L'éditorial de Moise Rahmani

Quand vous recevrez ce journal Pessah, fête de la Liberté, fête du passage, sera à nos portes. Nos maisons luiront après le grand nettoyage. Nous sommes sur le point d'aller à la recherche du hametz, de le brûler, afin que, débarrassés des dernières miettes, des dernières impuretés, nous soyons prêts à céléber la Pâque.

Dans toutes les familles juives, ce soir de Seder, le plus jeune des enfants posera la question millénaire: "Ma Nichtana ha laila haze" ? Pourquoi cette nuit est-elle différente des autres ? Dans toutes les familles ou presque. Presque...

En Israël, vit une famille. Comme toutes les autres familles. Enfin, presque comme les autres car, ce soir de Pessah, comme tous les soirs depuis octobre 1986, une épouse attend son mari, une mère son fils, une fille son père. Un mari, un fils, un père qui ne revient pas et qui ne donne aucune nouvelle depuis 11 ans. Un mari, un fils, un père dont elles ignorent même s'il est encore vivant. Dans toutes les familles, le père donne la réponse aux questions posées par le plus jeune de ses enfants. Dans toutes les familles ou presque. Dans toutes les familles sauf dans celle-là.

Cette famille c'est celle de Ron Arad, ce navigateur de l'armée de l'air israélienne, disparu au cours d'une mission. Capturé par les milices shiites d'Amal, détenu au Liban, il est "vendu" par ses géoliers aux Iraniens. Depuis plus de onze ans aucune nouvelle. Certains Libanais, astucieux commerçants, viennent d'inventer une nouvelle forme de commerce: vendre un prisonner.. Les Iraniens, enfin certains, font la sourde oreille, eux qui l'ont si fine lorsqu'il s'agit de lancer des "fatwa". Je dis certains car les Libanais et les Iraniens, dans leur immense majorité, sont des gens biens, des pères, des maris, des fils, des gens comme vous et moi, des gens qui seraient outrés d'apprendre ce qui se passe!

Ron Arad aura quarante ans le 5 mai 1998. Une carte postale se trouve dans le journal. Signez-la et envoyez-la. Faites-en signer à vos amis et demandez-leur de faire siner, à leur tour les leurs. A notre initiative des dizaines de milliers de cartes postales sont à votre dispositions auprès du CCOJB.

Je ne sais si ma voix sera entendue. Si elle reste seule, il n'y a que fort peu d'espoir. Mais si toi, lecteur, si toi lectrice, unis ta voix à la mienne, peut-être nous ferons-nous entendre. Si d'autres lecteurs, d'autres lectrices, d'autres amis, une immense chaîne de maris, de fils, de pères, si des épouses, des mamans, des petites filles, joignent leur voix aux nôtres, alors l'espoir est permis.

J'ignore si Ron Arad est encore vivant. De toutes mes forces, malgré cet effroyable calvaire qu'il endure depuis plus de 11 ans, malgé ces violations quotidiennes des droits de l'homme les plus élémentaires, malgré ce déni répété de justice, je l'espère. Pour sa femme, pour sa mère pour sa fille. Et si, par malheur, il n'est plus, alors que l'on nous le fasse savoir pour que nous, maris, fils et pères du monde entier puissions dire un Kaddish.

Dans toutes les familles juives, un père répond à sa fille le soir de Pessah. Dans toutes les familles, ou presque...

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Dans un autre régistre nous vous présentons, en même temps qu'un article des Rabbins Dahan et Meyer, un dossier de Menahem R.Macina qui traite des relations entre le Vatican et les Juifs. Depuis près de deux millénaires le puple juif a été vilipendé, honni, pointé du doigt, coupable de tous les pêchés, victimes de ce que Jules Isaac appelait l'enseignement du mépris (et que certains n'hésitent pas à qualifier même d'enseignement de la haine). Le Vatican vient de sortir une déclaration que nous attendions depuis des siècles. Nous sommes déçus car nous espérions plus d ela part de l'Eglise. Mais c'est un pas, certes léger, mais un pas quand même en avant.

 
 
Moïse Rahmani
 
 
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