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La synagogue Shaare Hashamaim du Caire

Avant-propos


En 1992, Madrid n’entendait célébrer que le cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.
Quelques Juifs espagnols, emmenés par Mauricio Hatchuel Toledano, choqués de cette occultation de l’histoire, firent comprendre à leurs dirigeants politiques que 1492 ne marquait pas seulement la découverte du Nouveau Monde mais aussi le gerouch, la catastrophe, l’Expulsion des Juifs par l’infamant décret des rois dits catholiques.

Mauricio institua Sepharad’92, un comité international chargé de commémorer ces tragiques événements et convainquit les responsables de maintes communautés juives  d’organiser les commémorations dans leur pays respectif.
Bruxelles fut des plus actives, organisant, sous la direction de l’auteur, durant plus d’un an, des manifestations multiples : conférences, expositions, concerts, tables rondes, colloques...
Celles-ci débutèrent par une séance académique: André Chouraqui, Mauricio Hatchuel Toledano et Samuel Pisar, invités d’honneur, s’adressèrent à un parterre de plus de deux mille personnes, au premier rang desquels le ministre de l’intérieur, Louis Toback, représentant le gouvernement belge et les corps constitués. Le gratin diplomatique, emmené par son doyen, le Nonce apostolique, participait aussi à la soirée.
Une médaille commémorative, spécialement frappée à Jérusalem, fut remise, dans un silence recueilli, aux ambassadeurs des pays qui avaient ouvert leurs portes aux expulsés dont celui du roi Hassan II du Maroc.
Ce fut un émouvant hommage des fils des réfugiés à ceux de leurs sauveteurs…
Sepharad’92 se clôtura en Belgique par un colloque«La Tolérance dans la religion» auquel prirent part le Recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, le Primat des Gaules, le Cardinal Albert Decourtray et le Grand Rabbin de la Conférence des rabbins européens, ancien Grand Rabbin de France, René-Samuel Sirat.

Aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis, les communautés se chargèrent de rappeler cet événement. Des expositions, des voyages  celui de Tolède est encore dans la mémoire des participants  des documentaires, Yehoram Gaon, fameux crooner israélien à la voix chaude et caressante,remporta partout  un succès mérité et des expositions dont l’émouvante «Anios  munchos y buenos»  de Laurence Salzmann.

Des livres virent le jour: «Les Juifs d'Espagne, histoire d'une Diaspora», 1492-1992, éditions Liana Levi, Paris, 1992, sous la direction d’Henry Méchoulan et «Sepharad’92», Bruxelles, 2002, dirigé par l’auteur de ces lignes.

En Israël, une série télévisée, «Jérusalem en Espagne», fut animée par Ytzhak Navon, figure centrale du monde judéo-espagnol, cinquième président de l’Etat d’Israël, l’unique Sépharade à ce jour à avoir atteint cette charge.

Les communautés de Turquie, avec l’appui d’Ankara, se démarquèrent, à juste titre, en organisant le «500. Yil Vafki Sergisi», la Fondation du Cinquième Centenaire sous la présidence de Jack Kamhi et de Naïm Güleryuz. Il ne s’agissait plus de commémorer le cinquième centenaire de cette triste expulsion, mais de célébrer dignement l’arrivée des Sépharades dans l’Empire ottoman. Un livre fut édité, une exposition mise en place: «Les Juifs de Turquie, cinq cents ans d’harmonie».

Ces anniversaires, au cours desquels toute la richesse de ce judaïsme fut mise en lumière, redonnèrent sa fierté au monde sépharade: le monde reconnaissait enfin l’histoire et la plénitude de cet âge d’or du judaïsme et, depuis dix ans, ce judaïsme, jadis discret, devenu moins silencieux se fait entendre. Le judaïsme de la diaspora doit désormais compter avec lui.


Les puristes affirmeront: Sefarad signifiant Espagne, les Sépharades sont les descendants  des ancêtres expulsés d’Espagne voilà cinq siècles, le 31 mars 1492.
Mais les tenants de cette opinion oublient ces origines: Juifs s’installant dans les comptoirs fondés par les Phéniciens et par les Grecs, ou suivant les armées romaines, les déportés de Palestine détruite par Titus, ceux rejoignant d’anciennes communautés en Afrique du nord à quelques encablures des côtes hispaniques. Ce phénomène est fort bien décrit par Hélène et Shmuel Trigano dans leur introduction à «La mémoire sépharade» (Pardès, éditions In Press, Paris 2000, p. 9).
Et pourtant, tous les Juifs romaniotes, établis dans quelques communautés éparses,s’accrochent toujours en Grèce, jaloux de leurs racines; leur kehila, vieille de trois millénaires,  n’est-elle pas l'une des plus antiques de la galout, de la diaspora? Ils rejettent cette appellation de Sépharades et revendiquent avec force leur qualité de descendants des Juifs byzantins. Et que dire alors des Juifs romains, présents depuis plus de vingt siècles à Rome, si attachés à leur passé et à leur héritage, si pointilleux de leurs origines.

Certains ne manqueront pas de souligner que l’acceptation d’un minhag, d’un rituel, fait du  Juif un Sépharade ou un Ashkénaze. L’injonction de tel ou tel piyyout, élégie religieuse, dans la liturgie, la manière de prononcer l’hébreu les placerait dans un groupe ou dans l’autre.
Je ne suis pas partisan de cette école car bien des Ashkénazes  notamment les loubavitch, mouvement issu du hassidsime, le mouvement populaire né au dix-huitième siècle en Pologne dont les nombreux adeptes sont à la recherche continue de la sainteté, partagent souvent avec les Sépharades, sans en avoir la prononciation, ce rite.

D’autres encore certifieront que ce qui différencie les Sépharades des Ashkénazes, réside dans les offices religieux: les premiers font leur oraison de manière audible alors que les seconds ont pour habitude de ne réciter, à voix haute, que le début et la fin de chaque prière, murmurant l’essentiel.

D’autres enfin assureront que les Sépharades proviennent du pourtour de la Méditerrannée, oubliant que, parmi les «vitrines du monde sépharade», pour reprendre une expression chère à Henry Méchoulan, figurent Amsterdam, Hambourg et Vienne!

Comme le constate le lecteur, le débat n’est pas clos…