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Milantia Bourla Cortes

Justine Levy La Gaieté / Pauline Dreyfus Ce sont des choses qui arrivent / Nathalie Rheims Laisser les cendres s’envoler,


par Milantia Bourla Cortès
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CHRONIQUES DE MILANTIA BOURLA CORTES
MARS 2015
 
JUSTINE LÉVY
LA GAIETÉ
 
C’est le quatrième roman de Justine Lévy. J’ai lu toute son œuvre.
 
Dans La gaieté, nous retrouvons avec joie Louise, personnage d’autofiction de ses écrits. Louise se confond avec Justine.
 
Suite à l’excellente émission « La Grande Librairie », j’ai voulu aller plus loin qu’une simple lecture sur Justine Lévy. J’ai été frappée de la voir à 40 ans, métamorphosée en très belle femme semblant cependant souffrir d’un mal-être intense face aux caméras, qui la poussait à se tordre les bras avec un regard un peu fou.
 
Elle nous confie qu’il y a dix ans, suite à sa première grossesse, elle a décidé d’en finir avec la tristesse et de mettre de la gaieté de façon inconditionnelle et permanente dans sa vie.
 
Grande décision pour une écorchée de la vie comme elle !
 
Les premiers passages sont annonciateurs d’un récit brillant, drôle et optimiste. On est content pour elle et on a hâte de connaitre ses recettes du bonheur.
 
Elle ne mâche pas ses mots ; directe, elle met son amour-propre en sourdine. Elle ne s’épargne rien.
 
Ce texte, tout son combat qu’elle nous déverse, représente la suite de ses premier et troisième romans : Le rendez-vous, 1995, et Mauvaise fille, 2009.
 
Dans sa vie, il y a eu sa splendide maman et son tout-puissant héros de père, Bernard-Henri Lévy, qui l’aime par-dessus tout et le lui montre bien ; et hélas, les horribles méchantes belles-mères de passage avec lesquelles elle doit composer.
 
Quoiqu’elle ait maintenant ses deux enfants et son mari, son cher papa, devenu un grand-père fabuleux, est toujours là pour elle.
 
Certains passages sont désopilants, comme ceux où elle se moque de ses dépendances, de ses angoisses ou de ses sorties mondaines qu’elle déteste, car le grand drame de la petite Justine est de ne pas se sentir belle ; donc elle se force, confiante dans l’idée que « seules les très belles femmes peuvent se passer de sourire, les autres doivent faire des efforts, sourire comme des dingues, s’arracher la gueule à force de sourire ».
 
On sait bien que se ne sont pas les gens d’apparence souriante et gaie qui sont les moins fragiles et les plus heureux. Mais qu’importe, Justine décide de ne voir que ce genre de personnages : « J’aime les gens gais, je me colle à eux, je pars en vacances avec eux, je me branche sur eux comme  sur une prise de courant… »
 
La grande plaie de sa vie est sa maman, d’une beauté époustouflante mais seule, dépressive, dépendante de la drogue et pour finir rongée par le cancer.
 
Justine a vécu toute son enfance dans un déséquilibre total, qui pour elle était l’équilibre.
Elle dira le moins possible à son père de la déchéance de sa mère, afin qu’on ne lui retire pas son droit de garde ; lui, grand seigneur, ne la dénigrera jamais afin de préserver sa fille.
 
Avec les femmes de son père, Justine vivra l’enfer toute sa jeunesse. Elle ne confessera pas  non plus ce traumatisme-là à son papa adoré, car il fallait ménager cet homme occupé entre le Darfour, l’Afghanistan, le Kosovo… « Ne surtout pas embêter papa, à aucun prix, jamais, c’était mon idée fixe, mon credo, ma religion, ma façon à moi de lui rendre un peu de l’amour qu’il me donnait… »
Dès le départ, le titre nous trompe. Mais peu importe, on ne lâche pas ce récit si bien rythmé.
Alors pourquoi La gaieté ?Lors d’une interview, Justine dira que le récit devait se nommer Le chagrin,mais ce mot avait déjà été pris.
 
Jusqu’à sa mort, elle sera la seule à s’occuper de sa maman. Malgré son évolution dans le beau monde et les beaux quartiers, Justine n’a pas eu une belle vie.
 
Son père est son sauveur, car elle sait depuis toujours qu’il est là en permanence pour elle, avec toute son attention et son amour. Et ça, pour un enfant, c’est la garantie d’une aisance, d’une confiance et d’une force pour la vie.
 
L’auteur se flagelle tout le long de son récit, voire même de son œuvre, mais cette fois, elle en ressort en paix avec les démons de son enfance.
 
Son but est tout simplement de protéger ses enfants et son mari.
 
Pour Justine Lévy, si nous ne sommes pas maîtres de notre vie, nous sommes maîtres de nos œuvres ; et là, elle se lâche totalement. Elle se montre sans fard, vraie, épuisante, difficile à suivre et probablement à vivre.
 
Non, ce roman n’est ni triste ni léger, c’est plutôt un récit glaçant, qui fait réfléchir tout en nous donnant le vertige, alternant des passages pénibles d’une grande cruauté et de belles phrases telles que : « … maman avait les yeux les plus bavards du monde… »
De cette lecture passionnante, l’on ressort épuisé, éclaboussé, ivre de tout ce qu’elle a offert, mais rassasié et finalement très satisfait.
 
Milantia Bourla Cortes
 
P.S. : Non, Justine n’a jamais envisagé de prendre un autre nom : « quand on s’appelle Lévy, on ne change pas de nom. On reste juif. »
 
++++++
 
Poursuivant dans l’analyse des secrets de famille enfouis sous le silence des non-dits dévastateurs, je souhaite faire part de mes émotions sur deux autres livres que j’ai lus il y a quelque temps déjà et beaucoup savourés.
 
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Pauline DREYFUS – Ce sont des choses qui arrivent, Éditions Grasset, 2014 : prix des Deux Magots.
 
C’est son deuxième roman qui a été sélectionné dans le dernier carré pour le prix Goncourt et nominé pour le prix de l’Académie Française.
 
Tout le récit se déroule durant la Deuxième Guerre mondiale, entre les hôtels particuliers de Paris et les propriétés de la Côte d’Azur dans l’aristocratie française. Il s’agit de la Haute face à la collaboration, où les femmes s’ennuient : finies les belles soirées, leurs principaux soucis sont les complications domestiques.
 
Pauline Dreyfus nous fait une description du Paris mondain, de la fine fleur de la société où beaucoup de femmes prennent des amants, tombent parfois enceintes d’eux – « ce sont des choses qui arrivent », pas graves et assez banales. Avoir un enfant d’un autre lit ? Tout se passe tranquillement, car la pire des choses dans ce milieu est le scandale, à éviter à tout prix.
Nous sommes donc en pleine Occupation. Suite au décès de sa mère, la duchesse de Sorrente découvre que son vrai père était un des amants de celle-ci, un Juif de surcroît.
 
Grave crise de conscience et d’identité pour cette femme frivole qui, « comme tous dans son milieu », ignorait ce qu’était un Juif et leur sort !
 
J’ai ri ; j’ai adoré la façon dont l’auteur nous montre comment l’aristocratie perçoit le Juif. Ce récit est une étude sociologique. Il est si vrai, si actuel, si évident que je ne donnerai qu’une seule phrase afin de me faire comprendre… « Épouser un juif dans l’aristocratie ? C’est trois mois de bonheur et trente ans de bout de table. »
Pour ce roman, Pauline Dreyfus a obtenu le prix Mémoire Albert Cohen 2015.
 
 
Nathalie RHEIMS – Laisser les cendres s’envoler, Éditions Léo Scheer, 2012.
 
C’est le quatorzième roman de l’écrivain.
 
Fille de Maurice Rheims, Nathalie est apparentée par sa mère à une branche des Rothschild.
Ici, l’auteur nous dévoile sa mère et en fait le deuil. Sa mère, qui était tout pour elle durant ses quinze premières années, l’a totalement délaissée durant les quinze années suivantes pour suivre une passion avec un artiste.
 
On est plongé dans l’intimité de l’auteur et dans sa famille, les nobles banquiers juifs à Paris. Ces familles cultivent à merveille les non-dits, car de nouveau, tout est permis sauf le conflit et le scandale. Les sentiments ne s’expriment pas : il faut se taire, se taire toute sa vie, telle est la règle absolue. Garder le silence, ne jamais se plaindre, ne raconter que de belles choses.
Parler c’est le diable, se taire c’est Dieu.
 
On est mal à l’aise durant toute la lecture. Ce portrait peu flatteur de la famille est touchant, fort, douloureux, glaçant ; mais on l’admire, aussi, car il est surtout courageux.
 
A-t-elle pardonné à sa mère ?
 
« Non. On n’abandonne pas un enfant.
Toutes les relations que j’ai pu tisser, ou pas, depuis, ont été marquées par cette peur de l’abandon. L’envie de maternité s’est éteinte… à ce moment-là. il n’en a jamais été question par la suite. J’ai vécu deux grandes histoires d’amour. Une avec Léo Scheer qui ne voulait pas d’enfants, l’autre avec Claude Berri qui en avait trois… un peu les miens aujourd’hui. On ne peut aimer un homme et ne pas aimer ses enfants. »
 
 
Milantia Bourla Cortes

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