UNE HISTOIRE DU BUND

Paul Giniewski

Le Bund a été fondé en 1897, l'année même où se réunit le premier Congrès sioniste de Bâle. Pendant des décennies, ce premier parti ouvrier socialiste juif fut unique en son genre, joua le rôle d'un quasi-Etat, sur les plans culturel et social en Europe de l'Est, et pendant des décennies ses effectifs ont été beaucoup plus nombreux que ceux du mouvement sioniste. Aujourd'hui, écrit Henri Minczeles dans l'épilogue de son Histoire générale du Bund (8), "il n'y a plus de Bund sous une forme réellement structurée", il subsiste "encore quelques bundistes ici et là (...) des petits-enfants des pères fondateurs ou quelques responsables communautaires socialistes juifs aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique, en France, en Israël en Australie, qui tenteront de perpétuer une vielle tradition nationaliste dans un sens bien plus culturel que politique".

Henri Minczeles relate le siècle d'existence, d'apogée et de déclin final du Bund, depuis sa préhistoire enracinée dans la misère économique et humaine des masses juives de Russie et de Pologne, qui y réagissaient par la création d'associations d'entraide, de bienfaisance puis de partis de travailleurs juifs, jusqu'à leur brutale suppression par les communistes, enfin leur destruction finale dans la Shoah. Grâce au Bund, les juifs ont même, à certains moments, jouit d'une représentation politique autonome dans les instances représentatives et les structures des Etats polonais et russe.

Mais si l'on ne peut, aujourd'hui, parler du Bund qu'au passé, l'auteur pense que son projet d'émancipation du prolétariat juif "à un moment où le prolétariat existait réellement, son internationalisme militant, à un moment où l'internationalisme existait, ne saurait être nié. Si les événements n'ont pas répondu aux espoirs de dizaines et de dizaines de milliers de militants juifs, le combat des masses populaires juives peut à bon droit être cité en exemple pour les jeunes générations et peut être un exemple à suivre".

Un exemple, sans doute. Mais une réalité évanouie. On a écrit que "Le yiddish fut la sève" de mouvement culturel du Bund. La disparition, faute de lecteurs et d'auteurs, des journaux de langue yiddish, indique, qu'on y soit indifférent ou qu'on soit traumatisé, l'éloquent dessèchement des cette sève.

(8) Denoël, 1999

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