieu de laisser aux Palestiniens l'initiative de la violence, Israël devrait la prévenir en choisissant, lui, le moment et les lieux où il s'attaquerait aux instigateurs de la violence.
Au lieu de subordonner sa politique, sa sécurité, ses intérêts vitaux à la recherche, à tout prix, et jusqu'ici vaine, de la sympathie des opinions publiques et d'une problématique impartialité des médias, Israël devrait agir en vue de ses propres intérêts, protéger sa sécurité et affirmer cette nouvelle politique sans se préoccuper des réactions des médias. En tout état de cause, quoi qu'il fasse ou omette, Israël sera condamné et ses ennemis, quoi qu'ils commettent, seront compris, absous, approuvés, soutenus. Israël n'a rien à perdre à rectifier les balances truquées. Seulement à y gagner.
Il ne s'agit pas là de politique de "gauche" ou de "droite". En fin de compte, s'il veut survivre, Israël sera inéluctablement acculé à l'attitude qu'on vient d'esquisser. Mais plus Israël attend, plus il s'enfonce dans l'abîme, plus longue sera la pente à remonter du fond et plus il en coûtera de sang.
Restaurer la vérité historique
Dans le cadre de cette remontée, peut-être faudra-t-il aussi, au-delà de la gestion du conflit actuel, clarifier sans complexe ses aspects historiques. La "hasbarah" ("l'explication", la contre-propagande) d'Israël est timide et défensive. Elle s'abstient de dire toute la vérité quand cette vérité fait apparaître ses ennemis et leur cause sous un jour négatif, pour les raisons qu'on a vu. Il faut percer les écrans de fumée, restaurer la vérité historique en revenant sur les contre-vérités des propagandes hostiles, des "nouveaux historiens" et des "post-sionistes". Ce qui paraît archi-connu des élites israéliennes est largement ignoré par les opinions publiques à l'étranger et même par ceux qui les dirigent du haut de leur ignorance. Il faut apprendre aux hommes de bonne volonté qui ne savent pas et confondre ceux qui intoxiquent tout en sachant.
Les sujets à "enseigner" sont infiniment nombreux. Choisissons-en un seul, le droit sur la Palestine, et résumons-le à grands traits.
Les Arabes font état d'un droit sur une partie, voire sur toute la Palestine. Sur quoi serait fondé ce droit ?
La Palestine n'existait pas avant la Première guerre mondiale. Son territoire faisait partie de l'empire ottoman. La Palestine a été taillée à coups de lignes droites tracées sur des cartes géographiques, lors du partage des dépouilles de la Turquie, l'alliée de l'Allemagne, après leur défaite de 1918.
Plusieurs États arabes indépendants, ou indépendants à terme, ont alors été crées. En Palestine, il avait été prévu par les conférences de la paix réunies à Versailles puis à San Remo, d'instituer un Foyer National Juif, futur État Juif. Sa gestion fut confiée en 1922 par la Société des Nations à la Grande-Bretagne, avec mandat d'y construire ce Foyer en y encourageant l'immigration des Juifs et leur établissement sur les terres. L'Agence juive pour la Palestine, représentant les Juifs du monde intéressés à collaborer à cette oeuvre, devait co-gérer le pays. L'intérêt que prenaient les Juifs étrangers au Foyer National, en vertu de leurs convictions sionistes, recevait ainsi sa légitimation internationale. Précisons que la Palestine comprenait alors le territoire de l'actuel Israël, Gaza, la Judée-Samarie et la totalité de l'actuelle Jordanie. Dès 1922, la Grande-Bretagne en détacha ce dernier territoire, pour créer un Royaume Hachémite de Transjordanie et les Palestiniens Juifs durent accepter ce partage. Si une entité nationale possède un droit d'ancienneté juridique sur la Palestine, fondé sur une décision de la communauté internationale au lendemain de la Première guerre mondiale, ce sont les Juifs de ce pays.
Le Foyer National Juif devint un quasi-État pendant l'entre-deux-guerres, se développant rapidement en devenant un refuge pour les Juifs fuyant l'Allemagne nazie. Après la Shoah, l'ONU, héritière de la Société des Nations, proposa en 1947 d'accepter la création d'un État juif, que l'Agence juive réclamait depuis des années et, pour résoudre le conflit qui s'était développé entre Juifs et Arabes de Palestine, de créer au bénéfice de ces derniers un État dans une partie du pays. Les Juifs acceptèrent ce deuxième partage, qui mutilait à nouveau le Foyer National, comme ils avaient accepté le détachement de la Transjordanie en 1922. Ils en espéraient la paix. Mais les Arabes palestiniens et la totalité des États arabes refusèrent le partage, envoyèrent des volontaires pour harceler Israël en train de naître et leurs armées régulières l'envahirent le 15 mai 1948, à sa naissance, proclamant leur objectif : l'écraser dans l'oeuf.
Ils ne réussirent pas. Ils tentèrent ensuite, sans arrêt, de réaliser leur dessein politicide et génocidaire, par le blocus, les boycotts économiques, le terrorisme, la guerre, qui connut ses batailles les plus violentes en 1956 (l'expédition de Suez), en 1967 (la guerre des Six jours), en 1973 (la guerre de Kippour). Les Arabes perdirent toutes leurs guerres, sauf celle de la propagande, comme on peut en juger aujourd'hui. "L'occupation" date des contre-offensives victorieuses d'Israël de 1967 et 1973. Elle est à un double titre une conséquence de la politique arabe du tout-ou-rien : lorsqu'Israël offrit de négocier tous les territoires, les États arabes lui opposèrent les "Trois non de Khartoum" : Pas de négociation, pas de reconnaissance, pas de paix.
Les droits des agresseurs ?
Israël, lui, n'a jamais cessé d'offrir la négociation. Mais qui a des "droits" sur la Palestine, étant donné 1922 et 1947 ? Et quand un État repousse une agression et prend à son agresseur des territoires, n'acquiert-il pas des droits sur ces territoires ?
Pourquoi les seuls États arabes et les Palestiniens arabes auraient-ils des droits prévalant sur ceux des Juifs et seraient-ils exonérés de payer le prix de leurs défaites, ayant tenté de détruire Israël et ayant échoué ? Seuls ses agresseurs devraient-ils être récompensés de leur agression et leur victime être dépossédée "pacifiquement" de ce qu'on n'a pas réussi à lui arracher ? Les ennemis d'Israël ont hasardé un enjeu. Ils l'ont perdu. Le gagnant devrait-il leur restituer leur mise en fin de partie, leur demander pardon humblement de n'avoir pas succombé et de plus, les dédommager de la douleur de leur défaite par des concessions allant bien au-delà de la mise hasardée ?
On allègue une "inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la conquête "pour contester les quelques arpents de terre qu'Israël a pris à ses agresseurs au cours de ses guerres défensives et victorieuses. Mais qui s'est jamais conformé à cette inadmissibilité ? La France ? La Grande-Bretagne ? Les autres puissances moralisatrices, qui, toutes, ont occupé et annexé ? Souvenons-nous du soutien puissant, politique et militaire, que l'URSS a apporté aux Arabes contre Israël. Elle a littéralement combattu à leurs côtés. Pourtant, la Pravda (La Vérité, en français !) avait publié en 1964 cette auto-justification des annexions soviétiques : "Si l'on est attaqué et qu'on se défend et qu'on sort vainqueur de la guerre, on a le privilège de fixer définitivement une solution politique garantissant l'élimination de la source d'agression. Quand on a obtenu une certaine sécurité, au prix de lourds sacrifices, on n'acceptera jamais de revenir aux frontières antérieures".
On n'est jamais obligé "de rendre des territoires tant qu'il y a danger d'être agressé" (48). Les dirigeants soviétiques auraient-ils admis que leur affirmation blanchissait parfaitement les "annexionnistes" sionistes, qu'ils dénonçaient simultanément dans leur guerre de propagande, et démolissait les exigences arabo-soviéto-occidentales ?
La notion d'"inadmissibilité" n'existe pas en droit international et l'on voudrait appliquer au seul État juif une restriction, une servitude taillées sur mesure contre lui. Et existerait-il au bénéfice des Palestiniens arabes, un droit d'acquisition de territoires par la défaite ? Veut-on mettre en vigueur des lois de Nuremberg, un statut des Juifs à la Vichy, imposant au seul Israël des restrictions, des obligations spéciales ne s'appliquant qu'au Juif des États ? Veut-on remplacer l'étoile bleue du drapeau d'Israël par une étoile jaune ?
On conçoit, on comprend que les Palestiniens arabes veuillent récupérer pour eux les territoires pris par Israël à la Jordanie. On conçoit qu'à leur point de vue, leur triomphe serait encore plus parfait s'ils parvenaient à mutiler Israël encore davantage, voire à le détruire. L'histoire a été une succession d'affrontements, de conquêtes et de défaites. Il est peu probable qu'à brève échéance, il en aille autrement. Mais où est le "droit" des Palestiniens là-dedans ? Sur quoi se fondent les puissances pour soutenir leurs droits inexistants ?
Sur le fait qu'Israël est une "minorité" dans le monde arabo-musulman qui l'environne ? Mais Israël n'est-il pas en majorité chez lui ?
Or, la diplomatie française - comme celle d'autres pays - n'a cessé de contester le statut de capitale de Jérusalem-Ouest, se référant au statut international de la ville, proposé en 1947 par l'ONU, lors de son projet de partage. Statut d'ailleurs limité à une durée de dix ans, à l'expiration desquels un référendum des habitants de la ville - où les Juifs étaient alors déjà largement majoritaires - aurait décidé de son statut final. Mais alors, pourquoi ne s'insurge-t-on pas contre les prétentions palestiniennes sur Jérusalem, qui n'a jamais été dans l'histoire la capitale d'un pays arabe, et où les Arabes, depuis 150 ans, sont une minorité ? A Jérusalem aussi, une minorité, pourvu qu'elle soit arabe, devrait avoir le droit de dicter sa loi à la majorité ?
État et État Juif
C'est dans ce style nouveau, le style de la vérité, de la fierté, de l'insoumission aux puissances immorales et intéressées, que la diplomatie israélienne de demain devrait entreprendre la reconquête de l'estime de son propre peuple et de l'estime des hommes de bonne volonté dans le monde entier. En 1914-18, le roi Albert des Belges avait formulé ce constat qui voulait redonner courage à son pays : "Un peuple qui se défend s'impose au respect de tous". Israël a perdu le respect de ses ennemis qui le haïssaient mais le craignaient tant qu'il se défendait, et qui aujourd'hui le haïssent toujours mais le méprisent et ne le respectent plus.
Car Israël a été souple et fuyant, indécis, soumis, pétri d'humilité, d'humanité et de retenue dans son affrontement avec ses ennemis, mais oublieux de ses devoirs envers les siens et de ses intérêts. "Qui est bon envers le méchant est méchant envers le juste" dit un adage talmudique. Il contient beaucoup de vérité. Israël a trop oublié qu'il est un État. Il devrait se conduire en État, pratiquer la froide raison d'État. Car si les autres États, qui se camouflent sous les oripeaux de grandes principes humanitaires, ne se comportent pas envers lui comme se comporte envers eux le juste et l'humaniste Israël, c'est aussi parce qu'il n'est pas de la famille. Il se conduit avec une exemplarité qu'on ne retrouve pas chez les autres États, et qui montre, à nu, ce qu'ils sont. Les psychanalystes diront peut-être que c'est la raison la plus profonde, la plus cachée pour laquelle on soutient ceux, terroristes et menteurs, dictateurs et führers aux mains tâchées de sang qui veulent l'éradiquer de la famille des nations.
Il ne faut pas cacher que là réside pour Israël l'ultime défi, l'ultime difficulté. Il se veut un État juif, c'est à dire porteur de l'éthique juive, poursuivant, en tant qu'État, la mission éternelle d'Israël : être une lumière pour les nations. Or, être une lumière, ce n'est pas emboîter le pas aux nations dans leur obscurité, et leur montrer les vraies clartés. Et que faire quans les nations veulent demeurer dans l'obscurité, ne pratiquent que l'éclairage de scène et drapent théâtralement des effets ?
Comment Israël peut-il espérer sortir de ce dilemme : être à la fois un État et un État juif ? Comment peut-il espérer convaincre le monde à l'imiter dans sa voie de l'éthique, de la justice, quand les intérêts, la froide géopolitique et la raison d'État motivent les conduites ? Cette aspiration ne serait-elle pas encore plus utopique que le "Nouveau Moyen-Orient" de Shimon Peres ?
Et si Israël persévère à être un État juif au lieu de devenir État juif, ne met-il pas en jeu à la fois son existence étatique et l'existence juive de ses Juifs ?
La difficile synthèse de l'existence étatique et de l'existence juive sera, après la paix, le problème majeur d'un peuple israélien aspirant à mettre en oeuvre ses idéaux bibliques, dans un monde qui se libère chaque jour davantage de l'éthique.
Notes
(1) Patrick Forestier : "Ramallah : rendez-vous au carrefour de la haine", Paris-Match, 30 novembre 2000, pp 84-87.
(2) Pierre Prier : "Beit Jala en deuil de son médecin allemand", ibid.
(3) Georges Marion : "Israël s'installe dans la guerre", Le Monde, 17 novembre 2000, p. 18.
(4) Le Figaro, 27 novembre 2000, p 3.
(5) Thierry Oberlé : "Barak coupe les vivres à Arafat", Le Figaro, 17 novembre 2000, p 4.
(6) "Israël bombarde Gaza", Le Figaro, 21 novembre 2000, p 3.
(7) G.M. : "La colère des militants de droite contre les 'criminels d'Oslo'", Le Monde, 22 novembre 2000, p 2.
(8) Catherine Dupeyron : "Laissez gagner Tsahal !" scandent des dizaines de milliers de colons à Jérusalem", Le Monde, 24 novembre 2000, p 2.
(9) Thierry Oberlé : "Le Fatah ne veut pas savoir qui pose les bombes", Le Figaro, 22 novembre 2000, p 4.
(10) Radio-J, 19 novembre 2000, 12 h 30.
(11) Henri Guirchoun : "Ces colons qui barrent le chemin de la paix", Le Nouvel Observateur du 23 au 29 novembre 2000, p 86.
(12) Eetta Prince-Gibson : "Suffer the children", The Jerusalem Post, 10 novembre 2000, p B 2.
(13) Shimon Peres : "Pourtant la solution est là, devant nous" (Interview par Victor Cygielman et Henri Guirchoun), Le Nouvel Observateur, 16-22 novembre 2000, p 102.
(14) Daniel Doron : "The media's propaganda war", The Jerusalem Post, 9 novembre 2000, p 12.
(15) Tom Gross : "Lotting a dangerous genie out of the bottle", The Jerusalem Post, 27 novembre 2000, p 8.
(16) Paul Fenton : "A partir de la puberté, disons 13 ans, le martyr a une valeur suprême pour gagner l'au-delà", Propos recueillis par Ariel Sion, Actualité juive, 23 novembre 2000, p 9.
(17) Georges Gachnochi : "Les enfants palestiniens peuvent avoir la terrible impression d'avoir été procrées pour combattre", Propos recueillis par Laetitia Enriquez, Actualité juive, 23 novembre 2000, p 10.
(18) Horda Husseini, Al Shark al Wwsat, Londres, 25 octobre 2000.
(19) Al Hayat al Jadida, 30 octobre 2000.
(20) ibid, 27 octobre 2000. Cité par David Schenker : "An Arab debate on 'child sacrifice'", The Jerusalem Post, 15 novembre 2000, p 8.
(21) E. Echter : "La haine enseignée", France-Israël Information, supplément au N° du 3 ème trimestre 2000.
(22) L.E. : "La télé éducative selon les Palestiniens", Actualité juive, 23 novembre 2000, p 7. (L'organisation France-Israël a réalisé une cassette vidéo présentant un aperçu de ces programmes, traduits en Français, 85 F. France-Israël, 64 avenue Marceau, 75008 Paris.
(23) Nissim Altar : "Endoctrinement antisémite des enfants palestiniens", Actualité juive, 23 novembre 2000, p 8.
(24) Claude Meyer : "Des tueurs en herbe", Actualité juive, 23 novembre 2000.
(25) Cité par Barbara Amiel : "While the world condemns Israel, this tragedy will never end", The Jerusalem Post, 17 novembre 2000, p B 7.
(26) "Une question d'honneur arabe", Monday morning, hebdomadaire libanais, cité par The Jerusalem Post, 14 novembre 2000, p 9.
(27) François Zimeray : "L'enseignement palestinien est digne des Protocoles des Sages de Sion", Propos recueillis par Stéphane Szalos-Godin, Actualité juive, 23 novembre 2000, p 5.
(28) Radio juive, 16 novembre 2000, 07 h 30.
(29) Radio juive, 23 novembre 2000, 12 h 30.
(30) Afsané Dassir Pour : "Aux Nations unies, les Palestiniens doutent de l'impartialité américaine", Le Monde, 24 novembre 2000, p 2.
(31) Thierry Oberlé : "Guerre des routes dans les territoires", Le Figaro, 20 novembre 2000, p 4.
(32) Menahem Gouray : "Barak, réveille-toi, Israël est à feu et à sang", Actualité juive, 23 novembre 2000, p 18.
(33) Galei Tsahal, 16 novembre 2000.
(34) Europe 1, 5 septembre 1978.
(35) "GM subsidiary said to cancel sponsorship of Ariel Conference", The Jerusalem Post, 14 novembre 2000, pp 1 et 13.
(36) Sarah Honig : "Like, who's Rachel anyway ?", The Jerusalem Post, 17 novembre 2000, p B 8.
(37) Naomi Ragen : "Acts or war, scenes of stupidity", The Jerusalem Post, 17 novembre 2000, p B 9.
(38) Ariel O'Sullivan : "Senior officers want tougher response", The Jerusalem Post, 15 novembre 2000, p 3.
(39) Rapael Draï : "Refonder Israël", Tribune juive, 23 novembre 2000, p 3.
(40) The Jerusalem Post, 13 mars 1988.
(41) The Jerusalem Post, 11 mars 1988.
(42) The Jerusalem Post, 7 avril 1988.
(43) Barbara Amiel : "While the world condemns Israel, this tragedy will never end", The Jerusalem Post, 17 novembre 2000, p B 6.
(44) Cité par Barbara Amiel, ibid, p B 7.
(45) Yosef Goell : "No risky regrets", The Jerusalem Post, 20 novembre 2000, p 8.
(46) Henry Kissinger : "What drove peace out of the processy ?", The Jerusalem Post, 26 novembre 2000, p 7.
(47) Richard Darmon : "Les dix fondements du processus de paix non respectés par les Palestiniens", Actualité juive, 23 novembre 2000, p 14.
(48) Pravda, 2 septembre 1964.