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Terouma
Mon prélèvement
‘’Parle aux enfants d’Israël, qu’ils prennent pour moi un prélèvement, de tout homme que portera son cœur, vous prendrez mon prélèvement’’ (Ex. XXV – 2).
L’expression ‘’vous prendrez mon prélèvement’’ semble à priori une répétition superflue dans ce verset. Le lecteur attentif ne saisit pas pourquoi après avoir recommandé à chacun des membres du peuple d’Israël de participer de son don, soit un prélèvement, il est nécessaire de souligner : ‘’de tout homme porté par son élan du cœur à faire cette offrande’’.
Le Zohar explique que ‘’kol ich’’, tout homme, désigne le ‘’Erev rav’’ une tourbe nombreuse, les non- Juifs qui se sont mêlés aux enfants d’Israël sortis d’Egypte. Ainsi la Thora s’adresse en premier aux enfants d’Israël, en leur recommandant de donner leur participation ; puis se tournant vers les personnes non incluses au sein des enfants d’Israël, en précisant que c’est de leur plein gré qu’ils sont invités à prendre part à cela. Certes, on peut se demander pourquoi la Thora met l’accent sur l’élan du cœur précisément en ce qui concerne ces personnes. Référons-nous pour cela à cet enseignement talmudique (Baba batra 10 b) :
Rabbi Yohanan ben Zaccaï dit à ses élèves : mes chers enfants, quel est le sens du verset qui dit ‘’la justice grandit une nation, le crime est l’opprobre des peuples’’(Prov. XIV – 34). Rabbi Eliezer répliqua : ‘’la justice grandit une nation’’ fait allusion au peuple d’Israël, à propos duquel il est écrit : ‘’Y a-t-il comme ton peuple Israël une seule nation sur la terre que D… lui-même soit allé délivrer d’Egypte pour en faire son peuple…’’ , et la fin du verset :’’le crime est l’opprobre du peuple’’, désigne la justice et la bonté pratiquées par les nations qui sont condamnables, parce que motivées par leur intérêt de grandeur. Comme l’atteste le texte : ‘’Ils offrent des sacrifices agréables au D… du ciel et prient pour la vie du roi et de ses fils’’(Ezra VI – 10). Ce qui signifie clairement que le but de leur offrande est intéressé.
Le Talmud pose la question : la personne qui agit de la sorte ne serait-elle pas néanmoins considérée favorablement ? En effet, la beraïta enseigne par ailleurs : celui qui déclare : je fais don de cette pièce de monnaie afin que mes enfants vivent, ou pour que j’aie part au monde à venir- bien qu’il accomplisse le geste pour un profit personnel, est considéré comme un homme intègre.
Pour rétablir cette contradiction, le Talmud fait la distinction entre le don de l’israélite et celui du non-juif.
Le Talmud poursuit en rapportant d’autres opinions et interprétations, et conclut cet échange par l’explication de Rabbi Yohanan ben Zaccaï, qui dit que le verset des Proverbes se traduit de la façon suivante :De même que l’offrande d’un sacrifice d’expiation apporte le pardon aux enfants d’Israël, de même la justice et la charité procurent le pardon aux nations.
Revenons néanmoins à l’interprétation du verset par Rabbi Eliézer, pour comprendre le fond de sa pensée. Car, bien que son explication n’ait pas été retenue, elle mérite d’être développée pour ne pas être condamnée et rejetée pour cause de relents racistes ou empreints d’un rejet et d’exclusion du non-juif. Ce que Rabbi Eliezer veut mettre en exergue et distinguer, c’est l’action de justice et de bonté, fondée sur la foi ou portée par un élan enfoui dans le cœur et l’esprit de la personne. Chez l’israélite le plus éloigné de la pratique des mitzvoth, on trouve néanmoins un acquis ancestral, une vibration intime de source lointaine et dissimulée dans les replis de son cœur, de sa mémoire et de sa conscience. Il n’en est pas de même pour les personnes idolâtres, ou celles qui fondent leur existence sur la croyance des constellations du ciel et qui se fient au hasard, parce que la justice et la bonté dont celles-ci font état s’avèrent
mues par un intérêt de quelque ordre que ce soit, et nul jugement positif de leur acte ne peut être invoqué. C’est dans cet esprit que Rabbi Eliézer propose son interprétation du verset des Proverbes. Celle-ci s’applique bien également à l’expression du verset ‘’de tout homme que portera son cœur, vous prendrez mon prélèvement’’. En d’autres termes, si des personnes étrangères à la croyance du peuple juif, désirent prendre part à l’édification du Temple, lieu de résidence de la présence divine, elles ne pourront le faire que si elles sont mues par un sentiment propre de toute égoïsme, d’orgueil ou d’humiliation à l’égard des enfants d’Israël et de leur D…
La haftara pour la parashat Terouma est 1 Rois 5:26–6:13, qui relate la construction du Temple de Salomon |