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Avant-propos

 

 

A toi, Papa.

 

La première anecdote dont je me souviens, c’est toi qui me l’as contée. Bon vivant, joyeux drille, tu adorais les soirées entre amis.

Plus tard, devenu adolescent, puis jeune homme, je préférais, bien sûr, celles avec les miens et j’ai gardé des souvenirs confus des histoires que vous vous échangiez. Il n’en reste que quelques-unes, glanées par-ci, par-là.

Je devais avoir six ou sept ans et tu me parlais de l’homme qui réprimandait son fils.

« Qu’est-ce que c’est que ce bulletin ? Sais-tu qu’à ton âge, Napoléon était premier de sa classe » ?

« Oui », rétorqua le fils, « mais au tien, il était empereur… ».

 

Tu étais parti très jeune, à dix-sept ans, au Congo belge. Tu y étais resté de 1928 à 1934. J’ai été stupide de ne jamais m’intéresser à ton histoire, de ne pas te poser de questions. Que d’échanges aurions-nous pu avoir, toi et moi, et comme je le regrette maintenant !

Tu m’avais confié que tous les jeunes d’Elisabethville, le travail achevé, se retrouvaient dans un café-hôtel tenu par un Grec, Makris.

Un jour quelqu’un, était-ce toi ? Trouva, au fond de sa tasse, un cafard. Dégoûté, il appela le tenancier :

Bré (interjection grecque) Makris, regarde ce qu’il y a dans le café ?

Celui-ci, sans se démonter, pince-sans-rire, répondit :

Pour cinquante centimes, que veux-tu que je mette : un éléphant ?

 

Quarante ans après, tu en riais encore.

En 2005, près de trois quarts de siècle plus tard, elle m’amuse autant.

 

Je t’ai perdu le 22 février 1972. Aujourd’hui, alors que j’ai dépassé ton âge, j’aime à t’imaginer jeune homme, avec tes amis, tous disparus maintenant, attablés à cette terrasse, sous un flamboyant aux fleurs de feu, riant à gorge déployée de la réponse à celui qui a retiré ce cancrelat de la tasse...

 

Ce livre est pour toi, Papa. Peut-être, assis au Makris d’en haut, avec Maman qui aimait tant rire et qui patientait depuis le 4 janvier 1959, avec vos parents et vos amis, m’attendant à votre tour, peut-être sourirez-vous. Et si vos petites-filles et leurs enfants, mes petits enfants, que le Bon D.ieu les protège, les bénisse et les garde, s’il Le veut, et, qui sait, leur progéniture, souriront de ces blagues et les transmettront à leur tour ; ce sera ma plus belle récompense, car ni Maman ni toi, ne serez oubliés.