Nous venons de célébrer deux anniversaires aussi lourds de signification l'un que l'autre : la libération du pays en 1944, celle des camps de la mort en 1945. Cinquante ans de paix, militaire et civile. Je crois le moment venu de m'alléger d'un certain poids de pensées et de réflexions. Celles-ci sont à l'image de mon inquiétude, de mon indignation devant la lâcheté du monde actuel. En même temps, elles sont le reflet de mon immense souhait d'aider encore à circonscrire le mal, d'en appeler à la jeunesse, à sa pugnacité et à sa volonté de combat.
De tous côtés, l'hydre du fascisme ressuscite, laisse éclater les mêmes rugissements que nous avons connus voici un demi-siècle, crachant les mêmes mensonges, les mêmes anathèmes.
Et cependant, oui, je reste confiant dans le destin de l'Homme. Parce qu'il a prouvé, à toutes les étapes de son évolution, qu'il y a en lui une telle conviction, une telle foi, une telle force, que jamais il ne sera dit qu'il a capitulé.
Arthur Haulot est principalement connu pour son engagement politique indéfectible contre le nazisme et la barbarie, à la tête de l'Amicale des déportés politiques de Dachau.
Ilya Prigogine, prix Nobel de Chimie en 1977, a accepté amicalement de préfacer cet essai.
Au-delà du résultat du procès Papon de Bordeaux, le défilé des témoins venus "expliquer" l'Histoire aux ignorants aura au moins eu pour effet de remettre en questions le mythe fondateur de la France contemporaine, voulu et perpétuer par les gaullistes. Maurice Papon, homme d'appareil, est bien le symbole de cette continuité de l'Etat qui, nulle part ailleurs qu'en France, aura été autant lestée du poids d'une idéologie, héritière du culte que les élites de ce pays vouent au pouvoir centralisé, qu'il soit monarchiste, républicain ou, a fortiori, policier.
" Enfin, ce moment que j'attends depuis maintenant seize ans arrive. Enfin, je peux témoigner. Je sais que je vais m'adresser à Maurice Papon, que je vais le regarder droit dans les yeux et que ce regard, il faudra qu' il le soutienne . J'essaie de me maîtriser, de ne pas m' emporter. Cependant, de rappeler tous mes souvenirs, cela fait remonter la colère qui est en moi, toutes mes émotions, mais aussi les pleurs que je tente, malgré tout, de contenir. Par moments, ma voix se casse. I1 ne faut pas craquer. Je ne veux pas m 'apitoyer devant lui. Je ne veux pas m'abaisser devant lui. Je dois refouler mes larmes... Il faut montrer à Maurice Papon que, si nos vies ont été brisées et nos enfances volées, nous sommes là, face à lui, la tête haute."
En rassemblant, dans ce livre, ses souvenirs des années de guerre, Juliette Benzazon a enfin pu se réapproprier l'enfance qui lui avait été volée. En nous donnant ses réactions, au fil des audiences et des événements qui ont jalonné le procès, elle fait, à nouveau, acte de témoignage.
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Dominique Missika est éditrice et rédactrice en chef
de la chaîne "Histoire"
A quelques ki1omètres de Rivesaltes (Pyrénées Orientales) se trouvait le camp d'internement. Il se composait de 150 baraques destinées à accueillir 18 000 personnes, Juifs, Espagnols et Tsiganes, et fut fermé en novembre 1942 après la déportation massive des Juifs.
Friedel Reiter, une jeune infirmière au service du Secours suisse
aux enfants, y travailla un an. Elle y décrit la vie au camp, les
quelques instants de bonheur, mais surtout les souffrances des internés,
le désespoir, le froid et la faim. Ce document est un témoignage
à la fois historique et humain qui apporte une contribution importante
à la mémoire et à l'histoire de la déportation
et des camps d'internement en France.
A l'école en Roumanie, Ficoutza et son frère Albert subissait
déjà des brimades de la part des élèves et
des professeurs. Puis ce fut la guerre, et les jeunes Juifs furent exclus
des facultés. On assiste à l'escalade de l'antisémitisme
de la part des Allemands, mais aussi de certains Roumains qui en viennent
à rejeter leurs propres compatriotes.
Albert s'enfuit alors en Palestine. Ficoutza embarque sur le Mefkure,
avec 300 autres passagers, à destination d'Israël. Le bateau
coule le 5 août 1944, torpillé par les Allemands, malgré
le drapeau de la Croix-Rouge qui flotte à son mât.
Ficoutza avait 19 ans, elle était belle et intelligente?
L'auteur qui demeure "hanté par le souvenir de cette période"
raconte ici sans haine et sans passion, les pogroms de Roumanie, les trains
de la mort, les effroyables massacres de Bucarest.
C'est un témoignage essentiel, dont le style sobre amplifie
encore l'émotion qui s'en dégage, car si l'on connaît
bien l'histoire des camps nazis ou du ghetto de Varsovie, il a été
peu écrit sur la Roumanie, où le gouvernement du maréchal
Antonescu a laissé commettre les pires exactions.
"Ce que nous avons vécu dépasse tout ce qui peut-être
raconté en langage humain", dit Elie Wiesel, prix Nobel de la paix
1986.
Un livre dédié à la mémoire de Ficoutza
et de tous ceux qu'on n'a pas le droit d'oublier, pour que l'horreur ne
se reproduise jamais.
Après Shanghai-la-juive Michèle Kahn nous livre le second volet du destin des Neuman.
Un matin j'ai retrouvé Sarah chez elle avec une étoile cousue sur sa blouse. L'étoile portait l'inscription "juif". Elle criait et refusait d'aller à l'école. Sa mère portait aussi une étoile jaune. La maîtresse fit un discours devant toute la classe pour expliquer que tous les enfants appartenaient à la même famille et qu'une étoile cousue ne voulait rien dire. Tous ceux qui remarqueraient ou se moqueraient des étoiles seraient punis. Je compris beaucoup plus tard qu'elle avait montré beaucoup de courage en osant dire ces choses?