P A T R O N Y M E S

Comme chacun le sait, certains patronymes juifs dérivent de lieux d'origine ou de résidence Soriano (de Soria, Espagne) , Berliner (de Berlin), de métiers, Attar (le parfumeur), Schneider (le tailleur), ou d'origine biblique, Menaché ( de Manasseh), Israel, Lévi. D'autres sont des surnoms se basant soit sur des caractéristiques physiques, Jafé ( de yoffé - beau- de l'hébreu), Tarica, (d'Al Tarek - fort - de l'arabe -), morales, Hassid, Rahamim, Habib.

En association avec Beth Hatefutsoth, nous analyserons régulièrement certains noms de famille. Le Beth Hatfutsoth dispose d'une banque de données patronymiques importante. Nous ne sommes pas généalogistes et cette contribution, bien modeste, est un petit clin d'oeil complice envers eux. Ceux que le sujet intéresse pourront avec succès interroger le Cercle de Généalogie Juive au Musée Juif de Belgique, avenue de Stalingrad, 74, à 1000 Bruxelles. Notre ami Daniel Dratwa, son excellent Conservateur, consacre son reliquat de temps libre à ce Cercle. Je sais qu'il se fera un plaisir d'être beaucoup plus détaillé et scientifique que nous ne le serons jamais.

B EN ATTAR, BENATAR

Si un bon nombre de patronymes juifs se refèrent à un métier, certains noms prétendent même avoir deux, voire plusieurs origines. Benatar est un exemple.

La première sigification qui saute aux yeux est le droguiste, le pharmacien. D'origine arabe ce nom se retrouve en Espagne dès le 14ème siècle (sa variante achkenaze étant Apotheker!). Nous retrouvons, comme nom juif, ce même nom Attar en Egypte, en 1155, en France en 1400, des Ibn Attar en Hollande et des Benatar en Hollande et au Maroc au 16ème siècle.

Selon une de mes parentes, Benatar du Congo, historienne, un des enseignants de l'Université de Jérusalem (ou de Tel Aviv) lui aurait dit que ce nom signifie aussi Fils de la Couronne (Keter en hébreu) et viendrait d'une vieille légende d'une île grecque qui raconte une histoire d'amour entre une princesse et un pauvre jeune homme qui, au péril de sa vie, la sauva de la tempête et la foudre, ayant failli en être frappé, lui entoura la tête d'une couronne. Légende, peut-être, mais belle en vérité.

Citons, parmi les Benatarim connus, le rabbin maroccain Jacob Ben Atar, 16 et 17ème siècle, et ceux du Congo, émigrés de l'Ile de Rhodes, qui ont contribué à l'essor de ce pays. Le cinquième président de l'Etat d'Israel, Ytzhak Navon, descendrait aussi d'un Benatar.


D A FANO, DAFANO

Fano est une petite ville sur la côte adriatique de l'Italie où une présence juive est attestée dès le 14ème siècle. Expulsées au 16ème, plusieurs familles s'installent à Naples. Da Fano et Dafano signifient “de Fano” et sont des variantes de ce nom

Parmi les porteurs de ce nom, signalons le rabbin italien, cabbaliste et enseignant, Menahem Azariah da Fano (1548-1620).


B ITTON

Ce nom (et ses variantes: Byton, Viton, Abiton, Beton,Bithioun, Piton ...) est une dérivation judéo-espagnole du latin “Vita” (Vie), une des nombreuses variations de l'hébreu “Hayyim” (ou parfois “Yehiel”. Le mot hayyim signifie l'essence de la vie. Il apparait pour la première fois dans la Bible lorsque D.ieu crée l'homme à partir de la poussière et insuffle “Nishmat Hayyim”, le souffle de vie, dans ses narines (Genèse II, 7).

C'était une coutume répandue d'ajouter Hayyim à un prénom, soit à la circonsition, soit en cas de danger ou de maladie et, plus tard, en cours d'existence. Ceci afin de d'implorer santé et longue vie.

Hayyim fut traduit en latin comme “Vives” et changé en espagnol et en français en “Vita” et “Vidal” (sous l'influence allemande et yiddish cela devint “Feives, Feis, Feivush” et même “Feischel”. Néanmoins, Biton et ses variantes peuvent également provenir du patronyme biblique “Python / Fython” (Chroniques 1, VIII, 35), soit petite flûte soit une espèce d'oiseau, soit la corne d'un bélier.

Originellement prénom masculin (on en retrouve des traces au 14ème siècle), Biton devient patronyme et nom de famille. Des variantes, Byton, Viton (au 15ème siècle un document espagnol mentionne un “Yanto Viton”) se retrouvent au 14ème siècle dans des documents espagnols et marocains.

Abitton, Beton et Bitton au Maroc, Biton, Betoun, Bithoun, Bitone, Bitoun, Bitoune, Bitton, Bittoun et Piton en Algérie, Biton, Abiton, Bitton et Bittoun à Oran et Bitoun, Bitten et Bittoun à Constantine sont les formes les plus courrantes.

Parmil les personnages qui ont illustré ce nom, signalons au 15ème siècle le Rabbin et médecin de cour castillan, Salomon Byton ainsi qu'Isaas Biton, rabbin qui vécut à Jérusalem au cours du 17ème siècle.

Etude réalisée grâce à des documents fournis par le Beth Hatefutsoth, Ramat Aviv (www.bh.org.il) que nous remercions.

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