Cette histoire nous enseigne que pour la tradition juive, le silence est souvent coupable. Face à une situation où l'on peut choisir entre le bien et le mal, celui qui, par son silence, refuse de choisir, est considéré comme fautif. Pour la communauté juive, le silence de l'Eglise durant la Shoa s'apparente au silence de Job dans cette histoire Midrachique.
Il ne faut cependant pas rester aveugle aux évolutions qui se produisent aujourd'hui au sein de l'église catholique. Suite aux déclarations de l'épiscopat français sur le silence de l'Eglise durant la guerre, c'est à présent au tour du Vatican de publier ses " Réflexions sur la Shoa ".
Certainement il s'agit là d'un pas important que nous ne pouvons ignorer. Ceci étant dit, les réactions, souvent mitigées et tièdes, des personnalités juives engagées dans le dialogue judéo-chrétien, et l'incompréhension que ces réactions suscitent au sein de l'Eglise, nous semblent refléter deux approches essentiellement différentes du problème. Pour le Vatican, l'acceptation de responsabilité s'inscrit dans une recherche de demande de pardon. En d'autres termes, reconnaître sa part de responsabilité pour que le Judaïsme d'aujourd'hui puisse pardonner. Pour le Judaïsme par contre, tant que la démarche de l'Eglise se fait dans une optique de " pardon ", elle ne peut être vue qu'avec suspicion. Comme l'enseignait le grand penseur juif américain Abraham Joshuah Heschel, " Personne ne peut pardonner le crime commis contre un autre. Il est donc inadmissible de prétendre qu'une personne vivant aujourd'hui puisse pardonner pour la souffrance et le crime commis contre l'une des six millions de victimes de la Shoa. Selon la tradition juive, même Dieu ne peut que pardonner les crimes commis contre Lui-même, mais pas contre les autres hommes ". Ainsi, pour que le Judaïsme puisse voir d'un ?il franchement favorable cette prise de conscience, encore faut-il que l'Eglise abandonne sa doctrine du " pardon ", et cesse de se repentir pour être pardonnée. Ce qu'il faut par contre, c'est que ce repentir et cette prise de conscience se fassent pour, qu'ensemble, nous puissions, malgré le passé irréparable, construire un avenir meilleur.
Le jour de Yom Kippour - journée de jeûne et de réflexion sur les erreurs que nous avons commises - nous lisons dans notre liturgie la phrase suivante ; " Le repentir, la prière et l'action, seuls peuvent annuler le jugement que Dieu porte sur nous ". En termes actuels : connais ton problème, reconnaît le (prière et expression) et agit. Le repentir, c'est la prise de conscience de nos fautes. La prière, c'est l'expression orale de ce repentir ; non seulement être conscients de nos fautes mais être capables de les dire et de les exprimer. Et l'action, ce sont les actes concrets que nous posons pour faire en sorte que les erreurs du passé ne se répètent pas dans l'avenir. C'est donc vers l'avenir que l'Eglise doit se tourner et non pas vers une recherche impossible du pardon. Beaucoup d'indices montrent que c'est vers cela que l'Eglise s'oriente en tâtonnant non sans courage. C'est une raison d'espérer.