Les Juifs sépharades, dans leur immense majorité, n'ont jamais été confinés dans un ghetto culturel et ce n'est pas certains esprits chagrins qui réussiront, aujourd'hui, à nous ghéttoïser nous enfermant dans un carcan où le culte remplace la culture, l'anathème la compréhension, l'intolérance l'ouverture vers l'autre. Les descendants d'Esaü ne sont pas ceux auxquels d'aucuns pensent et d'aucuns laissent passer…
Le sépharade est large, ouvert, accueillant. Le sépharade est le pont obligé entre les diverses cultures. Tout comme au XIIIè siècle nos ancêtres de l'Ecole des Traducteurs de Tolède apportèrent la culture arabe à l'Occident et la culture occidentale au monde musulman, nous sommes la charnière de la paix entre Israël et ses voisins. Qui mieux que les Sépharadim connaît la mentalité arabe, son mode de pensée, son mode de vie. Nous sommes le trait d'union naturel entre les peuples. C'est ce que notre ami Shlomo Ben-Ami, Président du Festival, a déclaré lors de son discours inaugural. C'est ce qu'a répété notre ami Lazard Pérez, Président de cette belle Communauté Sépharade lors de son accueil pour le repas shabbatique. C'est aussi le message que nous a donné Raouf Saad, ambassadeur d'Egypte car c'est ainsi que le rôle des Séphardim a été compris par les représentants de deux pays arabo-musulmans où la communauté juive a fleuri longtemps, le Maroc et l'Egypte, personnalités amies, oui, amies, qui avaient tenu a partager ce dîner.
Ces représentants diplomatiques ont fait fi de tout protocole. Ils nous ont confié – et je puis vous assurer que ce n'était pas un vain mot – se sentir en famille. En famille. Rien que pour cela le Festival était nécessaire, utile.
Nous avons partagé beaucoup ces jours-ci. D'abord de la bonne humeur. Ensuite de la bonne humeur et pour finir de la bonne humeur. C'est le seul ingrédient, la seule sauce capables d'assurer le succès. Et, entre bonne humeur et bonne humeur, nous avons eu des tables rondes qui nous ont enrichi. Le judaïsme égyptien, la musique sépharade, des contes et des anecdotes, l'avenir du sépharadisme, le renouveau de la presse et de la littérature sépharades. Un tournoi de shesh besh, de tavli, de tric-trac, si vous préférez. Et des concerts exceptionnels. De haut niveau, de grande qualité. Et deux expositions merveilleuses dont cette montée par A. Rivka Cohen, pleine de vie, d'amitié, de chaleur et de nostalgie. Et une soirée orientale.
Et de la nourriture. Comme chez nous. Repas shabbatique, petite restauration (quelqu'un a dit petite ?)...
Nous avons eu la joie et le privilège de recevoir des amis des quatre coins du monde : d'Israel, de France, du Canada, de l'Angleterre, de Turquie, et même de Belgique… Les citer tous serait long (et surtout je risque d'en oublier…). Mais qu'ils soient tous remerciés; ils le méritent.
Trois Organisations se sont liées afin de donner le plus d'impact possible à cette manifestation. Nous en referons encore, je vous le promets car, ici en Belgique, nous avons une vie cuturelle sépharade que beaucoup nous envient. J'ai bien dit culturelle. La Communauté Sépharade et l'Institut Sépharade organisent, parfois en commun, des activités importantes : clubs du livre, conférences.
Nous devrions développer ensemble encore plus ces manifestations. Le renom des Sépharades c'est, bien entendu et avant tout, leur culture. Il y a le culte. et les activités profanes. Surtout les activités profanes car ce sont elles qui drainent le monde ; il ne faut pas l'oublier. Et c'est par elles et par elles seules que l'on reviendra au culte. Certains ne l'ont ni compris ni accepté. Evidement ce que je dis n'engage que moi.
Pendant quatre jours nous avons vécu des moments intenses de joie, d'émotion, de fraternité. Iména Tov ou manaïm shevet akhim gamyakhat. Qu'il est bon d'être avec ses frères. Et il faisait très bon d'être à l'Espace Yitzhak Rabin les 4, 5, 6 et 7 décembre. J'aimerais exprimer ma gratitude envers les organisateurs de ce Festival ; le CCLJ et sa présidente Michèle Swarzcburt, la Communauté Sépharade et son Président Lazard Perez, l'Institut Sépharade Européen et ses membres, A. Rivka Cohen, Micheline Weinstock, Manuela et Myriam Rahmani. Je dois également remercier au nom de tous nos amis Gigi Hecht, Hagid Peled, Yossi Przedborski, Marc Tsion, Gilbert Weizman, et Nathan Weinstock. Et surtout je dois souligner le travail exceptionnel accompli par la directrice du CCLJ Kareen Golfeder. C'est beaucoup grâce à Kareen que ce Festival a pu avoir lieu. On ne peut passer sous silence ce que Yannick, Cécile, Olivier et tous les membres du staff du CCLJ et par Eric Soucy de l'Institut ont réalisé. Je tiens à les remercier et à les féliciter.
Je suis heureux de vous annoncer qu'une monographie sur le yiddish et le judéo-espagnol, langues juives européennes, éditée par le bureau pour les langues moins répandues de l'Union Européenne, sera disponible dans les tous prochains jours. Œuvre de nos amis Nathan Weinstock pour le yiddish (dont la culture pour le judéo-espagnol tout est aussi grande) et de Haim Vidal Séphiha por el judezmo (ou faut-il désormais dire ladino?) un sephardim qui maîtrise le yiddish à la perfection. Qu'ils soient tous les deux remerciés de cet initiative du plus haut intérêt.
Le festival s'est terminé dimanche soir très tard pour certains. Pour ma part, il s'est poursuivi lundi matin autour d'un dernier petit déjeuner avec des participants, avant leur départ vers des destinations parfois lointaines. Tous évoquaient, avec émotion, l'ambiance, le dynamisme –jamais démenti- mais qui se retrouvait comme réactualisé et pouvant être réinvesti dans de nouveaux projets. Je me souviens des premières réunions préparatoires, l'expression anxieuses des membres du CCLJ, très " pro " face à nous, quelques complices un peu farfelus, plus intuitifs, mais redoutablement efficaces dans le feu de l'action.
Ce qui émerge de ces quatre journées, c'est bien entendu l'ambiance, la solidarité, où des élégantes plongeaient leurs mains dans la vaisselle, où des messieurs en beau costume déplaçant des meubles, où d'autres encore enfourchaient un balais. " Jamais on n'imaginais çà à Paris ", nous glisse-t-on plusieurs fois à l'oreille.
Personnellement, c'est peut-être le buffet qui m'a le plus touché à cause de ma gourmandise naturelle, ou ma passion des saveurs et des épices. Pas loin de 100 plats traditionnels pour la plupart, avec même, par ci par là, un plat ashkénaze un peu égaré, mais toujours …….., tous halavi mais surtout confectionnés avec une infinie tendresse.
Merci à ces dizaines de cuisiniers et cuisinières d'avoir contribué à l'extraordinaire convivialité de cette rencontre. Le palais retrouvait le goût des saveurs parfois lointaines et illustrait à merveille le sens de le cuisine juive, synthèse entre tradition et coutumes propres à chaques communauté et métaphore de l'exil.