L'argile n'a pas gardé l'empreinte

Les Juifs de Province en Egypte

Par Herbert Israel

Notre ami Herbert Israël, passionné d'Histoire, nous a adressé une série d'articles sue le judaïsme égyptien. Après avoir parlé de la Ville Mère d'Israël, Salonique, voici le premier volet de l'Histoire des Juifs du Nil.

Il est un volet du judaïsme égyptien peu connu, celui des petites communautés, disséminées dans le pays entier.

Je fais appel à mes souvenirs ayant vécu moi-même dans un village du Delta du Nil, Limbellawein, dont la sirène de l'usine d'égrenage d'Elie Edrei rythmait la vie et l'activité des centaines d'ouvriers qui y travaillaient.

Pendant les années 1920, 4 familles juives y résidaient, le temps de la récolte du coton. Il y avait les Edrei et les Israel, concurrent acharnés, mais qui se retrouvaient le soir, soit au café grec des berges du canal, soit alternativement chez les uns et les autres pour commenter les cours de la bourse ou pour parler politique.

Ceci était le premier cercle.

Dans le second cercle, se trouvaient les propriétaires terriens juifs, comme les Toriel et les Jabes, présents pendant les semailles et les récoltes et dont nous achetions le coton après force marchandages.

Le troisième cercle incluait Tantah ville voisine, réservée aux achats et aux offices religieux dans les deux synagogues concurrentes. C'est à Tantah que Saint Louis, le plus antisémite des rois de France, fait prisonnier en voulant détruire Jérusalem, fut détenu jusqu'au paiement de sa rançon par son bon peuple.

Le quatrième cercle s'étendait jusqu'à Alexandrie la grande métropole, où se concrétisaient les transactions cotonnières à la bourse de Minet El Bassal.

Plus de la moitié des courtiers qui y travaillaient étaient juifs. Les ordres étaient verbaux et la parole donnée valait tous les écrits. Jamais à ma connaissance personne ne s'était rétracté, quelque fut l'enjeu de l'ordre. C'est à Alexandrie que nous partions passer les fêtes et retrouvions nos sièges, gravés à notre nom, dans la grande et solennelle synagogue Eliahu Hannabi. Le privilège de la tenue des portes. par les jeunes et la sortie des sépharim dans leurs étuis d'argent, pour les adultes, étaient demandées à l?avance au gabbay.

Après le retentissant Hazan le rabbin annonçait à haute voix le nom du donateur, l'importance de la somme offerte et son affectation.

Al Qahera signifie en arabe la Victorieuse

En 1860, on dénombrait 40 familles juives au Caire, mais à la fin du 19ème siècle la communauté était devenue une des plus importantes de l'Egypte. Jacob Landau dénombre dans son livre « Jews in nineteenth Century »

508 juifs en 1897 522 juifs en 1907 586 juifs en 1917.

Au début tous vivaient groupés dans le même quartier, mais très vite les plus riches s'installèrent dans de grandes et spacieuses maisons sur les rives du Nil. Ces départs amenèrent des tensions au sein de la communauté, du fait qu'une parties les riches cessèrent de payer leurs contributions aux écoles juives, sous prétexte que leurs enfants fréquentaient les collèges des missionnaires, qui étaient les seuls à l'époque à dispenser un enseignement secondaire de qualité, mais avec toutes les implications que cela pouvait comporter.

En 1877, un épisode grave ébranla la communauté profondément enracinée dans la ville, l'accusation de meurtre rituel proférée par quelques égyptiens qui affirmèrent qu'un jeune garçon musulman avait été enlevé à cet effet.

Abraham Piha, notabilité influente d'Alexandrie, avisé télégraphiquement, loua à grand frais un train spécial et arriva accompagné de ministres égyptiens. L'enfant caché chez des proches de sa familles fut vite retrouvé et les calomniateurs punis de lourdes peines de prison.

à suivre...
 
 

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