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Aux racines inconscientes

de l’intifada

 

Daniel Sibony, bien qu’il fût philosophe et psychanalyste, a le mérite d’utiliser un vocabulaire simple et d’énoncer des idées claires. Sa pensée est également complexe. Or pour les dictionnaires, la complexité est le caractère de ce qui est composé « d’éléments différents, combinés d’une matière qui n’est pas immédiatement saisissable ». C’est au lecteur de faire l’effort nécessaire pour saisir et il en sera récompensé.

 

Le vrai visage

des ennemis d’Israël

 

Sibony a réuni dans un « journal d’Intifada » intitulé Fous de l’origine (1), une série d’articles datés de 2000 à 2004. L’essentiel y est dit sur la guerre des Hommes bombes.

 

Mais l’auteur va au fond des choses. Les attentats-suicides sont sans doute l’arme d’humiliés, de mortifiés, de frustrés. Mais en dépit du refrain repris sans cesse par les médias, c’est « l’arme des envieux qui ont compris qu’ils n’arriveront pas à produire cette ‘réussite’, pourtant très relative, de l’Amérique et d’Israël ; qu’il peuvent avoir des buildings et d’autres emblèmes du ‘progrès’, ils ne peuvent pas produire une démocratie, un régime de liberté ». Il faut aussi constater que l’efficacité de l’homme bombe tient pour une part à la retenue israélienne. Si des Israéliens faisaient la même chose sans se suicider, « s’ils se déguisaient et mettaient une bombe dans un arrêt ou un restaurant palestinien, avec le même nombre de victimes que dans les lieux israéliens, l’arme de l’homme bombe perdrait sa toute-puissance apparente. Elle n’est donc efficace que parce que l’adversaire ne déchoit pas jusqu’à faire ‘pareil’, parce qu’il garde une certaine tenue ».

 

D’autres composants politiques de l’Intifada sont élucidés.

 

L’attitude de la France dans le conflit tient aux causes que l’on sait, mais aussi à une méconnaissance profonde du monde arabe. La France le voit « comme un terrible danger si l’on touche à quoi que ce soit qui l’indispose officiellement, alors que ce monde arabe ne demande peut-être qu’à sortir de son carcan pour vivre, et à se libérer un peu de son discours apparent ». La partialité pro-arabe de la France tient aussi à l’apaisement de sa mauvaise conscience coloniale, à la prudence et au fait qu’elle compte « quelles millions de musulmans ; si un pour mille voulait soutenir par la violence ses ‘frères’ de là-bas, cela ferait un corps d’armé clandestin ».

 

Les racines islamiques du conflit

 

Daniel Sibony surtout le noyau central du conflit, les mythes, symboles et souvenirs historiques, souvent vécus inconsciemment, qui constituent sa force motrice.

 

Le conflit israélo-palestinien, israé-lo-arabe, n’est qu’apparemment un conflit territorial. C’st en réalité un conflit judéo arabe. Dans la vision et le vécu des ennemis d’Israël, l’Etat juif « est une entame insupportable dans la plénitude islamique, une résurgence ana-chronique de la Bible que le Coran a remplacée ». Faire coexister des souverainetés juive et arabe en Terre sainte serait une sorte de quadrature du cercle. « Si aucune coexistence des deux fils d’Abraham n’a eu lieu sur ce mode, jusqu’ici. C’est que la branche d’Ismaël, celle du Coran, a toujours pensé remplacer celle d’Israël, celle de la Bible : l’englober, la rendre inutile ».

 

Pour les ennemis d’Israël, le dessaisir de son message qu’ils considèrent leur appartenir (les patriarches, selon l’islam, étaient musulmans) est donc l’essentiel. Dessaisir Israël de sa terre en est la conséquence naturelle, à partir du moment où les Juifs ont renoué avec le message biblique pour l’incarner dans des actions, des constructions, à travers le sionisme, sur la terre qu’Israël  a ressuscitée. La preuve ? Quand l’Egypte et la Jordanie occupaient les territoires, « il ne leur est pas venu à l’idée de les ‘rendre’ aux Palestiniens » et ceux-ci ne les ont pas réclamés pour créer un Etat. « C’est en passant entre les mains d’Israël que ces terres deviennent palestiniennes et par là digne d’être ‘rendues’. Israël a la vertu magique « de fabriquer des terres palestiniennes dès qu’il les touche ». On prétend qu’il « rende » des terres « à des gens qui ne les ont jamais gouvernées ».

 

Il y aura souvent la paix 

 

D’autres dimensions fondamentales de la guerre israélo-arabe s’enra-cinent également beaucoup plus profond que dans les batailles de 1948 ou de 1967.

 

La haine juive de soi de tant d’Israéliens qui soutiennent les ennemis de leur pays n’est pas tant une attitude politique qu’une constante. « Les Juifs, depuis la Bible, ont toujours étalé leurs tares et leurs péchés comme s’ils n’étaient qu’avec Dieu en tête à tête, oubliant que leurs ennemis exhibent ces aveux comme des preuves décisives ».

 

La difficulté de parvenir à la paix ne tient pas seulement au contentieux, mais au fait qu’il « faut du temps pour que l’islam -qui est la clef du problème- devienne simplement une religion et non un projet politique avec comme outil la guerre sainte ». A défaut de paix il y aura donc des moments de paix, « il y aura souvent la paix », « souvent » à juste titre souligné par l’auteur, qui ne résiste pas à la tentation de rapporter la plaisanterie « où une femme avoue à son mari qui l’interroge qu’elle a été souvent fidèle ».

 

Il est malaisé de résumer Sibony, sans réduire ses développements à une phraséologie simplificatrice. Et pourquoi rechercher à tout prix une simplicité appauvrissante ? Souvent, une complexité comprise enrichit. Il faut lire Sibony et se donner le plaisir de saisir le « pas immédiatement saisissable ».

 

Paul Giniewski

 

(1) Daniel Sibony,

Fous de l’origine,

Christian Bourgeois, 2005

 

 

Tourisme Juif en Pologne

 

Le guide vert Pologne de Michelin (1), récemment paru, offre au voyageur juif un excellent aperçu de ce que fût la vie – et l’odyssée – du judaïsme polonais et sa fin atroce dans les camps d’extermination, en compagnie de millions de juifs d’autres pays d’Europe.

 

Des notes historiques sur « l’épisode noir de l’occupation nazie », sur « les ghettos et camps de la mort » et sur « la Pologne et les Juifs » résument leur histoire.

 

D’autres notes détaillées sur les villes d’ancienne résidence juive et des descriptions de leurs quartiers juifs et de leur vestiges, sont consacrées à Cracovie, Lublin, Kielce, Majdanek, etc.

Et bien entendu Varsovie. Des indications précises permettent de localiser et de visiter, livre en mains, tous les sites d’intérêt juif. Dans la capitale, par exemple, l’Institut historique juif, la « Route à la mémoire du Martyre et de la lutte des Juifs », le cimetière juif, etc. Les commentaires sont objectifs. On ne nous cache pas que « les lieux liés à la culture juive (sont) généralement mal ou pas signalés » et que « l’extermination des Juifs reste, de manière générale, un sujet tabou en Pologne »

 

Le sujet de l’extermination n’est pas tabou dans le Guide vert.

 

Un chapitre aussi complet qu’on pouvait le souhaiter est consacré au «Camp d’Auschwitz » raconte ce qui s’y est produit explique ce qu’on y voit et ce qu’on n’y voit plus.

 

Au total, au-delà de cette Pologne juive et ex-juive,  toute la Pologne d’hier et d’aujourd’hui, en 385 pages du format des cartes et Guides Michelin, abondamment illustrées.

 

Paul Giniewski

 

(1) Guide vert Michelin Pologne, avril 2006,

     46, avenue de Breteuil, 75324 Paris cedex 07,

     15,40 Euros Suisse : 25,50 Fr.

     Belgique : 15,95 Euros.


 

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