A cette question, le monde juif serait bien sûr tenté de répondre que ces nombreuses années nous ont apporté une plus grande sagesse et surtout une plus grande expérience de la vie. Une expérience qui, comme dans la vie d'un homme, procure une plus grande maturité et un plus grand discernement. Malheureusement, la réalité ne permet pas un tel regard. A en juger par les problèmes qui minent et divisent le Judaïsme d'aujourd'hui, nous sommes loin d'une sagesse et d'une maturité qui afficheraient fièrement leurs 3700 ans d'avance. Pour prendre conscience de la nature de cette 'avance', il convient de se remémorer le sens philosophique et religieux de Roch Hachana, la nouvelle année juive. Deux éléments caractérisent cette fête. Tout d'abord, Roch Hachana est le moment de ce que l'on nomme 'la Techouva', c'est à dire le repentir. Pour le Judaïsme, la nouvelle année ne peut débuter que si chacun prend sur soi de se remettre en question, de faire son examen moral et psychologique et, en s'améliorant soi-même, de contribuer à améliorer le monde qui l'entoure. D'autre part, le nouvel an juif est aussi la fête de l'Homme. En effet, selon notre tradition, c'est le premier jour du mois de Tichri - date hébraïque de la nouvelle année - que l'Homme fut créé. Les rabbins se posent alors la question du lien qui unit ces deux concepts, celui de la repentance et celui de l'anniversaire de la création de l'Homme. Ils y apportent la réponse suivante : Si la date anniversaire de la création de l'Homme coïncide avec celle de la repentance, c'est parce que seul l'Homme, parmi tous les êtres vivants, est capable de faire cet acte de repentance et de se changer lui-même. Aller au-delà de ses instincts et prendre la décision consciente de changer, voilà ce qui singularise la nature humaine.
Cette transformation n'est certes pas simple et se changer soi-même demande un effort considérable et une volonté de fer. Mais plus difficile que de changer ses propres habitudes, est d'accepter l'idée que les autres peuvent véritablement changer et que l'image figée que l'on s'était faite d'eux n'est peut-être pas la bonne. Dans le Talmud, nos sages rapportent l'histoire suivante : " un jour, Rabbi Johanan sa baignait dans le Jourdain. Un dénommé Rech Lakich, bandit de grand chemin, le vit et sauta dans le fleuve pour le voler et le mettre à mal. 'Tu devrais consacrer ta force à l'étude de la Tora, de la Loi', lui dit Rabbi Johanan. Ce à quoi Rech Lakich répliqua quelque peu abruptement : 'Ta beauté conviendrait mieux à une femme' ! 'Si tu te repentis et changes ta vie, je te donne ma s?ur pour femme', continua Rabbi Johanan. Rech Lakich accepta la proposition et se mit à étudier la Tora et ses commentaires. Un jour, il y eut une discussion dans la maison d'étude sur la question de savoir à quel moment des objets de fer, tels que couteaux et poignards, sont susceptible de devenir impurs ? On s'accordait pour dire que c'était au moment même où leur fabrication était achevée ? Mais Rech Lakich soutenait que c'était au moment où la lame était plongée dans l'eau. 'Le bandit connaît son arme' lança Rabbi Johanan ! Profondément blessé par ce rappel douloureux de son passé, Rech Lakich tomba malade et mourut." (Baba Metsia 84b). Cette histoire, qui par certains égards semble farfelue, nous fait pourtant réfléchir à la cause réelle de la mort de Rech Lakich. C'est ce regard figé que les autres portent sur lui, regard qui lui refuse la possibilité de changer, qui le fait sombrer dans la déprime, dans la maladie et dans la mort.
Malgré un emploi de temps chargé, le Rabbin David Meyer dispensera cinq cours étalés sur toute l'année 5759 dans les locaux du B'nai B'rith. Le thème en sera : "La Relation à l'autre dans le judaïsme". La leçon inaugurale aura lieu le 19 octobre 1998 au 36 rue Dautzenberg, (1050 Bruxelles) à 19H30.
L'Institut Sépharade Européen présente au Rabbin David Meyer et aux membres de sa famille toutes ses plus sincères condoléances pour la perte de son Papa. Que notre ami trouve dans les témoignages d'estime et d'amitié qui lui parviennent, un peu de consolation dans cette épreuve difficile. Qu'il sache que nous partageons son chagrin.