J'ai lu deux ouvrages qui m'ont frappé et qui m'ont ému. Deux romans (mais le sont-ce vraiment…) forts qui retracent, l'un une enfance et l'autre la vie.
Les Gestes de Maya Nahoum, écrivain au talent affiné, nous plonge dans la Tunisie de la fin du Mandat. Mais cela aurait très pu être l'Egypte où je suis né. Ou le Maroc, la Syrie. Où n'importe quel pays arabe. Ambiance de fin d'époque vue par les yeux d'une petite fille et de ses frères, cousins, cousines…. Ambiance chaude et familiale. Pleine de soleil. Avec ses paradoxes incompréhensibles: pas trop de familiarité, de tzara, avec la bonne. Mais celle-ci est invitée, avec les siens, à la bar mitzvah du petit…. Et pourtant la bonne fait partie du paysage familier, que dis-je, de la famille. Ah ! les bonnes de mon enfance, plutôt grande soeur que servante, et dont la confidente était Maman….
Maya Nahoum, avec talent et bonheur, nous fait revivre cette période "entre les deux". Création de "là-bas", Israël fin de l'occupation française. Rien ne sera plus comme avant et, malgré une présence datant de plus de deux mille ans, les juifs partent, certains (beaucoup) "une main devant, une main derrière" c'est à dire nu, ayant tout laissé, tout abandonné. De Tunisie comme du Maroc et d'Algérie, comme de l'Egypte, d'Irak et de Syrie. Nos terres de naissance devenues tout d'un coup étrangères et hostiles.
Les descriptions de Maya Nahoum, sa minutie à recréer le décor, son habileté à rendre la psychologie des personnages, son mélange des langues, font de ces Gestes un monument du genre. Vous aimerez, tout comme je l'ai aimé, ce beau livre paru au Seuil (160 pp, FF 85, ISBN 2-02-038128-1).
Cet ouvrage délicieux nous amène tout naturellement à un livre puissant de Yaëlle König, Fresca paru chez Romillat (256 pp - FF 110 - ISBN 2)87894-058-X).
Dire que ce livre m'a bouleversé reste en dessous de la réalité. J'en ai pleuré et n'ai aucune honte à l'avouer. Nombre d'écrivains ont du talent. Talent de technicien, talent de narrateur, ce talent qu'on se fabrique et qu'on polit, qu'on peaufine savamment, intelligemment. Du talent, Yaëlle König en a. Mais ce talent, sans le coeur, serait froid et sonnerait faux. Or l'auteur a un coeur gros comme le massif de l'Esterel qu'elle aime tant et ce coeur, que dis-je, cette abondance de coeur, elle le met au service de ses personnages.
Chez un autre cette même trame donnerait un ouvrage à l'eau de rose, un livre dans la tradition des romans-photos d'antan, des romans de quai de gare. Certes ils ont leur utilité puisqu'ils font rêver parfois (et ne voyez, dans cette comparaison, aucune critique ni arrière-pensée.…).
Yaëlle König, sans fioritures, réussit à nous faire entrer dans la peau de ses héros ; tour à tout nous sommes Pierre tellement prisonnier de son chagrin qu'il en oublie, presque, sa fille, Solange, petite orpheline de huit ans, déjà femme par la douleur ; Riana, la collègue de Pierre, qui poursuit son rêve de grand amour et se fourvoie, une fois de plus avec un homme petit, lâche et apeuré, jusqu'à sa découverte de Pierre. Et la Provence, présente à chaque ligne, à chaque signe, cette Provence dont Yaëlle nous fait respirer le thym et la lavande sous un soleil flamboyant.
Une histoire d'amour, banale en sorte, mais tellement vraie. Une histoire de vie, plutôt. La vie de tous les jours où joie et peine se conjuguent continuellement. Et, lorsque tout semble bien aller, ce "fatum" ce destin qui s'empresse de tout bouleverser. Blottie autour d'une maison (Yaëlle nous en régale les senteurs et les couleurs) une famille simple, ordinaire, s'est brisée à la mort de Lisiane de son fils Franck. Elle se reconstruira, peu à peu, dans l'amour de chacun envers l'autre, dans l'acceptation de Riana, la nouvelle, la "Mamoune".
Et, comme si Dieu semblait prendre plaisir à éprouver les hommes, cette famille péniblement reconstituée se désagrégera à nouveau. L'homme est redevenu Job….
Avec ce premier roman Yaëlle König, que j'ai le bonheur de connaître, journaliste, productrice, animatrice d'émission de radio et directrice de collection entre de plein pied, dans le cercle très étroit des grands écrivains.
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Signalons le théâtre de Molière qui semble avoir été écrit hier tellement il colle à l'actualité : Le Médecin malgré lui, Le Tartuffe, Le Bourgeois Gentilhomme, L'Avare, Les Fourberies de Scapin, Les femmes savantes, Dom Juan. Pièces drôles, modernes, pleines d'enseignements…
Mentionnons aussi de Prosper Mérimée : La Venus d'Ile, ColombaMateo Falcone (les deux dernières nouvelles se passant en Corse, "terre étrange, voire étrangère au siècle dernier" (est-il autrement aujourd'hui ?).
Nous aimerons les Lettres de mon Moulin de l'immortel Alphonse Daudet. Elles font partie de notre patrimoine, au même titre que la fameuse Trilogie de Pagnol.
Vous n'ignorez pas mon goût immodéré pour l'histoire (surtout celle de l'Egypte antique) et des voyages. Folio me comble personnellement en m'adressant :
La première Pyramide tome 1 (La jeunesse de Djoser) et tome 2 ( La cité sacrée d'Imhotep) de Bernard Simonay. Plus de 1400 pages sur l'histoire d'une des premières constructions de l'homme, la pyramide à degrés de Saqqarah, il y a près de cinq mille ans… Nous sommes transportés dans le temps et faisons la connaissance de ce génial architecte, déifié à sa mort, le génial Imhotep.
De Jean-Michel Barrault Magellan : La terre est ronde. L'histoire de ce grand navigateur portugais qui offrit un empire à son roi….
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