UN AN PLUS TARD…

 

 

 

Avant d’entamer le récit, je tiens à dire notre regret d’avoir entendu le décès de Mme Rachel Almeleh, sœur d’Albert, notre ami de longue date.

Celui de Mme Mathilda Israël, mère de Rachel Hazan.  Elle a eu le chagrin de perdre ses parents en déportation, elle-même déportée avec tous ceux de Rhodes, était une des rescapés revenus des camps… de la mort ! Elle a eu la tristesse de perdre ses chers  mari et fils.  « Si fue arta di todou » (elle est partie rassasiée de tout)!

Avant de quitter Bruxelles, j’ai également appris que tante Sol, la doyenne de la communauté, notre vénérable centenaire, nous avait quittés.  Encore vive, coquette et lucide, nous l’aurions voulu immortelle !

Mais « la fin del ombre… » (La fin de l’homme…)!

A toutes les familles endeuillées,  j’adresse nos plus sincères condoléances.

 

Me revoilà à Lubumbashi…

 

Je croyais avoir tout revu et ne plus rien avoir à découvrir… Mais non, j’y ferai encore de nouvelles retrouvailles et rencontres.  

Côté quartier, pas de changement, sauf le mur d’enceinte qui entoure la maison construit à la place des grilles, pour répondre aux nouvelles normes de sécurité. 

Le premier jour, alors que j’étais au salon, j’ai entendu du bruit, des chants venus de l’extérieur, … J’ai repensé aux fois où nous voyions passer les « kiriyos » (funérailles en swahili) devant la maison en route vers le cimetière.  Etait-ce  cela ou autre chose ?  Le mur m’en obstruait la vue.  La maison rechaulée avait bien sûr un autre aspect.  A l’intérieur tout avait été repeint et remis en état.

Les meubles et objets n’étaient plus à leur place, mais je les retrouvais encore. Ils donnaient toujours l’impression d’une maison habitée. 

 

Il a fallu vider, faire un tri, donner, jeter.   Dans toutes ces affaires que Mamy avait conservées, que n’ai-je trouvé ? Un sachet avec… mes premières collections de Fauna-Flor, insérées dans les tablettes de chocolat Côte d’Or, les images Historia, les points Artis, …  Le premier smoking de papy, le tablier blanc qu’il portait lors des circoncisions, sa première Djoube (soutane), une deuxième avec au col, le ruban doré déteint par la transpiration.  Quand il célébrait un service religieux, l’émoi provoquait chez lui une forte sudation.  Mais alors que dire  s’il célébrait un service d’une certaine importance et en présence des personnalités et qu’il prononçait un discours ?  L’émotion et  la chaleur le faisaient transpirer d’une telle façon qu’il était trempé et pour éviter de prendre froid, il rentrait aussitôt à la maison pour vite se doucher, « troukar di flanella », (changer de sous-vêtements) et de chemise, avant d’aller au « vin d’honneur » qui s’ensuivait.

Des robes de Mamy, celles qu’elle avait cousues à Rhodes, et d’autres ultérieurement pour elle comme pour nous … Celles portées à telle ou telle occasion. Que jeter, que donner, que garder, le choix et la décision étaient difficiles.  Des chemises de nuit en satin avec de la dentelle fine, robe de chambre « en chenilles » qu’elle avait à la naissance de Rivca, la robe verte en satin de Bonny quand il a joué le rôle de Rika Zarai, ma petite tenue de « fleuriste » du premier Pourim dont j’ai un souvenir précis célébré à l’hôtel Léo II. C’était M. Elie Haïm qui nous recevait au bas de l’escalier alors que nous devions dire notre déguisement.

Je retrouvais des choses que Mamy avait gardées parce qu’elles « poudiyan servir dainda, si poudiya indjiniar ouna koza » (pouvaient encore servir, ou l’on pouvait en faire quelque chose) ou tout simplement parce qu’elles rappelaient de beaux et doux souvenirs !

Dans le bureau, livres, journaux, articles découpés, papiers… Ils avaient tous les deux le sens de la conservation, pour différentes raisons, à différentes fins.  Mamy avait des vêtements préparés pour encore de nombreuses années de couture… !

Par beau temps, elle s’installait dans le jardin sous le jasmin qui avait poussé comme une tonnelle ou sous l’avocatier près de la cuisine, son ancienne machine à coudre placée sur une table. Toutes les cinq ou dix mi-nutes, elle se levait pour aller à la cuisine et voir si la confiture « stava al pountou » (était à point) ou si les « roskitas » (petits pains) dans le four avaient cuit suf-fisamment. 

   

Un nouveau tour de la ville, de nouvelles courses, des endroits revus encore qui me ramenaient toujours à d’autres circonstances ou situations. 

La maison de l’avenue Tanganika, celle de l’avenue Wangermée ou celle du coin Maniéma/Tabora … Renée, ma cousine, me dit à quel point mes parents y semblaient infiniment heureux. Mamy riait toujours. Ils avaient fait de cette maison un havre de paix et de bonheur. Ils y avaient leurs deux filles, mais attendaient leur troisième enfant avec la certitude de la venue de leur « ijou prissiadou » (fils précieux)!  Dans le jardin,  tout était placé pour la joie des enfants, bac à sable, balançoires,… Ils y coulaient des jours heureux ! Et pourtant n’est-ce pas là qu’étaient nés les problèmes des longs et difficiles divorces, les requêtes des uns, les exigences des autres, les larmes de certains… ?

 

Au cours des déplacements, toujours un fait ou l’autre me revenait en mémoire… J’achetais quelque chose, j’allais quelque part, un souvenir surgissait.

L’école, son état actuel,… me ramenaient aux premières années de sa construction, la cour de récréation, les jeux, les instituteurs,…

 

Que vous dire de tous ces endroits verts, aérés où nous aimions aller courir et nous égayer ?

Le parc de la ville ?! Ce beau parc où il faisait bon aller s’oxygéner, quand on ne voulait pas s’éloigner de la ville, où ont eu lieu de belles fancy-fair, où des cours de religion ou autres étaient dispensées à des classes primaires de l’Institut Marie-José par beau temps. Les arbres ont poussé.  Il paraît « sauvage » !   Emmuré,  lui aussi.  Derrière le mur apparaît  un immeuble « fantôme » inachevé qui aurait dû être une agence de banque…

 

Le Lido ?!  Depuis l’arrivée des troupes de Mobutu qui s’étaient installées dans cet endroit idyllique, l’accès nous y était interdit. Elles l’ont quitté et laissé dans un état… déplorable ! Un jour, nous y avons fait un tour, nous n’avons fait que passer, en allant par l’arrière, en le contournant et en revenant par le parking en bas, au niveau des cabines et sommes passés sur le pont, à l’autre extrémité du lac, où s’écoule la Lubumbashi vers les ateliers de l’UMHK/Gécamines. Etant donné l’état du lac, le niveau d’eau a atteint le pont et parfois déborde par temps de pluies…

Nous avons vu une belle maison ancienne qui semble abandonnée. Le chauffeur m’a rappelé qu’elle appartenait à l’architecte Dressen.  Nous avons cherché les petites chutes.  Oui, cherché car devenues invisibles ?! Le lac invisible aussi, on le devine à peine car il est recouvert de plantes et de jacinthes d’eau ?! Oui, comme à Kinshasa sur le fleuve. C’est une vraie « plaie » qui s’est développée également  au lac « Tshombe ».  Il paraît qu’elle a remonté le fleuve Congo… ?!

 

La ferme Spandre ?! Qu’est-elle devenue ?  Nous nous trouvions sur l’avenue des Savonniers, nous avions bifurqué à gauche, nous étions dans un des quartiers du Bel Air où l’on voit encore des « villas » d’antan, et comme nous revenions sur notre droite pour atteindre à nouveau la Chaussée de Kasenga, le chauffeur lança : « Si les héritiers de la Ferme Spandre revenaient, ils feraient détruire toutes ces maisons construites « indûment » ! ? « Comment ? C’est la ferme Spandre ? » me suis-je exclamée.  Plus aucune trace de verdure, mais un grand ensemble de constructions, … Où était le petit chemin arboré qui menait à la maison familiale, rappelé aux funérailles de Me Spandre ? Nous étions passés dans ce qu’avait été la belle Ferme Spandre, qu’on appelle maintenant « Spandela » ?!   Les Congolais squattent tout endroit « abandonné » et construisent sur tous les terrains encore libres.

Que dire aussi de la Ferme Boitsfort ? Nous avons emprunté une fois la route qui nous y menait… il n’y avait que constructions de tous types sur la route. Nous n’avons pas poursuivi notre promenade, pensant que nous serions déçus par ce que nous y trouverions.  On nous a d’ailleurs dit qu’on n’y verrait plus rien… Même pas la maison ? Les étables ?  Je me souviens de la dernière fois où nous y étions allés avec Papy et Mamy.  Ils aimaient s’y rendre de temps à autres pour cueillir l’un ou l’autre légume ou acheter du lait frais.  C’était après la zaïrianisation.

La ferme avait été alors accordée à un général.  Nous n’y avons vu qu’un seul vieux palefrenier fidèle qui nous a appris que le général faisait tuer souvent quelques poules à l’occasion de grandes agapes offertes chez lui. Elles n’étaient pas remplacées…  Les vaches étaient malades et non soignées. On ne recueillait plus que 5 litres de lait par jour…   J’imagine comme M. Simon Franco sera déçu d’apprendre cela, s’il lit ceci.  

 

Comme je me suis une fois rendue à l’IMJ/Lycée Twendele, en rentrant dans la parcelle côté chapelle, j’ai eu la surprise de constater sur le beau et grand kapokier, une plaque : « Fait partie du patrimoine de la ville. ».  C’est quand même étonnant qu’on « classe » un bel arbre, mais qu’on laisse aller les choses concernant de beaux immeubles d’antan ou qu’on en détruise pour construire autre chose à la place. Rappelez-vous le bel ensemble de magasins du centre-ville dont une partie a brûlé lors d’un incendie. Mais l’autre partie côté Elakat était intacte jusqu’à l’année  passée.  La boutique où se trouvait la Librairie Desclée ainsi que la partie arrière qui donnait sur l’avenue Kasai, ont été démolies.

 

Des pancartes sont placées maintenant à différents endroits pour inciter les habitants à planter un arbre ou prendre soin de la ville ?!  Mais pas de voirie, les tas de détritus s’amoncellent à différents endroits. Des arbres sont encore abattus.  Nous pouvons voir des vendeurs de charbon de bois transporter leur fardeau à vélo.

 

La conclusion que je me suis faite sur la situation : beaucoup, si ce n’est tout à refaire.  Bon nombre d’immeubles sont dans un état moche . La ville auparavant « européenne » s’est  « africanisée » !  Toutes sortes  d’activités et des commerces de tous genres s’y sont développés.  La ville s’est fort étendue, dans tous les sens : Côtés aéroport, Lido, Bel air, Golf, … Il faut leur souhaiter une relance, une remise en état de tout.

Le nouveau Gouverneur, Moise Katumbi (Soriano), a de bonnes intentions.  Déjà il essaye d’enrayer la corruption, d’arrêter les détournements d’argent,... 

De promesses sont émises. La population espère et attend le changement promis.  Le Président Kabila n’a-t-il pas dit : « La récréation est terminée."

 

 Malka Levy

 

 

 

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