Le 10 décembre 2006


Lourd héritage que de succéder à deux monstres sacrés tels que Maurice Alhadeff et Clément Israël. En effet, le premier a créé notre Communauté, en 1962, et a présidé à sa destinée jusqu’en 1967. Le second lui a apporté un souffle nouveau et est resté à sa tête jusqu’en 1987, c’est-à-dire jusqu’à l’inauguration de cette belle synagogue qui constitue le centre de notre vie communautaire.

C’est sous le mandat de Clément Israël que la Communauté a connu son apogée ; composée d’un millier de membres, elle était organisée à tous les niveaux de la vie culturelle, religieuse, sportive, et même sociale, digne des plus grandes communautés juives de par le monde. Les bals annuels étaient fréquentés de tous, nationalités et religions confondues. Le Cercle israélite de Binza ne désemplissait pas le dimanche ; restaurant, backgammon, piscine, poker, football, aire de jeux pour les enfants, chacun avait l’embarras du choix pour passer une journée agréable. C’est aussi sous l’impulsion de Clément Israël qu’a été construite, à partir de 1987, la belle synagogue située en plein centre de la ville. Il est inutile de dire qu’elle rappelle que, jadis, une communauté forte et dynamique a participé au développement de Kinshasa, et du Congo. Malheureusement, des évènements tragiques de triste mémoire se sont produits en 1991 et en 1993, et la plupart des grands donateurs ont quitté définitivement le pays sans pouvoir inaugurer officiellement ce magnifique lieu du culte.

A partir de ce moment, la Communauté a été réduite au minimum ; elle comptait un peu plus de cinquante membres. Si elle a vécu au ralenti pendant une dizaine d’années, toutes les fêtes étaient régulièrement organisées, même si l’ambiance d’antan n’était plus qu’un rêve.
Après Abraham Pinhas et Rachel Gattegno, qui ont dirigé la Communauté pendant ces temps difficiles, vint Robert Franco qui, pendant une douzaine d’années, a tenu dignement le flambeau.

En 2000, cent soixante personnes (enfants compris) sont membres effectifs de notre Communauté. Les anciennes familles, descendantes de l’époque coloniale, ne représentent plus qu’une petite minorité ; l’autre partie se compose de célibataires, vivant en Belgique ou en Israël, qui exercent leur activité professionnelle principale à Kinshasa et y séjournent neuf mois par an. En dehors de ces personnes, inscrites et reconnues, il y a les « gens de passage » qui, en ces temps de grandes mutations politiques que connait le Congo, viennent ici en explorateurs.

Elwyn Blattner, en 2003, et Aslan Piha, depuis 2004, se sont donné comme objectif de relancer les activités communautaires, religieuses ou autres, permettant des rencontres fréquentes entre les Juifs de Kinshasa.

Nous félicitons Moïse Rahmani pour sa volonté de pérenniser la mémoire juive au Congo. En effet, grâce à son livre, l’apport considérable de la Communauté Israélite de Kinshasa au développement du pays est mis en évidence. Il met aussi un accent sur le rôle essentiel de Clément Israël dans la formation de cette communauté et l’esprit de continuité qui a caractérisé ses successeurs.

Nous vous souhaitons une bonne lecture et espérons que vous passerez un excellent moment avec notre histoire, passée et présente.

Abraham Pinhas , Robert Franco , Elwyn Blattner, Aslan Piha