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Avant propos

 

Dans l’espace et dans le temps

 

 

« Une grande partie du monde arabe et, au-delà, musulman, semble ne pas avoir encore somatisé l’insulte qu’est pour lui la création d’Israël il y a plus d’un demi-siècle. Israël est encore, pour ses voisins, la funeste apothéose de siècles d’humiliations et de régression.

Dans l’univers chrétien, l’aversion est encore plus enracinée. Le christianisme enseigne, même si Vatican II a rompu officiellement avec cet enseignement, qu’un peuple a tué le fils  de Dieu.

La réussite d’une telle entreprise ne pouvant avoir été que le fait d’un peuple fort, roué, différent et finalement, diabolique, les Juifs et, avec eux, Israël vivent une sorte de liberté conditionnelle.

Cet état, créé lorsque et parce que ses prétendants bénéficiaient du capital de sympathie,  aujourd’hui épuisé, de st1:PersonName w:st="on" ProductID="la Shoah">la Shoah, suscite, comme les Juifs avant (et après) sa naissance, admiration et crainte, attirance et rejet » (Amos Oz)

Du même Amos Oz : « la fascination et la peur que le monde ressent à l’égard des Juifs, l’amènent à placer très haut la barre de ses exigences et du sens moral qu’il attend d’eux.

Comme si, après avoir fini par être déchargés de cette maudite responsabilité collective dans la mort du Fils, les juifs avaient sans cesse à administrer la preuve qu’ils étaient dignes de ce non-lieu. Peut-être est-ce pour cela qu’il n’existe aucun autre peuple sur terre à qui il est demandé de répondre d’autant de comptes.

Par extension, il n’existe aucun autre pays au monde qu’Israël, à ainsi vivre en liberté conditionnelle.»

 

Le message de moins en moins subliminal qui est délivré à Israël par la communauté internationale est de se comporter correctement pour voir cette liberté conditionnelle confirmée, reconduite.

Dans le cas contraire, ce serait le retour assuré derrière de métaphoriques barreaux qui seraient synonymes pour Israël de disparition, et pour les Juifs, d’un nouvel exil qu’ils ont quitté par l’esprit le jour où Israël était créé, même quand le corps vivait encore en diaspora.

 

Comme si, à la différence d’autres états qui ont, eux, commis des crimes avérés et non fantasmés, tels les états européens dans leurs périodes coloniales ou pendant les guerres intra européennes et qui n’ont, pour autant, pas vu leur existence questionnée ou remise en cause, Israël voyait, lui, la sienne dépendre des actes qu’il pose.

Non seulement des actes qu’il pose effectivement, réellement, mais aussi des actes inventés de toutes pièces par les Palestiniens et complaisamment relayés par les médias de la communauté internationale et dont Israël a aussi à répondre. Ainsi de la légende d’un massacre à Jenin ou de la mort, de plus en plus controversée et mise en doute, du petit Mohamed Al Dura.

 

Répondre de ses actes parait aisé et, somme toute, le moindre des devoirs d’un individu ou d’une collectivité. Là où cela devient pernicieux, c’est quand il faut se défendre de ne pas être ce que, par préjugé, calcul ou frustration, la communauté internationale a décidé pour vous que vous étiez.

Et quand la légende est plus belle ou plus épique que la réalité, c’est la légende qu’on imprime. Il en est ainsi de tous les lieux où les grandes idées font défaut, les mythes y abondent.

 

Cette injustice suscite révolte et indignation. Mais à la fin, les poings serrés, il faut ravaler sa rage et ses sanglots et continuer d’aller de l’avant, en se rassurant que le problème que la communauté internationale a avec nous, est son problème, et qu’il n’y a aucune raison de l’endosser.

Une communauté internationale qui s’acquitte désormais volontiers et facilement du devoir de commémorer la Shoah, mais qui a décidément bien du mal à concilier cette exigence de mémoire et l’évocation J incontestablement victime et faible, et l’image d’un Israël fort et, par là, nécessairement coupable.

 

Le problème de l’imaginaire collectif de cette communauté internationale, et singulièrement de ce continent malade de tous les péchés de son lourd et récent passé colonial, belliqueux et arrogant, raciste et antisémite, et aujourd’hui condamné à la vertu des impuissants, est qu’il récuse, indigné, la simple hypothèse que l’on puisse être, en même temps, fort ET victime ou faible ET coupable.

Comme si la force ne pouvait qu’enfanter la culpabilité et naître du péché.

Comme si le statut de victime exigeait qu’elle fût, nécessairement, faible.

Comme si Israël, apparemment fort, ne pouvait pas être victime mais, obligatoirement, coupable et les Palestiniens, apparemment faibles, que victimes.

 

Comme s’il y avait deux binômes qui, immanquablement, cheminaient toujours de concert, la force avec la culpabilité, la faiblesse avec l’innocence, et qu’il était moralement pervers et inadmissible d’oser questionner les quatre éléments de ces deux duos que le politiquement correct a invariablement appariés, et suggérer qu’ils pouvaient se combiner, parfois, autrement, la force avec l’innocence, la faiblesse avec la culpabilité.

              

Et il est difficile alors de ne pas se laisser parfois contaminer, nous aussi, par cette interrogation liée à notre permanence en tant qu’état.

Avec David Grossman, on se demande alors « si nous n’avons pas un gêne particulier qui nous empêche de rester à un endroit, si nous sommes un peuple inscrit dans l’espace OU dans le temps.»

Au temps de la dispersion imposée, dit-il, « nous avions de notre peuple une image inscrite dans le temps, un peuple éternel donc.»

 

Cette perception est celle de bon nombre de Juifs en Israël qui n’arrivent pas, eux-mêmes, à se voir comme un peuple attaché à un espace particulier.

Si l’on ajoute que des Juifs en diaspora ont envers Israël ce même questionnement, parfois masochiste de la part de certains dont les propos semblent inspirés par la haine de soi, parfois agacé de la part d’autres Juifs qui voient dans Israël une obsession réductrice de la mission qui devrait tous nous préoccuper, on se rend compte qu’Israël a soulevé plus de questions qu’il n’en a résolues.

 

Peut-être est-ce là, précisément, l’essentiel.

Israël est une réalité séculière confrontée aux problèmes que connaît chaque nation organisée en état souverain, en contrepoint d’une dimension universelle où le questionnement n’a que faire des frontières tracées par les hommes.

Mais la réalité de l’une nourrit l’interrogation de l’autre, lui donne une substance, un corps, de la chair, du sang et des os sans lesquels l’interrogation se réduit à une rhétorique désincarnée et déconnectée du champ d’expérimentation irremplaçable qu’est une collectivité organisée en état souverain.

Ce voyage permanent entre une dimension et l’autre, entre ce qui est pour certains une réalité, Israël, dont on ne peut ni ne doit désormais faire l’économie, et l’autre, qu’Israël dérange dans la perception différente qu’ils ont de notre raison d’être, ce cheminement entre ces deux pôles (qui génère chacun une certitude exclusive, aussi dérangeante l’une que l’autre quand on veut les opposer), est, peut-être, une des singularités du Peuple juif, ou, à tout le moins, une des sources de ses singularités.

 

Et à ceux qui demandent comment on parcourait ce chemin, hier, avant la création d’Israël, on dira qu’on le faisait alors en remplaçant un Israël réel par un Israël invoqué et espéré, et pour certains, mythique et préférablement inatteignable.

C’est cette espérance, cette invocation à présent enfin satisfaite qui semble aujourd’hui être l’un des problèmes émergents et obsessionnels de la communauté internationale.

 

C’est en effet un problème récent que celui de questionner l’opportunité pour les juifs d’avoir un état dans lequel ils organisent leur souveraineté et construisent l’étoile polaire, ou, au moins, une référence majeure dans l’existence de tout Juif, qu’il relève de la citoyenneté israélienne ou d’une autre, conférée par la diaspora.

 

En réalité, il y a eu derrière le rejet instinctif et la « démonisation » systématique d’Ariel Sharon, et derrière le problème certes douloureux des Palestiniens (mais dont il est difficile de penser qu’il représente le cauchemar qui empêche le monde de dormir quand ses nuits devraient être peuplées de visions, elles, réelles et vraiment insoutenables, de la trentaine d’autres conflits actuels, infiniment plus meurtriers, ouverts sur la planète), derrière un quelconque Sharon et des Palestiniens qui joueraient l’un comme les autres  un même rôle de paravent, il y a la question de l’acceptation par la communauté internationale, et pas seulement par le monde arabe, de l’existence d’un état d’Israël.

D’un état d’Israël quelque soit sa définition géographique, quelques soient ses frontières.

 

Le problème désormais posé semble être celui du droit du pays des juifs, du seul pays juif dans le monde, à exister.

 

Le judaïsme a cela de singulier d’avoir légué à l’homme le code le plus exigeant et le plus contraignant pour l’amener, par l’étude, à se conduire en humain véritablement conscient et responsable de ses actes.

Au terme de cette Intifada et de ces années de crimes quotidiens abominables perpétrés volontairement contre des civils juifs innocents et sans défense, ce legs et le travail de chacun sans lequel cet héritage n’est que l’improbable dossier d’une chaise fragile, ont ainsi permis à la population israélienne dans son ensemble de rester moralement irréprochable.

C’est là la plus grande et la plus incontestable victoire d’Israël depuis sa création.

Nulle nation n’a été soumise à si rude, implacable, solitaire et injuste épreuve.

Et nulle nation ne s’en est sortie avec autant d’honneur, gagnant, là où d’autres pays n’existent que de jure, le droit moral à exister, le droit à la légitimité.

Cette victoire est celle de l’éducation à l’amour et au respect de la vie, cette victoire est celle du judaïsme.

   

Et pourtant, entre le refus constant du monde arabe et l’isolement international pendant la dernière guerre israélo-palestinienne, la liquidation d’Israël et sa disparition n’ont jamais paru aussi peu taboues depuis 1948.

On dit désormais que cette assertion révèle une banale et familière manifestation  paranoïaque et une mauvaise réponse à la critique légitime d’Israël, en prêtant à la communauté internationale des intentions qui ne l’effleurent pas.

 

Répétons alors qu’au-delà des problèmes conjoncturels, la personnalité d’Ariel Sharon, qu’il a toujours, bien évidemment, été permis de critiquer, n’a qu’une importance relative.

 

Encore faut-il savoir comment la critique est formulée.

Car si la critique, c’est affirmer que Sharon est un nazi, et Israël un état raciste comme l’a qualifié l’ONU le 10 novembre 1975 déjà dans sa résolution 3379, et la communauté internationale réunie à Durban en 2001, et qu’ils sont responsables d’un prétendu génocide du peuple palestinien (dont il faut noter au passage le sort somme toute enviable rapporté à celui d’innombrables populations, elles, ignorées de tous), on est alors devant le cas de quelqu’un qui décharge sa conscience sur Israël de ce que l’Europe a fait pendant la guerre et qui lui permet de dire: « Vous avez vu, ils le font aussi! ».

 

Ce qui est obscène, ce n’est pas la critique de Sharon, celle-là, de nombreux Israéliens ou Juifs en diaspora, l’auront faite, avant de commencer de s’aviser qu’il n’est peut-être pas l’homme qu’ils avaient longtemps dénoncé et caricaturé et à présent risquer le travers inverse. 

Non, ce qui est obscène, c’est quand cette critique se sert de Sharon pour régler ses comptes avec son propre passé et ainsi chercher à s’absoudre de ses fautes réelles en fantasmant sur les fautes qu’elle a décidé de lui prêter.

 

En définitive, Israël et même Sharon n’intéressent que pour l’absolution gagnée de la diabolisation de la victime d’hier.

 

Cette démarche, obscène et odieuse, a ravivé l’antisémitisme traditionnel, et suscité l’antisémitisme d’un grand nombre de ceux-là même qui sont aussi victimes du racisme.

Et le personnel politique et les médias, par ignorance, imbécillité ou malice, auront à répondre de leur concours, conscient ou non, à cette entreprise quand la tourmente se sera enfin apaisée.

 

Nous vivons désormais, c’est un lieu commun de le noter, dans une civilisation de l’image. Une ambulance qui s’éloigne d’un lieu public après qu’un terroriste y a provoqué un massacre dont on ne montrera rien par décence, ne frappe pas beaucoup l’imagination.

C’est seulement une ambulance sur un lieu qui pourrait être celui d’un accident de la circulation.

Mais la peur, la terreur, l’angoisse diffuse qui voile le quotidien de millions de citoyens, comment fait-on pour les illustrer, quelles images pourraient leur donner une réalité tangible, compréhensible, une réalité qui susciterait justes compassion et empathie ? Comment fait-on ?

Des chars, des soldats, quelques soient les raisons qui les font apparaître sur l’image, qualifient, eux, sans réserve les Israéliens d’agresseurs et de voleurs de terres.

Après de telles images, inévitablement, la raison vacille et l’intelligence démissionne.

Et, avec elles, la lucidité, comprise celle du personnel politique pour qui ces images fondent et légitiment une condamnation sans appel d’Israël, condamnation au bout de laquelle les attentats terroristes sont compris, expliqués, justifiés et, finalement, débaptisés.

 

C’est cela qui est terrifiant.

Parce que pour justifier de telles abominations, il faut convoquer toutes les impostures pour convaincre que la cause qui les inspire est l’incarnation du mal absolu.

Un mal qui serait la source de tous les problèmes du monde, un monde qui vivrait décidemment mieux sans ce mal.

 

Alors émerge naturellement ce questionnement récent sur l’opportunité d’un pays, de ce seul pays, pour les Juifs.

Pour conjurer cette dangereuse interrogation, cette infernale tentation, cette funeste régression, cette criminelle conjuration, il faut des hommes pour comprendre que si la paix était à Oslo un leurre parce que l’un des protagonistes y avait prêté à l’autre une vision qu’il n’avait pas et qu’il n’aura jamais eue, elle est aujourd’hui une urgence qui seule ramènera peut-être le fleuve en crue de l’antisémitisme dans son lit.

 

Enfin, l’espoir existe peut-être qu’il ne s’agit pas, cette fois, d’une illusion.

Les attentats du 11 septembre 2001, la guerre d’Afghanistan et la fin du régime taliban, la   guerre contre l’Irak et la déposition du clan baathiste, les espoirs ténus d’une amorce démocratique en Egypte et en Arabie Saoudite, les pressions sur la Syrie pour libérer le Liban de son occupation, les exigences à l’endroit de l’Iran pour son programme nucléaire et ses liens avec les organisations terroristes de la région et, après l’Afghanistan, les élections en Irak et dans les territoires disputés, tous ces événements, qui infirment la théorie folklorique d’une fin hypothétique de l’Histoire, ont redessiné, avec une rapidité spectaculaire, la géographie politique d’une région que d’aucuns, particulièrement en Europe, préféraient, par calcul, paresse ou égoïsme, condamner à un fatal immobilisme.

 

L’histoire est enfin sortie d’une ornière dans laquelle certains, dissimulés derrière de pseudo motifs de légalité internationale, voulaient la maintenir.

L’histoire peut à présent retrouver une dynamique et rompre avec l’exaltation du statu quo que les mêmes ont pris, dans la deuxième guerre contre l’Irak, pour du pacifisme.

 

Les principaux acteurs israélien et palestinien appelés à composer avec cette nouvelle donne sont tous deux les instruments que l’Histoire a sorti, aujourd’hui, de ses magasins d’accessoires pour enfin tenter d’en finir avec la peur, le désespoir, la terreur et la mort.

Au bout de la route, il y a la création d’un état de Palestine nécessairement pacifique et démocratique, à la faveur de laquelle nous aurons surtout réussi par enfin imposer à tous une création vieille de plus d’un demi-siècle, l’état d’Israël.

 

Il sera alors trop tard pour certains états arabes de réaliser que la meilleure politique pour ne pas avoir été contraints d’accepter un jour l’état d’Israël, était pour eux de ne jamais avoir poussé à la création d’un état palestinien qu’ils auraient en réalité souhaité à jamais impraticable.

Un état palestinien qui, avec le nouvel Irak et un nouveau Grand Moyen-Orient issu du dé- tricotage salutaire des accords Sykes-Picot, leur causera bien des soucis quand ses indispensables institutions démocratiques, sans lesquelles il devrait être empêché de naître, feront tache d’huile.

Un état palestinien qui se révélera avoir été le moyen définitif par lequel Israël aura trouvé sa place, acceptée par tous, dans la région et le vecteur que l’Histoire aura choisi et tourmenté pour qu’il puisse porter la modernité dans le monde arabe.

 

Il nous appartiendra alors de nous dégager au plus vite de l’emprise d’un sentiment national qu’un état suscite toujours, pour inventer, pour nous d’abord et pour le monde ensuite, une manière singulière d’être un peuple inscrit dans l’espace ET dans le temps.

Cette question ne regarde en effet pas seulement le destin juif même si elle a trouvé dans ce peuple une de ses plus dramatiques expressions, mais toute la condition humaine.

Cette opposition entre universalisme et particularisme, « avec le danger que le premier ne dégénère en un nivellement destructeur des individualités historiques et culturelles et le second en un enfermement sauvage et idolâtre qui nierait, de façon violente aussi, toute forme d’altérité » (C. Magris), cette opposition donc est le terrain sur lequel les Juifs se mesureront enfin à leur véritable et complète ambition.

 

Le défi est de taille parce qu’il s’agit de réussir à aimer sa propre identité, nationale et /ou culturelle, sans en faire une idole. Le défi n’est pas d’en refuser le risque mais précisément de le prendre et réussir à le conjurer.

En d’autres mots, quand une nation, un groupe ou une communauté est menacé dans son identité, il est en effet de son droit et de son devoir de se défendre mais gare s’il laisse cette identité  devenir une valeur prioritaire ou absolue, oublieuse de l’universalité humaine.

 

En attendant, il faut, ici, ramener à la raison les partisans de la cause palestinienne égarés dans les zones d’ombre d’une culture terrorisée par l’idée de la Mort et à peine honteusement fascinés par celles et ceux capables, là, de la défier pour emporter le plus grand nombre de vies innocentes.

 

Eduquer un monde qui oublie la répulsion que ces meurtres collectifs devraient lui inspirer, peut-être parce que ces crimes frappent des victimes qu’il rêve, lui-même, de prendre encore impunément pour cibles.

 

Guérir une société qui magnifie ces terroristes et leur offre le salut, car ils sont victorieux d’une Mort qu’elle a mis hors-la-loi.

 

Réveiller un Occident qui tague à nouveau « Juden Raus » sur les murs de ses villes et, dans le même temps, exige d’Israël qu’il taise ou nie ses droits pour mieux faire place à ceux des seuls Palestiniens à qui cette société ne se sera intéressée que parce qu’ils s’opposent à un Israël coupable à ses yeux, non pas d’être un état juif, mais de ne plus l’être, depuis que, affirme-t-elle sur la foi de mensonges caractérisés, son armée tue, délibérément et par plaisir, des enfants.

Des Palestiniens qu’elle n’aura soutenus dans leur quête légitime d’un état, que parce que cette quête est LE moyen pour elle de contester la légitimité d’un état pour de tels Juifs.

 

Interpeller une culture qui interroge de plus en plus brutalement les Juifs chez elle, ne les supporte pas plus chez eux en Israël et les rêve nulle part.

 

Traiter un monde qui éprouve tant de difficultés à assumer l’idée que les Juifs se sont réappropriés leurs vies, qu’ils sont redevenus maîtres de leurs destins, à nouveau et enfin  protagonistes actifs de l’Histoire et de leur histoire.

 

Confondre une société frustrée, qui a longtemps interpellé et houspille encore aujourd’hui Israël parce qu’elle ne peut plus, ou moins qu’hier, houspiller et interpeller les Juifs, comme elle le faisait violemment et impunément, jusqu’à la création de l’Etat d’Israël.

 

Soigner un Occident qui vit inconsciemment l’inconfort de la diaspora parce qu’éloigné des lieux saints qui fondent son identité; une culture qui confesse son incapacité à déléguer leur garde à un judaïsme avec lequel elle se sent, avec lui seulement, en compétition, même si l’Etat juif d’Israël s’acquitte honorablement de cette charge, et quand l’islam qu’elle méprise, mais avec lequel elle s’est accouplée dans cette danse de mort indécente, ignore, lui, cette responsabilité partout où il règne en maître.

 

Affronter, enfin, un monde égaré, veule, sourd, aveugle et privé d’espoir, qui couvre la nudité de son profond malaise culturel, religieux et identitaire, des pans étriqués de cette malheureuse guerre israélo-palestinienne arrivée à son terme, une société malade, mais dans laquelle ce sont les Juifs qui auront eu mal et auront mal, longtemps encore, de cette parole de haine libérée.

 

Quand un individu ou une culture a confessé si clairement son mal être, ou s’est révélé(e) à ce point inapte à nommer les choses correctement, quand un individu ou une société s’est à nouveau abandonné(e) lâchement à déceler dans le Juif bouc émissaire la cause de tous ses malheurs, tourments et insuffisances, alors, cet individu ou cette collectivité est malade.

Et ce dont un malade a besoin, ce n’est, ni d’un politologue, ni d’un historien, ni d’un sociologue, mais d’un médecin; un médecin de l’âme, pour le libérer de ses délires et le guérir de sa folie autodestructrice.

 

Et, à défaut, d’une potion quotidienne de quelques mises au point résumées et réunies dans cet opuscule de salubrité publique de mon ami Raphaël Grynpas pour rappeler au chevet de l’Humanité la Raison qu’elle congédiait à Durban deux jours avant la tragédie du 11 septembre 2001 pour s’abandonner, libérée et obscène, au culte de la Mort et du Suicide, comme on succombe à une idole.

 

Isaac Franco