Vous vous souvenez de Moussa Abadi (ZL) ce fabuleux conteur, auteur de "La Reine et le Calligraphe". En quelques récits courts, imagés, Moussa Abadi faisait revivre les Juifs de Damas...
Il leur fallait une suite. L'univers des Juifs de Damas ne se confinait pas a ces quelques instants fugaces pris ici, là-bas. Cette Communauté, vieille de plusieurs millénaires, avait une histoire et ses gens les leurs. Leurs parcelles de vie.
Mais Moussa Abadi nous a quittés laissant derrière lui, outre les moments de bonheur qu'il a partage avec les siens, celui - que je pensais unique - de savourer encore et toujours cette merveilleuse Reine et ce délicat calligraphe qu'il nous avait offert.
Je les croyais endormis à jamais dans la mémoire de l'auteur, avec lui, pour l'éternité. Je songeais à Moussa dans le Gan Eden, les anges faisant cercle et lui, conteur et magicien oriental, exhumant de sa mémoire, ces personnages du Ghetto de Damas.
Mais c'était sans compter sur Odette, son épouse. Elle vient d'accomplir un acte exemplaire de passion et d'amour: faire revivre Moussa. Les Editions du Laquet viennent d'éditer "Shimon le parjure : mes Juifs de Damas".
En recevant cet ouvrage et en lisant la lettre d'accompagnement d'Odette, des larmes me sont venues. Mélange d'émotion et de joie, de tendresse et de reconnaissance. Par delà le temps, par delà la mort, Moussa Abadi est de retour.
Ces récits que nous offre, avec verve et tendresse, Moussa Abadi, c'est un peu l'histoire de nos aïeux. Qui n'a eu dans sa famille un Shimon parti ailleurs faire fortune jurant, la main sur la mézouzah, de revenir quelques mois après....
La séance du tribunal rabbinique, "Ne nie pas ce que tu as fais. Ne reconnais que ce que tu as fais" assène le Rabbin Maslatone, Le mariage de Abou-Kanar "Cent ruptures de fiançailles valent mieux qu'un mauvais mariage" affirme la marieuse soucieuse de garder l'anonymat c'est notre mémoire collective. Un passage du "boucher et son shohet" est révélateur : Un shohet, veille de Shabbat, examine 5 moutons et les déclare impurs. Le sixième est cacher et Eliahou, le boucher peut donc le vendre. Eliahou éclate en sanglots car il pense, non aux cinq bêtes perdues mais à ce qu'a du endurer la pauvre bête casher, pure, en vivant dans la même bergerie et en broutant dans le même pré que les autres... "C'est tout à fait, dit-il, le destin du peuple hébreu, notre peuple".
Si l'homme oublie ses racines, s'il oublie d'où il vient, sa mémoire est bâtie sur du sable. Aucune transmission n'est possible. Le passé est le garant du futur. Ce que Moussa Abadi nous enseigne, avec ses tranches de vie, c'est d'assumer et de passer le flambeau de notre héritage à ceux qui nous suivent.
Sagesses et bonheur des petites gens. Puisions-nous apprendre.
Dans une "Lettre d'un exilé de mon ghetto", l'auteur cite "Malheur à l'oiseau égaré qui ne retrouve pas son nid."
Nous sommes des oisillons. Retrouvons le chemin de notre nid. C'est l'ultime message de Moussa.
Shimon le parjure. Mes Juifs de Damas
Par Moussa Abadi Editions du Laquet
256 pp - FF 85 (12.90 Euros)
ISBN 2-910333-72-8
Un extrait du livre est en page 19 de Los Muestros.