Dans un livre qu'il a publié après les événements survenus en Palestine en 1929, un auteur assez spirituel, Albert Londres, se demande : "Le juif errant est-il arrivé ?" Tout ce qu'il a vu dans la terre promise au peuple d'Israël par Jéhovah et par la Société des Nations, les réalisations les travaux en cours et l'idéal en marche lui ont permis de croire que le pauvre vieillard aux souliers poussiéreux qui chemine depuis vingt siècles, traînant sa misère sur toutes les routes et dans tous les pays a enfin retrouvé sa patrie. Mais, hélas ! pour quiconque ne veut pas être démenti par les faits, cette vérité poétique, magnifique, sublime et sans doute réelle, n'est certes pas toute la vérité. Les droits accordés aux juifs par les 54 puissances signataires du mandat palestinien son loin de résoudre le problème juif dans sont intégralité. Ce problème comporte une partie considérable qui se détache complètement de l'idéal sioniste et se confond avec le mouvement général du progrès de la civilisation. Et dans cette partie il est facile de distinguer deux points principaux qui la résument et l'expliquent assez bien. C'est d'abord l'unité et l'irréductibilité du peuple juif quels que soient, primo le nombre des ses individus, secundo le point du globe où ceux-ci se trouvent emmenés par le caprice des circonstances. C'est ensuite la nécessité pour ce peuple un et irréductible de vivre parmi des populations libérales, tolérantes, d'esprit large et bienveillant; et, par conséquent leur exclusion de toute participation à la vie du pays, partout où des événements de caractère régressif amènent le règne d'un nationalisme étroit et fanatique.
Expliquons donc ces deux points : Quoique les courants de l'histoire le transportent incessamment d'un continent à un autre, bien qu'il soit rare de trouver une contrée, une île, un coi quelconque de la planète ou il ne fasse acte de présence, le juif, quels que soient les vêtements qu'il porte, les connaissances qu'il possède, les règles de vie que le milieu lui impose, les influences qui l'entourent, paraîtrait-il complètement assimilé, transformé, converti, au fond il est absolument lui-même. On ne lui apprend pas à être tel, il l'est par nature, par instinct. Car il y a longtemps que le judaïsme n'est plus une théorie, une doctrine, une forme quelconque de civilisation, mais une réalité naturelle au même titre qu'un roche, une plante ou une race. Que deux juifs, pas plus que deux, se rencontrent sur le point du globe, ils fraterniseront et, surtout, ils prieront ensemble les jours de grandes solennités rituelles comme s'ils étaient dans une synagogue remplie de fidèles. Un groupe de dix juifs venus des quatre parties du monde, c'est déjà un minian, c'est-à-dire une collectivité régulière et durable. Aucune force extérieure, aucune autorité constitué ne leur impose le devoir de s'unir. Cela est chez eux un besoin semblable à celui qui porte tout homme à pourvoir à tout ce qui est nécessaire pour la conservation de sa vie personnelle. L'organisation plus ou moins parfaite qui naît de ce besoin naturel d'union, leur permet de vivre, partout où ils se trouvent, dans un cadre d'idées et de sentiments dont l'origine remonte à l'Exode et à la législation mosaïque.
Tant que la politique est, tout au moins en apparence, sur la voie de la paix et de l'entente générale, tant que les affaires marchent et que tous les citoyens ont du pain sur la planche, cette tendance des juifs à 'unité, à la vie et à la culture traditionnelle ne paraît point déranger les autres éléments et, hormis quelques professionnels bougons dont les discours et les écrits entretiennent la haine dans le coeur naïf et innocent de la masse, tout le monde semble la considérer comme un état naturel et légitime, comme une question de conscience tout à fait respectable.
Mais l'humanité, à l'exemple des mers et des océans, est tantôt calme, tantôt agitée. Quand arrivent les guerres, les défaites, les catastrophes, les révolutions, les changement politiques et les crises économiques, dans bien des pays, de grandes masses juives se trouvent d'un moment à l'autre placées dans des conditions insupportables parmi des populations qui, précisément dans ces périodes de désordre croient découvrir que le juif est le grand coupable des malheurs qui s'abattent sur elles. N'est-ce pas à cause des juifs que l'Allemagne a perdu la guerre ? Et n'est-ce pas Rathenau qui a désorganisé l'industrie, le commerce, la finance et l'administration allemandes ? L'histoire est là, après une défaite il y a sûrement un persécution de juifs. Après un changement de régime, une période d'arbitraire, sous une forme patente ou déguisée l'antisémitisme se donne libre cours. Un pays change-t-il de maître, c'est le le maître qui doit prendre possession de toutes les sources de vie qui desservaient jusqu'alors les foyers et les institutions populaires, pour les mettre au service de sa politique particulière. Or les juifs sont des grands amateurs de sources, de foyers et d'institutions. Parmi les populations lésées de ce chef, on voit donc souvent beaucoup, beaucoup de juifs.
Il ne faut pas croire qu'ils quittent le pays natal sans hésitation et sans regret. Longtemps ils résistent aux contrariétés du sort. Mais la situation devient intenable et ils finissent par prendre la clef des champs. Ils partent à l'aventure, avec l'espoir d'améliorer leur sort et celle de leur famille en se soumettant au loin aux conditions d'un travail pénible.
Il y a aussi évidemment des causes secondaires, mais d'un caractère immédiat et communes aux émigrants de toutes les nationalités et toutes les confessions : stagnation commerciale, manque de travail, surpopulation, etc., dont les juifs ne sont naturellement pas exempts. Nous en faisons seulement une mention brève puisqu'elle ne concernent pas d'une façon particulière l'élément israélite, dont le mouvement migratoire vers le Katanga est l'objet principal de notre étude.
L'Union Sud Africaine et la Rhodésie, quoique plus ancienne au point de vue colonisation et d'un climat plus avantageux que le Congo, présentent néanmoins avec celui-ci certains caractères communs en ce qui concerne les travaux miniers et agricoles, le commerce dans les régions industrielles, la main-d'oeuvre indigène et la brousse toujours immense, plein de mystère et d'espérance.
Pour quiconque arrive directement d'Europe au Congo, pour son propre compte, la lutte avec les conditions locales de la vie est doublement pénible. Il doit d'un côté faire à ses frais l'expérience que nécessite la nature particulière de la terre africaine et, d'un autre côté combattre la malaria dans son propre organisme. Les juifs qui formèrent le premier noyau de leur communauté congolaise n'eurent pas à faire une telle expérience en pays tropical. Ils connaissaient déjà l'Afrique pour avoir vécu et travaillé durant de longues années dans le Sud. Ils savaient par analogie ce qu'il fallait faire pour y installer avec succès une bonne affaire. Travailler sur les bords du Zambèze et travailler sur les bords du Lualaba, c'était pour eux absolument la même chose. Aussi dès que les travaux de sondage de l'Union Minière commencèrent à donner des résultats satisfaisants, quels israélites du sud passèrent la frontière, pénétrèrent dans la brousse congolaise et prirent position à proximité de certaines installations.
Les commerçants en gros et ceux s'occupant du commerce dit pour blancs vinrent également des pays sud-africains dès que le rail Ndola-Sakania-Elisabethville fut placé et que la cité E'villoise commença à émerger de la brousse où ses premières maisons en tôle se trouvaient enfoncées. Les maisons Daniels frères, Rapoport et Haïmovitch, puis I. Pieters et Morris Pieters, Benatar Bros, Rollnick, B. Smith (grande boucherie). R. Glasstone etc., etc., apportèrent du Sud (Afrique du Sud) leurs capitaux ainsi que leur connaissance en fait d'affaires africaines. Grâce à ces commerçants établis dans la nouvelle cité, les détaillants purent se procurer les articles qu'ils devaient mettre à la portée des consommateurs blancs et noirs en les transportant jusqu'au fin fond de la brousse et contribuant ainsi à l'entretien de la vie, tant au matériel qu'au moral, et à la continuation des travaux des diverses exploitations qui, après les premiers essais avaient pris des proportions considérables et d'un utilité incontestable pour le développement de la Colonie. les premiers israélites Rhodiotes aussi vinrent au Katanga après avoir fait un séjour plus ou moins prolongé dans l'Afrique du Sud. On peut citer comme noyau principal de cet intéressant groupe d'immigrés la Maison Benatar Bros, qui comprenait au début les deux frères Salomon et Moïse Benatar. Plusieurs jeunes gens originaires de Rhodes qui étaient depuis quelque temps en Rhodésie suivirent ces derniers qui engagèrent les uns comme employés et aidèrent les autres à s'établir pour leur compte.
Rhodes, comme on sait est l'île principale de l'antique Egéen que, en langage administratif et politique on appelle Dodécanèse, bien que cet archipel comprenne treize îles et non pas douze, ce qui prouve que les diplomates se soucient fort peu de la vérité, fut-elle simplement géographique, et de la logique, fut-elle seulement eschatologique Cette île comporte 45.000 habitants dont 30.000 à l'intérieur et 15.000 dans la ville principale du même nom située sur la côte est, en face du littoral anatolien Le mot Rhodes vient de Rodon en grec et signifie rose. Les pièces de monnaies du temps de l'indépendance de l'île qui était habitée exclusivement par les grecs portent d'un côté une image d'Apollon , de l'autre une rose. En effet, la nature à doté cette île de tous les charmes qui caractérisent ce qu'on appelle :"Un beau pays d'Orient" Elle est vraiment dune beauté ravissante, enchanteresse, mais elles n'a pas de quoi nourrir tous ses enfants. Le gouvernement actuel s'applique à en faire un lieu de tourisme et de villégiature. Si cette entreprise réussit, l'île attirera du monde au lieu d'en fournir l'émigration. Les débouchés principaux de l'émigration Rhodiote sont : l'Asie Mineure, l'Egypte, l'Amérique du Nord et du Sud, la Rhodésie et le Congo Belge. Les enfants que la communauté juive de Rhodes donna à l'émigration depuis un quart de siècle constituèrent un nombre plusieurs fois supérieur à celui de la communauté mère qui n'a pourtant pas cessé de se développer, elle aussi. Le gros de ce contingent expatrié se trouve en Amérique. Le courant qui se dirigea vers le Katanga se produisit par une bifurcation de celui qui coulait déjà vers la Rhodésie. A ce courant virent se mêler par la suite des éléments de quelques autres localités du Proche-Orient. Ce fut ou par voie de Rhodes, ou sur des renseignements donnés par des rhodiotes ou enfin à la suite de certaines rumeurs de prospérité commerciale venues du côté de Rhodes que des israélites de Smyrne, de Grèce, de Constantinople, de Salonique, de Magnésie, de Milas et de Kos etc.. s'embarquèrent à destination d'Elisabethville. Ces derniers temps, il y a eu quelques arrivages de Rhodiotes par voie de Dar-es-Salaam pour s'arrêter à Albertville et à Likasi, où il existe déjà une petite agglomération de juifs, en majorité originaire de Rhodes.
L'émigrant juif dont voulons parler est celui qui arrive sans aucun capital et cherche à se faire une situation rien que par son travail. Celui-ci n'émigre d'ailleurs que parce qu'il ne trouve pas dans son pays un moyen de remédier à sa situation précaire; et c'est souvent grâce à un emprunt ou à un secours qu'il réussit à embarquer. A son arrivée au Congo il est totalement dépourvu des avantages dont jouissent les employés et les ouvriers engagés par contrat d'Europe : logement, mobilier, tickets de retour, service médical, etc. En sus de ces conditions défavorables, il a aussi la charge de nourrir ses parents restés au pays dans la situation malheureuse dont il s'est évertué de sortir lui-même.
Le voici sur le quai de la gare d'Elisabethville. Les commis et ouvriers des compagnies qu'il a connus à bord et avec qui il a passé de très beaux moments, iront à l'hôtel. Lui n'y ira pas : il est exclu de cette possibilité. Quelques-uns des siens, parent proche ou éloigné, ami ou simplement connaissance lui proposerons de partager leur chambre et leur table en attendant qu'il puisse s'installer et gagner sa vie.
Il acceptera sans se faire prier. Au lieu de la protection intéressée d'une compagnie il trouve l'aide désintéressée et spontanée d'un compatriote et coreligionnaire qui est heureux de la lui accorder. Celui-ci lui donne également les renseignements qu'il désire, le conseille, le guide.
Nous avons déjà dit que, faute d'une préparation professionnelle, dans la plupart des cas, il est astreint à faire le commerce. Qu'est-ce qui lui tient lieu de capital puisqu'il n'en a point ? C'est le crédit. Il doit donc être honnête, non seulement par devoir moral, comme sa religion le lui prescrit, mais aussi par une nécessité catégorique des responsabilités matérielles qui incombent, à la carrière de marchand indépendant qu'il doit embrasser. Aussi, les commerçants en gros lui fournissent des marchandises en toute sécurité dès qu'il décide faire un magasin, soit en ville soit à l'intérieur. S'il n'est pas suffisamment connu d'eux, son ami se porte garant pour lui. Ce système n'a jamais donné des résultats de nature à détruire le principe de confiance qui a toujours gagné dans les relations de ces jeunes et vieux coloniaux indépendants et l'on sait très bien que les quelques désagréments survenus dans le domaine du crédit pendant la période de crise aiguë que nous traversons ont des motifs d'un ordre tout à fait différent et que comparativement parlant, le commerçant israélite a assez bien maintenu sa position sur le marché du Katanga.
D'aucun croient que la fraternité juive est une solidarité organisée semblable à celle des francs-maçons. Cette idée n'est qu'un mythe. La vérité est que les juifs viennent dans la colonie avec une telle conscience de leurs devoirs envers leurs parents à secourir, leurs soeurs à marier, leur propre avenir à constituer que l'ardeur avec laquelle ils travaillent, la sobriété, l'esprit, l'économie et même les privations auxquels ils se soumettent sont les seuls éléments constitutifs de la force dont ils disposent.
Ils s'occupent de toutes les formes de commerce, importation, exportation, achat, vente sur place de produits indigènes, articles de blanc et articles de traite en gros et en détail.
Ils sont environ deux cents, dont une centaine à Elisabethville et une centaine dans les localités de l'intérieur, notamment à Ndola, Lakasi, Lubudi, Luena, Bukama, Kamina, et Albertville.
Certes cette tendance du noir Katangais est l'oeuvre collective de tous les facteurs qui influent sur la marche du pays. Mais le storien 1 est directement intéressé dans les manifestations extrêmement variables et capricieuses de cette tendance avec laquelle il est obligé de compter pour faire marcher son affaire et dans l'instabilité de laquelle il doit découvrir les éléments de prévision nécessaires pour procéder de façon à ce que ses achats soient parfaitement du goût de l'obscur client-souverain. Ingénieux et persévérant, le storien sut à merveille suivre le mouvement, innover, multiplier constamment ses articles et rester à la hauteur de sa tâche, même après 1927, date depuis laquelle les noirs gagent de moins en moins, sans arrêter ni ralentir son émancipation et ses exigences.
Depuis la même date aussi nous avons le Régime de la Bière, qui consiste à vendre cette boisson aux indigènes sans les restrictions qui étaient en vigueur du temps où ces derniers consommaient seulement du pombé.2 L'indigène devient tellement amoureux de la bière que si on calcule les sommes qu'il dépense journellement pour se procurer les quelques canettes de cette boisson qu'il faut consommer coûte que coûte, on se demande avec stupéfaction où il trouve l'argent nécessaire pour se donner ce plaisir et, aussi pour le reste, tandis que son salaire journalier n'atteint en tout et tout que le prix d'une demi-bouteille.
Qu'on devine ce que le détaillant juif opposa d'une façon vigoureuse et bien courageuse à la bière ! Cette terrible ennemie du store. Et bien, il lui opposa la Mode. la mode affolante, provocante qui doit attirer de son côté le noir devenu un fervent habitué du Bar. C'est à coups d'articles changeants et flamboyants et de confections aux lignes incongrues et paraboliques qu'il tâche encore de maintenir sa position. Dieu sait qu'en cela, il est aussi innocent que le noir lui-même.
Un fait très intéressant et que nous notons avec plaisir est que les israélites, qui ont vécu au Congo et rentrent définitivement en Europe, préfèrent la Belgique à tout autre pays et y élisent résidence. On peut voir à Bruxelles beaucoup de ces juifs katangais dont plusieurs continuent leurs relations d'affaires avec le Congo et d'autres travaillent simplement sur place. Ils trouvent la Métropole belge très sympathique sous beaucoup de rapports et ils s'y plaisent très bien. Inutile d'analyser le sentiment auquel cette tendance est due. Ce qui est certain c'est qu'il est acquis dans l'atmosphère congolaise et que la mystique de cette atmosphère fait naître dans le coeur de ceux qui l'ont respirée une fraternité sincère, cette fraternité allant jusqu'à l'enthousiasme qui se manifeste le plus naturellement du monde et qui éclipse tous les préjugés de race et de confession lorsque deux congolais se rencontrent dans les rues de Bruxelles. L'étranger aimant le Belge et la Belgique à cause du Congo, c'est là je crois le plus beau résultat de l'oeuvre de colonisation entreprise par le roi Léopold II ; car en politique l'intérêt moral vaut plus que l'intérêt matériel.
Au cours de l'année 1910 qui vit couper en pleine forêt Katangaise l'échiquier de la future Elisabethville, Ruben Glasstone, venant de l'Afrique du Sud, piquait sa tente sur la partie de la parcelle où s'érigèrent les premières constructions de la Banque du Congo Belge à l'endroit ou l'on voit de nos jours la grande boucherie de l'Elakat. Il se procurait bientôt une parcelle dans la partie de l'Avenue Royale comprise entre la gare et le carrefour de l'hôtel Bellevue et y installait son premier magasin, simple construction de bois et de tôles, bâtie sur pilotis, comme on les faisait toutes alors près de l'Interfina où nous nous voyons aujourd'hui l'hôtel du Globe. C'était à l'époque le véritable centre d'Elisabethville avec les magasins Pieters et Co. les magasins de l'Interfina, ceux des Comptoirs du Katanga et le Carlton Hôtel tenu par Monsieur O'Connor, les grands magasins de la Comindus ont remplacé depuis ces deux dernières constructions.
Monsieur Glasstone était à cette époque general merchand, c'est-à-dire qu'il tenait toute espèce d'articles et notamment l'épicerie. En 1913 son magasin fut détruit de fond en comble par un incendie qui menaça en se propageant de détruire les magasins de l'Intertropical Anglo Belgian Co. devenue depuis l'Interfina actuelle. Malgré ce désastre M.R. Glasstone ne perdit pas courage. Il s'installa dans une autre construction en bois et tôle que beaucoup de nos contemporains ont encore connue car elle n'a été démolie que depuis peu ; elle se trouvait en face de l'avenue Royale, derrière la nouvelle poste et fut occupée jusqu'à démolition par la maison Stepney. La prospérité commerciale de la firme Glasstone incita bientôt son propriétaire a cherche un local plus vaste pour abriter commodément des rayons de plus en plus nombreux d'articles et en 1919 M. Janssens, directeur de la Soco, ayant construit avenue de l'Etoile de vastes magasins modernes, M. Glasstone s'y installa et put bientôt étaler dans les larges vitrines que nous admirons encore aujourd'hui les diverses créations de Paris et de Londres.
Ce fut la première initiative qui marqua l'orientation nouvelle et toute moderne du commerce dans la capital du Katanga.
Depuis lors la Maison Glasstone ne fit qu'étendre ses affaires, son nom devint l'un des plus populaires et des plus avantageusement connus de toute la province et même des provinces voisines et de la Rhodésie grâce à l'énergie de son propriétaire largement secondé par son épouse.
Lorsque le développement rapide de Likasi ouvrit un champ nouveau à l'extension du commerce Katangais, M. Glasstone n'hésita pas y ouvrir une succursale qui figure, elle aussi, au premier rang du commerce likasien. Comme la plupart de nos anciens coloniaux qui ont passé de nombreuses années de leur existence aux Colonies, M. Ruben Glasstone connut les avatars inhérents aux tropiques. Madame Glasstone dans ces dernières années vit à différentes reprises sa santé ébranlée sans que pour cela son mari se décidât à abandonner le Katanga où la fortune lui avait souri.
Il y a peu de temps néanmoins, la santé de son fils aîné, qui vit le jour à Elisabethville, fut compromise ; après un long traitement qui n'amena aucune amélioration sensible dans l'état de l'enfant, les médecins conseillèrent pour lui le séjour dans un pays d'altitude moins élevée : cette circonstance décida M. Glasstone à quitter le Katanga qu'il avait habité près de 21 ans et à liquider ses affaires. Ainsi doit disparaître d'Elisabethville une des maisons de commerce les plus familières au public et qui fut longtemps le centre fashionable de la capitale du Katanga à moins que des circonstances favorables n'engagent son propriétaire à revenir sur sa décision, il suffirait pour cela d'une amélioration dans la santé de son fils.
Avec la nombreuse et fidèle clientèle de la Maison Glasstone et le public local dont son propriétaire a su gagner la sympathie, nous souhaitons que cette amélioration se produise bientôt et conserve parmi nous ce pionnier du Commerce katangais qu'est M. Ruben Glasstone.