Communautés

F o r u m

Le 3e Forum international sur la Shoah s'est ouvert le mercredi 26 janvier, à Stockholm. Cette conférence de trois jours fait suite à celle de Londres, en décembre 1997, qui portait sur l'or nazi et à celle tenue à Washington, un an plus tard, sur la spoliation des juifs. Le thème choisi pour le Forum suédois est «l'éducation, le souvenir et la mémoire de la Shoah». Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, le ler ministre israélien, Ehud Barak, les présidents polonais et tchéque, Alexandre Kwasniewski et Vaclav Havel, ainsi que le chef du gouvernement français, Lionel Jospin, ont participé aux débats sur le combat contre «le racisme, l'antisémitisme et l'intolérance tels qu'ils se manifestent dans la société moderne». Les Etats-Unis étaient représentés par le secrétaire adjoint au Trésor, Stuard Eizenstat, et la Grande-Bretagne par le chef de la diplomatie, Robin Cook. «55 ans après Auschwitz, à l'aube d'un nouveau millénaire, nous nous tenons unis, déterminés à atteindre le même but : que plus jamais l'on n'ait à témoigner d'un tel mal». A la veille de l'ouverture, le ler ministre suédois, le social-démocrate Göran Persson, a donné le ton des débats. Il a d'autre part, prononcé un discours dans la grande synagogue de la capitale suédoise, lors d'une cérémonie à la mémoire de Raoul Wallenberg, ce diplomate suédois qui sauva des dizaines de milliers de juifs hongrois de la déportation. Les délégations des 47 pays présents (si l'on inclut le Vatican) se sont penchés davantage sur les leçons à tirer de l'Histoire, pour ne pas répéter les erreurs commises, pour éviter de nouveaux génocides. D'Europe centrale et de l'Ouest, de l'ex-URSS, des deux Amériques, 8 présidents et 14 chefs de gouvernement avaient répondu à l'invitation de la Suède. La communauté juive, tant en Suède qu'à l'étranger, s'est félicitée de la tenue d'une telle conférence. «Il est très important que ce qui se passe ici se poursuive ensuite et que d'autres pays en tirent les mêmes leçons que la Suède» a déclaré Edgar Bronfman, le président du Congrès juif mondial. La conférence de Stockholm était placée sous la présidence du Prix Nobel de la Paix, Elie Wiesel.

S u è d e

Le directeur du Centre Wiesenthal de Jérusalem, Efraïm Zuroff, a demandé au Premier ministre suédois, Göran Persson, de faire toute la lumière sur l'engagement de natifs de son pays (plusieurs centaines) dans l'armée du Troisième Reich, et de les traduire en justice. «Certains étaient membres des SS. Ils font aujourd'hui des apparitions publiques et expriment des remords, comme un ancien gardien du camp de Treblinka, a précisé Zuroff.Et bien, qu'on les juge !». Evoquant la conférence internationale sur la Shoah qui s'est ouverte à Stockholm, le directeur du Centre Wiesenthal a estimé qu'il s'agissait d'une «merveilleuse initiative, mais qui ne dit pas grand-chose sur les liens entre la Suède et le génocide». Officiellement neutre pendant la guerre, Stockholm a été épinglé à plusieurs reprises, au cours des derniers mois, pour ses relations troubles avec l'Allemagne nazie, notamment en matière de spoliations et d'échanges commerciaux avec le Reich.

S a n c t i o n s

Le Congrès juif mondial a arrêté une série de sanctions progressives à l'encontre de l'assureur néerlandais Aegon NV pour le contraindre à adhérer à une commission d'indemnisation des victimes de la Shoah. «Nous avons approuvé les phases à appliquer progressivement sur les prochains 18 mois» a déclaré Eilan Steinberg, directeur exécutif du CJM. Les sanctions vont d'un boycottage par les consommateurs de Transmerica, firme basée à San Francisco, achetée en juillet 1999 pour 10 milliards de $ par Aegon, à un possible boycottage des produits néerlandais. Aegon et d'autres assureurs européens ont été accusés d'avoir refusé d'honorer les polices d'assurances souscrites par des victimes de la Shoah dans les années précédant la Seconde guerre mondiale. Il a été reproché à 8 de ces assureurs, dont Aegon, de ne pas vouloir faire partie de la commission d'indemnisation des victimes ou de ne pas en respecter les règles. Aegon affirme n'avoir aucun dossier en souffrance concernant des victimes de la Shoah et il se dit prêt à se joindre à une commission internationale, pourvu que ce soit dans le cadre d'un programme néerlandais de règlement des litiges liés à la Shoah. Aegon réalise les 2/3 de ses affaires aux Etats-Unis et il est le septième assureur mondial. A Washington, les négociations sur l'indemnisation de 1,2 million de personnes contraintes au travail forcé par les nazis ont repris. Mais les représentants des victimes se sont plaints, à leur arrivée au département d'Etat, de ce que le projet de loi allemand soustraie les précédents versements des sommes que les victimes devraient recevoir du futur fonds allemand d'indemnisation. Le médiateur américain, Stuart Eizenstat, secrétaire adjoint au Trésor, a assuré que le texte final serait conforme à un accord élaboré l'an dernier.

I t a l i e

Le grand quotidien italien Corriere della Sera a lancé une campagne pour l'affichage, dans toutes les écoles du pays, de la célèbre photo d'un enfant du ghetto de Varsovie prise en 1943, au cours d'une rafle. L'idée est née après le choix, par les lecteurs du journal, de ce cliché comme étant le plus représentatif du siècle écoulé.Selon le quotidien, «afficher une telle photo serait certainement plus instructif que mille mots, mille discours». Le ministre de l'Education et l'Alliance nationale, le parti de Gianfranco Fini qui a rompu avec son passé fasciste, se sont déjà déclarés favorables au projet. Une initiative louable, mais peu surprenante. Les études d'opinion montrent que les Italiens sont fidèles à leur tradition, celle du peuple le plus philosémite d'Europe.

G r è c e

Le maire d'Athènes a inauguré près de l'Acropole,un square des Martyrs juifs grecs de la Shoah. En novembre, c'est la municipalité de Larissa qui donnait le nom d'Anne Frank à un square du centre-ville en présence du maire d'Amsterdam. De leur côté, le président de la Commission européenne, Romano Prodi, la présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, ainsi que les présidents des groupes politiques de cette assemblée ont signé une déclaration à la mémoire d'Anne Frank.

I r a n

L'Iran a remis en liberté sous caution 3 des 13 juifs inculpés dans le cadre d'une affaire d'espionnage présumée pour le compte d'Israël. «Ils ont été libérés sous caution parce que les charges pesant sur eux sont plus légères que dans le cas des autres» a déclaré le porte-parole du pouvoir judiciaire. Ce dernier a précisé que les suspects, arrêtés l'an dernier et inculpés d'espionnage militaire, comparaîtraient dans plusieurs semaines devant un tribunal de Shiraz. Des responsables iraniens avaient indiqué précédemment que le procès serait ouvert aux journalistes. Les autorités n'ont pas détaillé les charges retenues contre les suspects, mais des représentants conservateurs de l'appareil judiciaire ont affirmé que des documents liés à leurs délités présumés démontraient leur culpabilité. Certaines personnalités iraniennes ont réclamé la peine de mort à leur encontre. Redoutant un procès inéquitable, gouvernements occidentaux et organisations de défense des droits de l'Homme ont exprimé leur préoccupation.

M é m o i r e s

Dans son livre, «Le Triangle des passions» paru aux éd.Bayard, l'ex-ambassadeur israélien Avi Primor, consacre un bref écho aux relations communautaires en Belgique, où il fut en poste de 1987 à 1991. Ainsi répercute-t-il une anecdote qui lui fut confiée par la présidente du parti libéral flamand de l'époque. Annemie Neyts lui raconta qu'elle avait fait des études à l'Université libre de Bruxelles. «Un jour, au bal de l'Université, un étudiant l'invita à danser. Pleine de complexes, elle prévint d'emblée : volontiers, mais sachez que je suis flamande. Ce n'est pas grave, répliqua le jeune homme, moi, je suis juif».

P l a g i a t

Le très prolifique Alain Minc, auteur de Spinoza, un roman juif (Gallimard), est accusé d'avoir plagié une biographie du philosophe, signée Patrick Roedel, parue en 1997. Des passages entiers auraient été purement et simplement recopiés par le célèbre financier. Cependant, la biographie en question étant citée dans l'ouvrage, il n'est pas sûr que l'affaire débouche sur un procès.

J u d aï s m e

Claude Sarraute, 73 ans, fille de la romancière Nathalie Sarraute, récemment disparue à l'âge de 99 ans. Mariée en 3e noce à l'académicien Jean-François Revel. Journaliste au Sunday Express puis au Monde. Fait partie de l'équipe de Laurent Ruquier sur Europe N°1. En ce qui concerne ses origines, Mme Sarraute a déclaré :»Les années passant, ma judaïcité compte de plus en plus pour moi et pourtant, je n'ai aucune croyance, aucune culture religieuse.Cela ne m'empêche pas de porter à mon cou une étoile de David. Je dois l'avouer, les Allemands m'ont rendue raciste. Si j'apprends que quelqu'un que je n'aime pas est juif, ça m'ennuie. En revanche, je suis fière d'un homme comme Spielberg. En vérité, je déteste tous ceux qui font métier d'être juif.»


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