Marc-Alain Ouaknin et Dory Rotnemer ont élaboré Le Livre des prénoms bib1iques et hébraïques (l) qui permettra aux parents de mieux choisir le nom de leurs enfants et aux curieux de comprendre ce que signifient, d'où viennent les prénoms.
Mais les auteurs ne se bornent pas a fournir un dictionnaire des prénoms et d'en donner la traduction (Yona: la colombe; Zeev: le loup). Ils décrivent les personnages historiques, bibliques ou talmudiques qui ont porté, les premiers, ces prénoms. Pour certains prénoms célèbres, par exemple Moïse, David, Josué, Adam, Hanna, Benjamin, Devorah, etc, les auteurs nous relatent des événements édifiants, des apologues.
Ainsi David, voyant un jour une araignée dans son jardin, s'étonna devant Dieu: "Pourquoi avoir créé cette créature inutile?" Dieu répondit: " Le jour où tu comprendras viendra". David comprit, lorsque, fuyant devant Saül, il se réfugia dans une grotte. Pendant qu'il dormait. Dieu envoya une araignée qui tissa sa toile sur toute la surface de l'entrée, Saül passa, vit la toile et en déduisit qu'aucun homme n'était dans cette grotte. Il s'en alla et David fut sauvé.
Les auteurs déclinent aussi groupes de prénoms par thèmes. Par exemple les prénoms a connotation botanique: Elon ( chêne), Eshkol (grappe de raisins.) Evoquant le Talmud : Hillel, Chammaï, Akiva... Le thème astral: Aviva (printemps), Livnath (da la lune)...
Un livré à consulter, et surtout à lire.
Du point de vue juif, on les consultera pour leur valeur documentaire et pour les raccourcis de théologie non-juive qu'ils offrent. Mais on ne peut évidemment pas s'attendre a y voir exposées d'autres doctrines que celles de l'Eglise. Sur l'attente du Messie, par exemple, l'idée que "seule la venue de Jésus dissipera sur ce point l'ambiguité des prophètes" est une profession de foi. Sur l' Alliance, dire que Jésus a fondé l'alliance nouvelles est un constat. Mais dire que " l'Ancien Testament ne connaissait pas encore ce don de Dieu " est un autre acte de foi. Et que penser, à vue juive, de cette affirmation: " Par suite de l' infidélité d'Israël (Jr 22,9), le pacte ancien se trouve rompu (Jr 31,32). Israël subira dans son histoire le juste châtiment de son infidélité; ce sera le sens de ses épreuves nationales : ruines de Jérusalem, exil, dispersion" ?
L'exil des Hébreux à Babylone, la destruction de Jérusalem par Titus, la dispersion, sont des phénomènes d'histoire dont les causes sont abondamment documentées. Bien avant Jules Isaac, on avait fait là-dessus toute la lumière.
Il n'est pas convainquant d'expliquer le sens de l'histoire du peuple juif à la lumière de données théologiques.
L'attente messianique a des significations théologiques juives aussi. Et les Juifs ne peuvent évidemment souscrire à l'idée que leur livres sacrés et leur foi ont besoin qu'on dissipe leurs ambiguïtés pour dégager toute leur clarté
Son éditeur, R.Brockhaus, publie également un lexique des personnages de la Bible hébraïque et du Nouveau Testament de Anja Clauberg, Wer ist wer in der Bibel? (4).
On y trouve les informations biographiques sur les plus importants comme sur les plus obscurs protagonistes des Ecritures, avec leur place dans l'histoire profane et sacrée, la description de leurs actions et de leurs principales prises de position et éventuellement une analyse de leur rôle.
Certains, comme cet obscur Wofsi, le père d'un personnage secondaire contemporain de Moïse, ou Hatach, un serviteur de la reine Esther, ont droit à trois lignes. D'autres, comme Salomon, David ou Jésus, sont exposés en plusieurs pages de mini-essai.
Un ouvrage utile, à compulser fréquemment, pour avoir un aperçu clair des traditions chrétiennes sur la vie et le rôle des personnages.
Notes
(1) Albin Michel, 1997
(2) Le Cerf, 1997
(3) R.Brockhaus Verlag, 1998
(4) R.Brockhaus Verlag,1997
Historien et infatigable défenseur de la cause d'Israël, Paul Giniewski vient de consacrer un nouveau livre la "Préhistoire de l'Etat d'Israël"(l). Livre particu1ièrement opportun, après le cinquantenaire de la résolution des Nations unies du 29 novembre 1947 partageant la Palestine, et à la veille du cinquantième anniversaire de la proclamation d'Israël.
Paul Giniewski a été motivé par le constat que la vérité sur Israël est partout faussée. Ainsi, la charte de l'OLP proclame froidement que "l'affirmation selon laquelle des liens historiques ou spirituels unissent les Juifs à la Palestine n'est pas conforme aux faits et ne répond pas aux conditions requises pour constituer un Etat Le judaïsme, étant une religion, ne saurait constituer une nationalité indépendante. Les Juifs ne forment pas un peuple ayant sa propre identité." Et le sionisme serait un mouvement "colonialiste".
Paul Giniewski s'est donc efforcé de montrer qu'en réalité le sionisme et Israël, qui en a résulté, ne sont nullement des "inventions" de Theodor Herzl, remontant au XIXe siècle, mais que l'espoir de retour au Pays d'Israël a animé les Juifs pendant toute la durée de leur diaspora. Et bien entendu, les Juifs d'Occident comme ceux d'Orient, et plus tard les Juifs séfarades.
Dès le sixième siècle avant l'ère vulgaire quand les Hébreux sont déportés à Babylone, ils rêvent du retour à Sion. Leurs prophètes, et pas seulement Amos, Néhémie et Jérémie, leur promettent que Dieu les ramènera chez eux: "Je ramènerai les captifs de mon peuple, Israël, ils restaureront leurs villes détruites et s'y établiront." "Je veux les ramener, les rassembler des extrémités de la terre". "Si je t'oublie, Ô Jérusalem, que ma droite me refuse son service," est leur mot d'ordre. L'auteur donne de nombreux exemples. Au XIIe siècle, David Alroy, l'un des chefs du mouvement messianique du Kurdistan, est persuadé que la persécution des Juifs par les Croisés annonce l'ère messianique, "où le Tout-Puissant rassemblera son peuple pour le ramener à Jérusalem" Les Juifs Bagdad sont persuadés qu'Alroy les fera voyager sur les ailes d'anges . "Aussi, au jour prévu pour leur départ, ils s'assemblent sur les toits de leurs maisons et attendent les transporteurs célestes. Des femmes se disputent la priorité: si deux anges transportaient une mère et son nourrisson, qui l'allaiterait, s'ils étaient séparés pendant la traversée?"
Au XVIe siècle, Don Josef Nassi, duc de Naxos, avait quitté le Portugal pour fuir l'Inquisition. Il développa le projet d'un établissement juif à Tibériade et obtint du sultan le droit de le mettre à exécution. Il expédia des proclamations aux quatre coins du monde juif, exhortant ses coreligionnaires à émigrer en Palestine et à devenir fermiers et artisans dans la nouvelle communauté. Après la mort de Nassi, son projet fut repris par Salomon Ayish, duc de Mytilène, qui, pour donner l'exemple, s'établit à Tibériade avec toute sa famille. De cette tentative on retrouve des vestiges dans quelques vieux villages de Galilée.
Il y eut de nombreuses autres tentatives, à l'instigation de faux messies, tels David Reubeni et Salomon Molkho.
Reubeni réussit à intéresser le pape Clément VII en lui proposant une alliance entre l'Etat juif restauré et la chrétienté contre les Turcs. I1 chercha à obtenir la promesse d'une aide militaire de Charles Quint et de François 1er.
L'un des mérites du livre de Paul Giniewski est de nous montrer comment ces tentatives sionistes avant la lettre s'enracinent dans la tradition religieuse et culturelle des Juifs.
Les sièges d'honneur des synagogues sont orientés vers la Terre sainte. Selon la loi rabbinique, un mari ne pouvait pas forcer sa femme à le suivre, s'il quittait le Pays d'Israël Un mari immigrant au Pays d'Israël avait le droit de répudier sa femme si elle refusait de le suivre.
Selon le "Choulkhane aroukh" de Joseph Caro, si un esclave manifestait l'idée de se rendre en Terre sainte, son maître est obligé de le suivre, ou de le vendre ... quelqu'un qui s'y rendra avec lui! De nombreux dictons talmudiques expriment la suprématie, la centralité du Pays d'Israël dans l'esprit des Juifs: " Celui qui a fait quatre pas au Pays d'1sraël est asssuré d'une place dans l'autre monde". "Propager de mauvaises nouvelles sur le Pays d'Israël est un péché". "Le mérite de résider au Pays d'Israël est égal à celui d'accomplir tous les commandements de la loi", etc...
Cette aspiration à Sion devait se traduire, aux temps modernes et contemporains, par des mouvements d'idées exprimant, bien avant Theodor Herzl, des projets de restaurationjuive en Palestine, avec les oeuvres de Moses Hess ou de Pinsker. Et des mouvements de retour, installant les premiers jalons de la reconqu^te sioniste sur le terrain: ce fut l'oeuvre des " Amants de Sion" et des Bilouim de Russie.
Or le sionisme ne fut pas seulement un mouvement idéologique des Juifs. Des penseurs des utopistes, des hommes politiques non-juifs partageaient les aspirations des Juif Il y en eut notamment chez les Protestants qui, grands lecteurs de la Bible, prenaient dans leur sens littéral les promesses de restauration.
Napoléon par exemple, au cours de sa campagne de Syrie, appela "tous les Juifs d'Asie et d'Afrique à se rallier à son drapeau pour reconquérir l'antique Jérusalem". A Constantinople, le bruit se répandit que des bataillons juifs menaçaient Alep. Napoléon cherchait évidemment à rallier les minorités d'Orient à sa cause. Il est intéressant de constater qu'il avait identifié dans l'amour de Sion l'appel qu'il fallait faire miroiter aux Juifs pour les séduire.
Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, voulait aussi être le champion de la mise en valeur de la Palestine par "la présence de gens estimables et plus particulièrement les Juifs". Il chercha à intéresser Napoléon III à son projet.
Des dizaines d'hommes d'action agirent dans ce sens.
Aussi, quand Herzl surgit sur la scène du sionisme politique, il eut certes le mérite de forger les instruments diplomatiques du mouvement. Mais ses précurseurs avaient depuis longtemps inventé l'idée.
Bien entendu, Paul Giniewski consacre l'essentiel de ses analyses et de ses anecdotes à l'action de Herzl et de ses successeurs. Il montre comment la longue préhistoire du futur Etat juif a influencé les hommes politiques qui ont pensé, puis réalisé le démembrement de l'empire ottoman après la première guerre mondiale. Mais la réussite du projet sioniste fut surtout une " autoémancipation" (c'est le titre du livre prophétique de Pinsker). C'est le travail de transformation du pays aride en terre où coulerait à nouveau le lait et le miel. c'est l'effort militaire: l'auto défense des premiers shomrim de la Haganah des régiment juifs de 1914-18 et de la brigade juive de la deuxième guerre mondiale, qui permirent de tenir en échec les tentatives permanentes de destruction de l'oeuvre sioniste par les Arabes de Palestine et par les pays arabes voisins.
Opposition sans espoir ?
Paul Giniewski relate les espoirs et tentatives de rapprochement "préhistoriques" des deux parties.
A la fin du XIXe siècle, sionistes et Arabes avaient conclu une alliance pour lutter de concert contre le maître ottoman. En 1919, de Dr. Weizmann et l'émir Fayçal le leader de l'arabisme militant, conclurent un véritable trait de paix. En 1947 encore Golda Meir, l'une des dirigeantes de l'Agence juive travestie en femme arabe, se rendit à Amman pour négocier avec le roi Abdallah et éviter la guerre qui se dessinait. Le monarque arabe eut ces paroles de sagesse prémonitoire :
"La divine Providence vous a ramenés ici, vous, un peuple sémitique qui s'est trouvé en exil en Europe et qui a partagé ses gloires; qui vous a rétablis dans cet Orient sémitique qui a besoin de vos connaissances et de votre initiative. Avec votre aide, les peuples sémitiques recouvreront leur ancienne gloire. Nous ne progresserons que si nous conjugeons nos efforts." Mais le front du refus arabe s'opposa à cette sagesse.
Les extrémistes l'emporteront. Et il y eut cinq guerres israélo-arabes. Conduiront-elles en fin de compte à la paix ?
Paul Giniewski conclut son livre sur une remarque que l'on peut qualifier, à la fois, d'optimiste et de pessimiste. Il croit que les rêves d'Abdallah, pas les accords d'Oslo, qui ne seraient qu'une ruse arabe de guerre, conduiront un jour à la paix. Mais il faudra se résigner à une longue attente, "se réconcilier avec l'idée angoissante mais moins angoissante quand on la sait inéluctable d'avoir à vivre le conflit jusqu'à son extinction naturelle. Elle ne se produira pas avant que les poignards du jihad ne soient déposés, pas simplement au vestiaire, mais dans les vitrines, si possible inaccessibles, des musées".
Notes
1) Paul Giniewski : Préhistoire de l'Etat d'Israël, Editions France-Empire, 13 rue le Sueur, 75116 Paris, 1997, 392 pages.
20 % des combattants qui se battent contre la peste brune sont Juifs. 7000 Juifs portent les armes contre le fascisme.
A leur mémoire, à tous ceux qui sont tombés pour la liberté, Dov Liebermann fait ériger un monument à Montjuic, au dessus de Barcelone.
Dov nous a quitté il y a deux ans. Son souvenir reste vivace
et, grâce à Henri Liebermann, notre ami qui a édité
le livre de son père, il reste encore proche et parmi nous. Le titre,
tout simplement Dov, mémoires de Dov Liebermann.
Devoir de mémoire car nos amis originaires de l'île de
Rhodes se souviennent à émotion de leur jeunesse que Vittorio
nous rappelle. Beaucoup d'entre eux ont travaillé pour cette banque
et ceci éveillera encore d'autres souvenirs. Un regret cependant,
Vittorio, à plusieurs décennies de distance, ne semble pas
avoir oublié quelques incidents avec des parents. Il ne le cache
pas et en profite pour régler quelques anciens comptes. Cela aussi
c'est la vie?
Pour nos amis lusitains et brésiliens (ainsi qu'à tous ceux qui maîtrisent cette langue), un ouvrage à posséder.