Il semble que la création de l'Etat d'Israël ait eu deux conséquences essentielles qui ont radicalement altéré le Judaïsme tel que nous le vivons aujourd'hui. Tout d'abord, et après des siècles de persécutions et de vie précaire, où les Juifs de par le monde étaient au mieux tolérés et au pire massacrés, l'Etat d'Israël a rendu le peuple juif maître de son propre destin. Particulièrement avec la Shoa, où le problème s'est posé de façon particulièrement accrue, la vie juive de Diaspora, durant les vingt derniers siècles, s'est toujours articulée autour du problème de la survie immédiate. Les Juifs n'étaient que des hôtes dans les pays de leur résidence et, en tant que tels, devaient se faire tolérer par le pouvoir civil ou religieux du lieu. Sans pouvoir, les Juifs étaient, non seulement &agr e; la merci du bon vouloir de l'autorité locale, mais ne disposaient d'aucune prise sur leur propre destinée et sur leur propre histoire. Acteurs passifs de l'Histoire, voilà peut-être, résumé en une phrase, la situation des Juifs pendant les siècles de l'exil. C'est donc, tout d'abord, à cette situation que la création de l'Etat d'Israël vient mettre un terme. Andrée Neher résume cela en écrivant que " l'Histoire avec H majuscule empoigne aujourd'hui le Juif, avec une force inconnue dans les siècles précédents. Les Juifs réapparaissent sur l'avant-scène de l'histoire, non simplement comme figurants à titre passif, mais comme acteurs de l'histoire. [?]. Depuis [la révolte de Bar Kochba en 135 contre les Romains], ce sont les autres, les nations, les Empires, les Eglises, l'Islam, qui nous ont imposé dans l'histoire une fonction et un rôle, presque t jours dévalorisés et négatifs. Nous étions comme les muets de la comédie italienne : on se servait de nous, et puis, notre rôle accompli, on nous rejetait au rebut. Aujourd'hui, par la Renaissance de l'Etat Juif, nous avons repris en main notre destin. Nous avons rejeté les masques dont les autres nous affublaient. Nous avons retrouvé notre visage propre, et notre regard, lucide, est tourné vers l'avenir. Nous savons que nous avons les moyens de le façonner et nous en avons aussi la volonté ".
Mais les conséquences de la création de l'Etat d'Israël se sont fait ressentir aussi à un autre niveau qui, d'une certaine façon, est un corollaire de cette reprise en main de notre propre destin. Avec un Etat bien à nous, le judaïsme pour la première fois depuis près de deux mille ans, a du se confronter aux contraintes de la pratique du pouvoir. Car avoir un état, Juif de surcroît, implique une certaine confrontation entre les exigences de l'éthique juive et les décisions parfois difficiles qu'un Etat responsable doit savoir prendre. Nous le savons, le pouvoir corrompt. Le pouvoir juif corrompt-il les exigences du Judaïsme ? Voilà la grande question que la création de l'Etat d'Israël nous force à nous poser. A cette interrogation et à ce dilemme, le philosophe juif Martin Buber ébauchait déjà une réponse en 1929, alors qu'il observait l'opposition iolente des arabes à l'entreprise sioniste en Palestine. " Vivre, écrivait-il, c'est causer du tort. Respirer, se nourrir, grandir, toutes les fonctions organiques vitales impliquent qu'on cause du tort. Tout le sens de la vie humaine, c'est d'être placé, à chaque heure, devant la responsabilité suivante : je ne veux pas causer plus de tort que je ne le dois pour vivre. [?] C'est beaucoup plus difficile que de vouloir être innocent. C'est beaucoup plus difficile que de s'abstenir de causer du tort ". C'est ainsi. Avec la création de l'Etat d'Israël, et avec la pratique du pouvoir qui en découle, le Judaïsme cause, il faut le reconnaître, un certain tort à ceux qui résidaient en Palestine avant 1948, et d'une façon plus large avant les débuts de l'entreprise sioniste ; les Arabes et les Palestiniens. C'est bien la première fois depuis vingt siècles que le juda uml;sme cause du tort à qui que se soit. Apprendre à gérer cela, apprendre à vivre avec cette responsabilité tout en essayant, comme l'enseignait en son temps Martin Buber, de causer le moins de tort possible, c'est cela qui me semble être la seconde conséquence essentielle de la création de l'Etat.
C'est bien évidement cette notion de tort, qui est à
l'origine des cinquante années de guerre qui ont accompagné
en parallèle les cinquante années de vie de l'Etat d'Israël.
Mais, loin de désespérer de cette situation, loin de croire
en l'inéluctabilité d'un conflit permanent entre Juifs et
Arabes dans le pays, je souhaitais conclure en citant ces quelques phrases,
porteuses d'espoir, de Rabbi Nahman de Braslav, grand maître du Hassidisme:
" on appelle Shalom - paix - l'union et l'harmonie de deux entités
contraires. Alors, ne sois donc pas effrayé si tu rencontres une
personne qui pense exactement le contraire de ce que tu penses! Tu auras
l'impression qu'il est impossible de s'accorder avec elle, mais c'est une
erreur. De même, si tu rencontres deux personnes qui sont de caractères
totalement opposés, ne dis pas : 'il est impossible de les réconcilier!'
Car, pr&eacut cisément, c'est l'union et l'harmonie de deux
parties contraires qui s'appelle Shalom ".
| Je recherche des informations historiques sur la communauté
juive de Melas, une petite ville de Turquie De là-bas émigrèrent
en Argentine, en 1913, ma mère et ma grand-mère, Rica Ferrera.
Il n'y a plus de juifs qui y habitent actuellement mais, à cette
époque, cette communauté était très proche
de celle de Rhodes. Vous pouvez m'écrire* en français, en
anglais, en judéo-espagnol ou en espagnol. Merci à tous ceux
qui pourront m'aider.
Rita Eskenazi de Levitus
*au bureau du journal qui transmettra. |