Logo sefarad.org

Milantia Bourla Cortes

Eliette Abécassis : Alyah


par Milantia Bourla Cortès
    MENU    


INDEX
HUMEURS LITTERAIRES
LU POUR VOUS

PRECEDENTE Page

SEFARAD.org

LOS MUESTROS

AIDEZ-nous

 
Eliette ABÉCASSIS
Alyah,
Editions Albin Michel - mai 2015
 
Eliette Abécassis signe ici son 22ème livre. Sous forme de roman, l’auteur nous relate avec colère et tristesse la vie d’Esther Vidal, jeune femme juive bien française, divorcée avec deux enfants, qui retrouve un ancien amoureux. Elle ne reconnaît plus sa France et dénonce le rôle des medias dans la montée de la haine antisémite.
 
L’amoureux n’est qu’un support à Eliette Abécassis pour nous éclairer encore et encore sur l’ éblouissant monde sépharade et surtout , nous faire prendre conscience de la crise profonde dans laquelle nous sommes aujourd’hui.
 
On vit ses doutes, son effroi face à un antisémitisme qui sombre dans la barbarie.
 
En poussant le lecteur à la réflexion, Eliette Abécassis nous interpelle par ses questions, telles que : y aurait-il eu autant de monde en janvier s’il n’y avait eu que l’attentat de l’Hyper Cacher ? Pourquoi, dès qu’il y a une crise, déteste-t-on autant les Juifs ?
 
Extraits du livre :
Il y a quelques années, je n’avais pas peur en emmenant mes enfants à l’école. Je ne pensais pas à leur dire de ne pas révéler qu’ils étaient juifs. Je ne leur disais pas « chut » quand ils en parlaient dans la rue ou dans le métro… Il y a quelques années, je sortais avec une étoile de David autour du cou. J’étais fière de m’appeler Esther Vidal et je ne baissais pas la voix pour dire mon nom lorsque je devais chercher un colis à la poste… Traiter quelqu’un de « sale juif » était un tabou. … Je n’aurais même pas imaginé que l’on puisse entendre, lors d’une manifestation : « À mort les juifs »… il était possible d’enseigner la Shoah dans les collèges et les lycées sans être hué ou conspué. On n’entendait pas des phrases telles que : « Hitler avait raison, dommage qu’il n ‘ait pas terminé son travail. » On ne voyait pas des élèves quitter les cours lorsque la question était évoquée. Ni prendre fait et cause pour les bourreaux. Il y a quelques années, j’osais aborder le thème d’Israël avec des amis non juifs. Je n’imaginais pas… qu’il faudrait éviter le sujet au risque de se fâcher avec ses amis et les perdre tous…
 
Tout est dit, dans ce dernier roman d’Eliette Abécassis, sur la situation et l’état d’esprit des juifs en France aujourd’hui.
Sans être du tout parano, sans être extrémiste, il y a juste un constat de faits que tout juif perçoit.
On passe de Zola à Saint Louis, Napoléon, la Princesse de Clèves, Dominique de Villepin, Marine le Pen, Raymond Barre, Bernard Cazeneuve, Manuel Valls, Theodore Lessing, Dreyfus, Pascal Bruckner, Robert Badinter, Edgar Morin, l’âge d’or où les trois religions cohabitaient à Cordoue au XIIe siècle, etc. …
Dans cet essai sur la France, l’auteur ne pose que des questions. Jamais elle n’impose de réponses.
Je termine par un extrait d’un texte précurseur de Bernard Henri Lévy, paru en septembre 2014, intitulé « La grande peur des juifs de France ».
 
« …Les juifs de France en ont assez. Assez de ces métros où il devient périlleux de porter une kippa. Assez de ces écoles de la République où être un enfant juif vaut brimades à la sortie des classes. Assez de la France des amateurs de quenelle dont les meetings sont autant d’appels à la détestation des juifs. Assez de la France des islamo-fascistes qui ont, comme au temps de l’affaire Dreyfus et des bandes du marquis de Mores, franchi un degré́ de plus dans l’abjection en commençant de s’attaquer à des synagogues et à des commerces juifs. Assez de ces manifestations où la « solidarité́ avec Gaza » n’est souvent qu’un prétexte à hurler sa haine du nom juif. Assez de lire des reportages décrivant des quartiers où les Mohamed Merah et autres Mehdi Nemmouche sont tenus pour des héros. Ils en ont assez, oui . Ils sont nombreux, du coup, à se poser la question : « sommes-nous toujours les bienvenus au pays des Lumières et de l’émancipation des juifs ? Sommes-nous toujours chez nous dans ce pays étrange où le nouage de l’antisionisme le plus vil, du négationnisme le plus épais et de la concurrence victimaire la plus trouble est en train de produire un antisémitisme de type nouveau et potentiellement dévastateur ? ... Et ils sont de plus en plus nombreux à répondre par la négative et à partir s’établir en Israël… »
 
Dans son roman, Eliette Abécassis elle-même nous cite Bernard Henri Lévy, qui demandait il y a peu de temps : « … Faut il, comme Freud, prendre le dernier train ?... »
À ce jour, Eliette Abécassis est beaucoup plus alarmiste , mille fois plus pessimiste que BHL.
Elle couronne son marquant recit sur ces mots :
 
- Pourquoi pleures-tu ? me dit-il en essuyant mes larmes.
- Dans dix ans, je ne serai plus en France.
- Alors ce ne sera plus la France.
 
Milantia Bourla Cortes
juin 2015
 
 
 

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2016