Fin novembre 1897. Sur l'île du Diable. Le capitaine Dreyfus purge sa peine. Condamné, depuis trois ans déjà, pour hautre trahison au terme d'une parodie de procès. Jusqu'ici, Zola a préféré se taire. Depuis peu, pourtant, il est convaincu de l'innocence de Dreyfus. Et perçoit la portée morale d'une affaire dont il fera désormais "son affaire".
"Dreyfus est innocent, je le jure. J'y engage ma vie, j'y engage mon honneur... Et par tout ce que j'ai conquis, par le nom que je me suis fait, par mes oeuvres qui ont aidé à l'expansion des lettres françaises, je jure que Dreyfus est innocent. Que tout croule, que mes oeuvres périssent si Dreyfus n'est pas innocent! Il est innocent."
Le 13 janvier 1898, un cri de révolte s'affiche à la une
du Journal l'Aurore: "J'accuse!..."
Un cri qui fera de Zola "un moment de la conscience humaine..."
Commence alors la période la moins connue de l'Affaire : celle pendant laquelle Dreyfus et les fidèles demeurés à ses côtés font la preuve que les pièces amassées par l'accusation ne sont que des faux empilés sur d'autres faux, et que toute cette histoire n'est qu'une effrayante erreur judiciaire.
Sur ces sept années de combat, on manquait jusqu'ici du témoignage de l'intéressé, dont on n'avait que des bribes incertaines. Philippe Oriol a retrouvé les cinq "cahiers d'écolier" où Alfred Dreyfus a consigné, de son écriture appliquée, le détail de son labeur acharné. Il ne s'est pas contenté de les sortir de l'oubli ; il les a enrichis d'un millier de notes rédigées notamment à partir de lettres elles-mêmes inédites qui dormaient dans des bibliothèques.
L'intérêt de ces Carnets est d'abord de nous documenter sur les années 1899-1907, jusqu'à l'arrêt qui innocente complètement Dreyfus. On y voit passer les grandes figures de Zola, de Jaurès, de Bernard Lazare, celle aussi de son infatigable et admirable frère Mathieu.
Mais il est aussi de nous livrer de Dreyfus un portrait de chair. Lui qu'on a si souvent dépeint comme une "marionnette de zinc" laisse ici passer ses émotions, ses colères et ses espoirs. Il prend vie en rédigeant le récit des événements qui lui rendent son honneur.