Chère Oretta,

Te dire combien je suis bouleversée par le départ d'Albert pour le pays des grands sages est vrai, mais je voudrais surtout rappeler la chaleur apportée par cet Ami, dire combien j'ai été heureuse de l'avoir connu, de m'avoir aussi inscrite dans le livre des ses amis.

Combien de fois l'ai-je appelé pour réconfortrer ma mémoire vacillante de notre belle langue sépharade... Sa patience, son sourire n'avaient pas de limite pour rattraper, raviver la phrase oubliée... Celle-ci m'échappe encore, qui me la soufflera aujourd'hui ?

Et lorsque j'évoquais avec lui Rhodes la belle, ou le Congo qui lui fut sa seconde patrie, son visaga s'illuminait, empli d'une nostalgie patinée, mais positive, car il la voulait toute empreinte d'avenir. Il aimait me parler du passé, parce que ce passé est aussi force de demain.

Ses connaissances m'étonnaient à chaque rencontre; sa modestie, trop discrète, le poussait à s'estomper; les rubriques de grand-père qu'il signait si simplement ont aussi ravivé plus d'un souvenir. Peut-être est-ce lui qui m'a enseigné une certaine patience des hommes dans un monde parfois insuppportable...

Le chabbat, après m'avoir jeté un regard d'entente, lorsqu'il appelait mon fils à la Téva, il devinait combien je le remerciais d'émotion et de fidélité. Il était si heureux de pouvoir élever et rapprocher nos jeunes de la Loi qui le guidait lui, sans cesse.

Et encore... qui maintenant me glissera un sachet de bonbons pour marquer la joie de Hanoukka... qui me tendra une crécelle à Pourim... et un drapelet à Simha Tora... à Kippour prochain, l'appel du Guizbar manquera inexorablement...

Chère Oretta, nous avons tous perdu Albert Mergian, mais en nous, au- dessus de nous, le souvenir d'un Benadam perdurera. Je voudrais que tu saches, toi, tes enfants, tes petits-enfants, que je vous resterai proche.

Avec mon affection bien fraternelle,

A.Rivka Cohen

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