Dans le foisonnement des livres publiés à l'occasion du cinquantenaire d'Israël, tous, loin de là, ne sont pas consacrés à ses réussites. On compte des exceptions. Mais dans la littérature, comme dans la presse, un goût est à la mode: critiquer l'Etat juif et réécrire son histoire dans un sens négatif.
La collection "Omnibus" réunit quelques romans, récits et nouvelle aujourd'hui, pour certains, introuvables en librairie, dont la juxtaposition donne une excellente image du demi-siècle d'aspirations et de luttes qui ont précédé la fondation d'Israël en 1948.
L'Altneuland de Theodor Herzl (dans la traduction de L. Delan et J. Thurez, remontant à 1931) est donné sous le titre de Terre ancienne, terre nouvelle. C'est le roman utopique de "l'inventeur" de l'Etat juif, paru en 1902, et imaginant ce pays parvenu à maturité après vingt années d'existence.
Le Juif errant (1930) réunit vingt-cinq reportages d'Albert Londres à travers les ghettos d'Europe, où les Juifs aspirent au retour à la terre promise.
Ma Palestine d'Edmond Fleg relate son voyage au Pays d'Israël en 1932. Enfants de Palestine d'Elissa Rhaïs (1931) évoque le choc des races, au lendemain des massacres de Juifs en 1929.
Terre d'amour de Joseph Kessel (1927), "photographie" la vie des premiers immigrants. La Tour d'Ezra d'Arthur Koestler (1946) est l'un des classiques du journalisme sérieux et soigné d'hier. Un excellent recueil.
L'Altneuland de Theodor Herzl reparaît aussi dans une traduction de Paul Giniewski, qui se veut très proche des rythmes et du vocabulaire de l'auteur, et avec une préface de l'auteur. Le roman d'anticipation de Herzl y est situé dans sa vie d'homme politique et d'homme d'Etat sans Etat et permet d'entrevoir pourquoi Herzl a renoncé à ses tentatives pré-sionistes de solution du problème juif, et pourquoi il a campé un Etat juif pratiquement non-juif. Il a voulu un pays hyper-moderne, empruntant à toutes les réalisations sociales et technologiques de son temps les meilleurs composants, qui avaient fait leur preuves partout.
L'association France-Israël-Allinace général Koenig a choisi une manière originale de commémorer le cinquantenaire, par un ouvrage de Pierre Elyakim Simsovic.
Cet "homme de grande culture", comme le décrivent André Monteil et Michel Darmon dans leur préface, a su placer chaque composante de l'épopée d'Israël dans la continuité de son histoire"".
Ainsi, Simsovic ne s'est-il pas borné à présenter la psychologie de l'Israélien, la société, l'économie, la stratégie, la politique d'Israël au cours des cinq dernières décennies. Il en raconte les racines dans plusieurs millénaires d'histoire. Mais le texte (dont la profondeur et la charge de pensée surprendront parfois le lecteur avide de simplification faciles) est aussi illustré de documents: courts récits de témoins d'événements, tel par exemple celui de Eytan Guinat, un ancien résistant et chef de réseau de France, arrivé en Israël en 1945, tableaux chiffrés, etc...
Le plus important, c'est que Simsovic n'a pas craint de pratiquer la vérité, et de ne pas se conformer à la mode qu'on retrouve même sous la plume "d'amis" d'Israël, de l'accabler sous les stéréotypes de la propagande de ses ennemis. Il n'a pas hésité à montrer que les accords d'Oslo ne sont pas la paix et que les événements violent les engagements pris et mènent une guerre idéologiques à outrance contre Israël, même s'ils ont signé avec lui des accords interdisant toute propagande hostile.
Il est difficile de comprendre pourquoi Tom Segev, un journaliste du quotidien israélien Haaretz a retenu, dans le récit des premières et difficiles années des Israéliens, surtout leurs faiblesses, leurs échecs et les erreurs de quelques-uns de leurs dirigeants.
Certaines informations sont attristantes. Par exemple, lors de la guerre de 1948, les Israéliens se seraient livrés au pillage sur une grande échelle. Ben Gourion aurait été informé " que les banques de la ville (de Haïfa) recelaient 1.500.000 £ de dépôts appartenant à des Arabes" (p.97). Le gouvernement d'Israël se serait arrogé "une part du butin". Sachant que la masse monétaire en circulation en Palestine se montait en 1948 à environ 100 millions de livres sterling ( Encyclopedia Judaïca, vol.9, col.737), il y a évidemment une erreur quelque part, soit à la source, soit résultant d'une coquille ou d'une inattention. Le malheur, c'est que l'on retrouvera peut-être le chiffre malencontreux dans la littérature politique et historique traitant du conflit...
La mémoire du passé du sionisme est aussi précieuse que celle de la Shoa. Si les faussaires falsifient en Europe l'histoire du nazisme, certains pseudo-historiens réécrivent aussi d'une manière tendancieuse la préhistoire de l'Etat d'Israël.
Jacques Kupfer n'est pas historien, mais il apporte une utile contribution à l'historiographie des sources de l'armée d'Israël pendant la première guerre mondiale, en relatant le combat politique mené par Vladimir Jabotinsky pour la création de la Légion juive. Jacobintsky estimait qu'au moment où les alliés se préparaient à envahir la Palestine turque, " le seul moyen d'attirer l'attention européenne sur nous en une telle époque est de prendre part à l'occupation de la Palestine, si elle à lieu". La Légion donnerait "au peuple juif le droit à la parole à égalité avec toutes les autres nations combattantes". Kupfer cite un certain nombre de faits et de textes qui ne sont accessibles que dans des ouvrages très spécialisés, notamment sur les sionistes allemands de 1914-1918 et le peu d'intérêt manifesté, à cette époque, par la France pour le sionisme, selon Jabotinsky. Delcassé aurait ainsi gâché les chances de la France, un constat qui devrait faire réfléchir certains hommes politiques français d'aujourd'hui.
Préface d'Istshak Shamir.
Shimon Peres nous invite à revisiter Israël en compagnie de Théodor Herzl: un charmant périple à travers les sites que Herzl a décrits dans son Altneuland, et dans son journal intime.
Ecrit avec la collaboration de Patrick Girard et de Stéphane Benamou, c'est un bon itinéraire à travers l'histoire et le présent d'Israël, sa politique et ses problèmes, émaillé de propos à la fois légers et profonds qu'affecte Peres, telle cette expression de Paul Celan: un pays où "vivent des hommes et des livres"...
On regrettera que Peres croit aussi devoir décocher des flèches à ses adversaires politiques, parlant par exemple d'une "fraction de l'extrême droite sioniste, celle qui fait de la colonisation dans les territoires un ersatz de haloutsiouth". Peres croit-il réellement que "si nous le voulons et si nous faisons tout pour hâter la conclusion d'une solution juste et durable du problème israélo-palestinien, nous ne sommes plus menacés d'anéantissement"? Il sait pourtant ce qui se prépare en Irak, en Iran, en Syrie.
On regrettera aussi des affirmations insuffisamment nuancées. L'assassinat de Rabin par un fanatique a été "l'aboutissement de la longue campagne de haine déclenchée par les adversaires des accords signés avec l'OLP". Et Peres de faire état "de l'existence, au sein de notre société, de groupes et de partis favorables à l'émergence de régimes autoritaires et à la primauté des militaires sur les civils". Quels sont ces groupes? Quels seraient leur poids réel sur l'échiquier politique israélien?
Notes
(1) Les presses Solar-Belfond, 12, av. d'Italie, 75013 Paris.
(2) Stock, 27 rue Cassette, 75006 Paris.
(3) Ed. Roland Hirle, 3 rue Saint-Aloïse, 67100 Strasbourg.
(4) Calmann-Levy, Paris.
(5) Ed. Laurens, 115 rue de l'Abbé Groult, 75015 Paris
(6) Ed. N°1, Paris