La Tunisie, un exemple à suivre pour les pays dits arabes. Moïse Rahmani
A l’invitation de l’Agence Tunisienne de la Communication Extérieure, un organisme gouvernemental dépendant du Ministère des Affaires Etrangères, je me suis rendu en Tunisie du 24 au 28 mai 2005 rejoignant la soixantaine d’hôtes, du monde entier, journalistes pour la plupart et quelques représentants d’associations juives de premier plan, conviés par l’Office du Tourisme tunisien au pèlerinage de la Ghriba, l’antique synagogue fondée, suivant la tradition, au VIè siècle avant l’ère commune, par des Juifs fuyant Jérusalem conquise par Nabuchodonosor.
Ce lieu de culte est le plus ancien d’Afrique, peut-être même le plus vieux en dehors d’Israël. L’attentat sanglant d’Al-Qaida du 11 avril 2002, (vingt et un morts), voulait briser l’image de tolérance et de respect d’autrui que Tunis entend depuis longtemps. Le vénérable sanctuaire est protégé et je me suis senti plus en sécurité aussi bien à la Ghriba qu’à la Médina de Tunis ou dans les rues de la Goulette que dans bien des quartiers de Bruxelles ou de Paris.
Il est surprenant de constater qu’un Juif peut arborer une étoile de David ou une kippa en toute quiétude dans ce pays alors qu’en Occident il serait pris à partie, menacé, frappé peut-être, parfois sous le regard complaisant de certains Belges ou Français de « souche » ancrés dans un antisémitisme pétri d’antisionisme. Nos gouvernants devraient en tirer la leçon !
Je ne parlerai pas de l’accueil, au-delà de tout éloge ni de la gentillesse innée et non de commande du Tunisien « Monsieur tout le monde. » Je ne parlerai pas non plus de la chaleureuse réception que les autorités nous ont réservée. Je voudrais centrer sur l’aspect multiculturel de ce pays, sur son ouverture, sur le respect envers les autres religions. Je voudrais souligner que pour les officiels rencontrés, la religion doit rester une affaire privée et s’exercer chez soi.
Je n’ai pas vu de femmes voilées dans les ministères, dans les banques ou dans les magasins. J’ai vu, par contre, des femmes libres. Les intégristes, les islamistes, sont un danger pour le pays, c’est le sens du message que nos hôtes nous ont passé. Ils ne doivent pas gangrener la société. A bon entendeur, salut.
Dans notre presse occidentale, une bombe humaine qui se fait exploser en tuant des civils est qualifiée de kamikaze ; des excuses lui sont cherchées. En Tunisie, chez les officiels, le verdict est sans appel : c’est un terroriste et il n’y a pas d’excuses à tenter de lui trouver...
L’invitation à Ariel Sharon à se rendre en Tunisie a suscité, il est vrai, bien des remous. Mais elle est maintenue et marquera sans nul doute le début d’un rapprochement entre Jérusalem et Tunis, rapprochement initié bien avant Oslo par Habib Bourguiba qui prônait, déjà en 1965, la reconnaissance d’Israël. Que de temps perdu, que de vies gâchées, depuis !
En fonction de l’avancée des négociations entre Israéliens et Palestiniens le bureau de représentation de Tunisie à Tel-Aviv sera ouvert à nouveau. C’est ce qui découle de l’entretien que la délégation du B’nai B’rith * a eu, vendredi 28 mai 2005, avec le Ministre des Affaires Etrangères, Monsieur Abdelbaki Hermassi.
Je n’ai pas lu la presse locale en arabe mais celle en français. La manière de désigner Israël est correcte, Sharon n’est qualifié ni de «boucher » ni de « Hitler » et Israël n’est pas « l’entité sioniste ». Une certaine objectivité semble être de mise ; bel exemple pour nos médias.
Tous les lieux de culte, musulmans, juifs et chrétiens, sont propriété de l’état. C’est la loi. A Djerba, une ancienne église transformée en salle de sport, vient d’être rendue aux sœurs franciscaines et les travaux de restauration entrepris avec l’aide du gouvernement (les dégâts causés par l’attentat de la Ghriba ont été réparés, en partie, avec l’argent du contribuable.) C’est symptomatique de constater que, dans les autres pays dits-arabes, les lieux de prières non musulmans sont parfois profanés et spoliés alors qu’ici, dans un cas au moins, ils sont rendus à une foi autre. Essayez donc de construire, aujourd’hui, une église en Egypte ! Les Chrétiens fuient en masse l’Irak et les territoires soumis à l’Autorité palestinienne. Et je ne parle même pas de l’Arabie Saoudite où le fait de se réunir dans des maisons pour dire la messe est punissable. De nombreux Philippins croupissent en prison. Mais Tunis restitue au culte catholique une église...
Peu ou pas de signes ostentatoires : peu de femmes voilées, pas de mendiants (la pauvreté ne touche, paraît-il que cinq pour cent des Tunisiens, Bourguiba ayant fait de la lutte contre la misère une priorité), les jeunes s’habillent comme tous les jeunes occidentaux, les filles en jeans moulant, le ventre parfois découvert, les gens consomment de l’alcool, et Tunis (comme Djerba) est une ville propre, très propre, pas comme Bruxelles hélas.
L’attitude du gouvernement devrait servir d’exemple aux autres pays dits-arabes. Je l’ai déclaré au ministre Hermassi lors de notre entretien. Je lui ai aussi confié, que, lors de mon dernier séjour dans l’Egypte qui m’a vu naître et que je continue à aimer, un homme, calot vissé sur la tête, djellaba blanche, distribuant des cartons avec des versets religieux m’a dit, en arabe, pensant que je ne le comprenais pas : « va-t-en d’ici, ce n’est pas ton pays ». A Tunis on m’a accueilli avec l »’ahlan wasahlan », sois le bienvenu. L’Egyptien comme le Tunisien savaient ou avaient compris que j’étais Juif ! Le ministre avait l’air sincèrement choqué et peiné.
La Tunisie, un exemple à suivre, vous disais-je.
Moïse Rahmani
La délégation du B’nai B’rith était conduite par le Dr David Levy Bentolila, Président du B’nai B’rith Europe, Messieurs Alan M. Schneider, directeur du B’nai B’rith World Center, à Jérusalem, Sauveur Assous, de France et de l’auteur de ces lignes, Président du B’nai B’rith de Bruxelles.
Tunisia is a model for others, for the so called arab lands
At the invitation of the Tunisian Agency for External Communication, a government body working with the Foreign Ministry, I was in Tunisia between 24th and 28th May 2005. Some 60 guests from all over the world, mostly journalists and a few representatives of leading Jewish organisations, were gathered to make the pilgrimage to the Ghriba synagogue, the ancient synagogue founded, according to tradition, in the 6th century before the common era by Jews fleeing Jerusalem after its conquest by Nebuchadnezzar.
The Ghriba is the oldest synagogue in Africa, perhaps even the oldest outside Israel, according to the Tunisians. The bloody attack of 11th April 2002 attributed to Al-Qaeda (21 dead) was intended to shatter this image of tolerance and respect for the Other which Tunisia has it in mind to promote. The venerable sanctuary is under guard and I felt as safe there, in the Medina or in the streets of La Goulette, as in districts of Brussels or Paris.
It is strange that a Jew might display a star of David or a kippa in all tranquillity when in western Europe he might be taken aside, threatened, roughed up perhaps, often under the complacent nose of a native Belgian or Frenchman. Our governments could learn a thing or two!
I won’t mention our welcome which was beyond praise. I won’t mention the genuine niceness of the Tunisian man in the street, who is not being nice to order. I won’t mention the warm reception from the authorities. I will focus on the multicultural aspect of this country, its open-mindedness and its respect for other religions. I would stress that according to the officials I met, religion is a private affair to be practised in one’s own home. I never saw any veiled women in the ministries, in the banks or in the shops. Indeed I saw free women. The fundamentalists and islamists are a danger to the country - this is the message that it was our hosts’ pleasure to convey. They must not gangrenate society. You get my drift.
In our Belgian press, an exploding human bomb who kills civilians is called a suicide bomber and excuses are sought for him. In Tunisia, among the authorities, the verdict is final: he is a terrorist and no excuses are to be found.
The invitation to the Israeli PM, Ariel Sharon to come to Tunisia has, in truth, made quite a few waves. But the invitation still stands and will mark the beginning of a rapprochement between Jerusalem and Tunis, a pre-Oslo rapprochement initiated by Habib Bourguiba who first advocated recognising Israel in 1965. How many lives and how much time wasted since.
If negotiations go well between the Palestinians and the Israelis soon, very soon, Tunisia will be opening an office in Tel Aviv. This is the upshot of a meeting that the Bnai Brith delegation* had on Friday 28th May 2005 with the Foreigner minister, Mr Abdelbaki Hermassi.
I did not read the Arabic press, only the French press. Israel was referred to in neutral terms. Sharon was neither called a butcher nor Hitler. Israel was not the ‘Zionist entity’. The press seemed objective. Ours might take a leaf out of its book.
All the houses of worship – Muslim, Christian and Jewish - are state property. It is the law of the land. At Djerba, an old church converted into a sports hall has just been returned to the Franciscan nuns and refurbishment is being carried out at state expense, just as the repairs to the damage done by the Ghriba attack partly came from the Tunisian taxpayer. It is telling that in other Arab countries non-Muslim houses of worship are sometimes defiled and vandalised and yet here, in one case at least, they are restored to another faith. Try and build a church in today’s Egypt! The Christians are fleeing Iraq and the Palestinian territories, to say nothing of Saudi Arabia where to assemble in private homes for a service is an offence; many Filipinos languish in prison. But Tunisia has just given a church back to the Catholic Church.
There are few or no outward signs. Religion is a private matter. Few women are veiled, there are few beggars (poverty affects only five per cent of Tunisians, Bourguiba having waged war against it). Women appear free. Young women dress as young women do in our countries in close-fitting jeans, sometimes with their midriffs showing. People drink alcohol. Tunis like Djerba is a clean city, very clean – unlike Brussels, alas.
The government’s attitude should serve as a model for other so-called Arab countries. This is what I said to minister Hermassi when we met. I also told him when I was last in Egypt where I was born, a place I still love, a man with a skullcap screwed down on to his head, wearing a white djellabah and giving out cards bearing religious quotations told me in Arabic, thinking that I did not understand: “go away, this isn’t your country.” In Tunis they greeted me with “ahlan wu sahlan”, welcome. The Egyptian and the Tunisian had both understood that I was Jewish. The minister seemed genuinely shocked and pained.
Tunisia is a model for others, I tell you.
Translation : Lyn Julius
* The B’nai B’rith delegation was led by Dr David Levy Bentolila, President of B’nai Brith Europe, Alan Schneider, director of the B’nai B’rith World Centre in Jerusalem, Sauveur Assous from France and this writer, President of B’nai B’rith Brussels.
La Tuniziya, un enshemplo ke kale seguir, para los paesis detos arabos
Invitado por la Ajensia Tuniziana de la komunikasion Eksterior, un organizmo governamental ke lavora kon el Ministerio de Echos Ajenos, estuve en la Tuniziya dezde el 24 asta el 28 de mayo de 2005. Unos sesenta musafires, del mundo entero, jurnalistos la mas parte, i unos kuantos reprezentantes de asosiasiones djudiyas de primer plano, eran konvidados al pelegrinaje de la Griba, la antigua sinagoga fundada, asigun la tradision, en el siglo VI antes de la era komun, por lo Djudios ke se fuyeron de Yerushalayim kuando la konkisto Nebuhadnetsar.
La Griba es la sinagoga mas antigua de la Afrika , puede ser mizmo, asigun los Tunizianos, ahuera de Israel. El atentado sangriyente del 11 de avril 2002 devido a Al-Kaida (ventiun muertos), teniya por eskopo romper esta imaje de toleransia et de respeto del otro ke Tunis kere promover.El veneravle santuario esta mamparado i me konsenti mas en siguridad tanto en la Griba komo en la Medina de Tunis o en las kalejas de la Goulette ke en las males de Bruxelles o de Paris.
Komo de kuriozo es ke un Djudio pueda ir a sus anchas, kon magen David i kippa por este payis, mientres ke en Oksidente se la tomariyan kon el, lo amenazariyan, puede ser lo aharvariyan basho la mirada plazentera del Beljikano o del Franses « de orijen ». Muestros governantes tendriyan ke travar la lision !
No avlare de la akojida, ke merese mil alavasiones. No avlare de la amabilidad natural i no de mando del Tuniziano « Sinyor Fulano o Zutano ». No avlare de la kaluroza akojida ke las autoridades ofisiales mos rezervaron. Yo kijera insistir en el aspekto multikultural de este payis, en su aviertura i en su respekto verso las otras relijiones. Yo kijera azer resaltar ke asigun los ofisiales enkontrados, la relijion es koza privada ke se pratika en kaza. No vide mujeres kon velo en los ministerios, en las bankas i en los magazenes. Al kontrario, vide mujeres liberas. Los integristos, los islamistos son una sakana para el payis, es kon plazer ke muestros konvidadores mos transmitieron este mesaje ; No pueden kangrenar muestra sosiedad. Al buen entendedor, pokas palavras bastan .
En muestra prensa beljikana, una bomba umana ke se aze patladear en matando siviles, es kalifikada de « kamikaze » i le bushkan diskulpas. En la Tuniziya, entre los ofisiales, el verdikto es sin yamada : es un terroristo i no ay ninguna diskulpa ni ay ke bushkarla.
La invitasion del Primer Ministro del Estado de Israel, Ariel Shaon, a ir a la Tuniziya, desperto, es vedra, munchos remolinos. Ama se mantuvo i markara el empesijo de un aserkamiento entre Yerushalayim i Tunis, aserkamiento empesado ya muncho antes de Oslo por Habib Burgiba ke rekomendava, ya en 1965, el rekonosimiento de Israel. Kuantas vidas malogradas, kuanto tiempo bozdeado dezde entonses !
En funsion del adelantamiento de las negosiasiones entre Israelianos i Palestinianos, en serka, lo espero, el Ofisio de reprezentasion de la Tuniziya en Tel-Aviv se avrira de muevo. Es lo ke sale de la entrevista ke la delegasion del B’nai B’rith* tuvo el viernes 28 de mayo de 2005, kon el Ministro de Echos Ajenos , el Sinyor Abdelbaki Hermassi.
No meldi la prensa lokal en arabo, ama si, la eskrita en franses. La manera de yamar Israel es korrekta, a Sharon no kalifikan ni de « kasap » ni de « Hitler » i Israel no es la
privada. Pokas mujeres kon velo, ningun sedakero ( la provedad , dizen, toka solo 5% de los Tunizianos , siendo ke Burgiba izo de la lucha kontra la mizeria su prioridad), la mujer parese libera, los mansevos se visten komo todos los mansevos de muestros payizes, i las mansevas trayen jeans bien apretados, la tripa envezes deskuvierta, la djente beve alkool, i Tunis (komo Djerba) es una sivdad limpia, muy limpia, no komo , ke manziya ! Bruxelles.
El komporto del governo tendriya ke servir de enshemplo a los otros payizes yamados arabos. Lo deklari al Sr. Ministro Hermassi durante muestra entrevista. Tambien le konfiyi ke durante mi ultima estansia en Ayifto ande nasi i ke kontinuo amando, un ombre kon la takya bien apegada en la kavesa, kon djelaba blanka i ke iva espartiendo kartones kon pesukim relijiozos , me disho, en arabo, pensando ke no lo entendiya : « vate de aki, no es tu payis ! ». en Tunis me akojieron kon « ‘ahlan wasahlan », seas bienvenido. El Ayisiano ansina komo el Tuniziano saviya o entendio ke era djudio ! El ministro paresiya sinseramente chokado i triste.
La Tuniziya un enshemplo ke kale seguir, vos diziya.
Traduction : Haïm Vidal Sephiha
* La delegasion del B’nai Brith era dirijida por el Dr. David Levy Bentolila, Prezidente del B’nai B’rith Europe,los Sinyores Alan M. Schneider, direktor del B’nai B’rith World Center, en Yerushalayim, Sauveur Assous, de Fransia et del eskritor de estas linyas, Prezidente del B’nai B’rith de Bruxelles.
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