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Milantia Bourla Cortes

F.O. Giesbert - La Cuisinère d'Himmler (29/05/2013)


par Milantia Bourla Cortès
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LA CUISINIERE D HIMMLER
Franz-Olivier Giesbert
Gallimard
Isbn 978/2/07/014160/9
 
Pourquoi avoir mis le nom d’ Himmler dans le titre  de ce livre ?, voilà mon premier questionnement.
En effet, cela donne l’impression que ce monstre est  le personnage principal  du récit. Or,  il n’en est rien.
A travers son héroïne, Rose, l’auteur balaye tous les grands courants historiques du 20 ème siècle
Très bien documenté, Franz-Olivier Giesbert  s’est « lâché » avec  sa  belle plume excellemment rythmée, pour nous dévoiler  ses sentiments sur mille et un sujets. 
On ne peut ainsi, notamment, s’empêcher de penser  à Cosette,  puis  au  fabuleux et terrible récit de l’enfant romancé par  Jerzy Kosinsky dans « L’oiseau bariolé  » ,  pour arriver  à «  Angélique, Marquise des Anges » !, et le tout avec une trame principale : la vengeance.  Comme dans «  L’été meurtrier ».
C’est aussi  la vie bien tumultueuse d’une petite fille arménienne dont la famille entière  est massacrée lors du génocide de 1915  et qui devra se convertir à l’Islam pour sauver son existence et être vendue à l’âge de 8 ans pour être l’esclave sexuelle d’un riche arabe.
Elle s’enfuira sur le port de Marseille pour vivre de vols et dans la misère jusqu’ à être recueilli e, à l’âge de dix ans, par un couple vivant  en  Haute-Provence. Grâce à cette famille bienveillante, elle aura de l’amour et de l’éducation.
Après cet épisode, le livre en revient à nouveau  à une période d’horreur suite au décès de ses parents adoptifs. Ceci  la conduira à Paris avec un certain Gabriel Beaucaire qui aura été le  seul amour de sa vie.
Un oncle  à Paris leur offre leur première opportunité professionnelle : un travail d’écriture dans la presse française antisémite. Cependant, un terrible quiproquo vient perturber cet épisode et  ils vont abandonner cette activité qui leur déplaisait d’ailleurs au plus haut point. En effet, certains de ces antisémites accusent  Gabriel d’être un juif infiltré dans la presse.
Ils décident  alors d’ouvrir un restaurant en plein Paris dénommé « La Petite Provence  ».
La montée du nazisme dans la capitale française prend des formes de plus en plus ignobles et Gabriel doit partir se cacher avec leurs deux enfants.
Notre héroïne se retrouve donc  seule dans Paris occupé.
C’est à ce moment qu’entre dans son  restaurant, ce Himmler que Giesbert dépeint comme quelqu’un qui  a quatre ennemis dans la vie.  Par ordre décroissant, les juifs, le communisme, l’Eglise, et la Wehrmacht.
Sa vie durant, Rose va  donc  faire face à l’horreur des hommes ; elle  survivra à travers les guerres, elle connaîtra l’amour  et sa frénésie sexuelle sera  toujours en demande.
Jusque à ses cent ans, elle ne croira qu’aux forces de l’amour, du rire et de la vengeance.
Et tout cela ne fonctionne qu’à l’instinct.
On a droit dans ce livre à des apparitions,  comme la venue au restaurant d’Elie Wiesel puis de  Sartre et Simone de Beauvoir  qui la conduira chez Mao  dont un de ses disciples sera le dernier amour de notre héroïne.
Un récit à tiroirs donc où sont abordés tant de thèmes, mêmes philosophiques, quand Rose nous dit : «  longtemps, j’ai cherché à mettre en garde l’humanité contre les trois tares de notre époque :  le nihilisme, la cupidité et la bonne conscience, qui lui font perdre la raison ».
Jamais, elle ne se positionnera en victime, ce qui  fait de cet ouvrage de Giesbert, non pas un livre noir, mais bien au contraire un livre succulent, captivant,  drôle et curieusement  léger  qui se lit d’une seule traite.
 
Milantia Bourla Cortes

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