Un livre de Paul Giniewski : LA MUTATION

Herbert Gruner.


Il y a quelques mois, la visite de Jean-Paul II en Israël a constitué un événement spectaculaire, à la fois médiatique, politique
et théologique. Le pape, manifestement, a voulu oeuvrer pour la paix au Proche-Orient. Il s'est rendu dans un camp de
réfugiés palestiniens. Il a parlé de la nécessité de trouver une solution à leur problème. Mais en même temps, le chef de
l'Eglise catholique a su provoquer une adhésion et une sympathie massives dans le peuple israélien, au cours de ses visites au
Yad Vashem de Jérusalem, le mémorial aux victimes de l'holocauste, et au mur du Temple, le lieu le plus saint de la foi
juive. Il y a demandé pardon pour les souffrances infligées par des chrétiens aux Juifs "partout et en tous temps ".

Faut-il rappeler les souffrances infligées notamment par l'Inquisition espagnole aux " Nuevos Christianos ", les Marranes, et
l'expulsion finale des Juifs de la péninsule ibérique en 1492 d'Espagne, et peu après du Portugal, à l'instigation d'Isabelle et
de Ferdinand, les " reyes catolicos " ?

A Jérusalem, Ehud Barak, le Premier Ministre d'Israël, a salué en Jean-Paul II celui qui avait fait faire un bond en avant aux
relations des Juifs avec la chrétienté.

La situation actuelle de ces relations, non seulement leur passé est le sujet du dernier livre de Paul Giniewski -
L'antijudaïsme chrétien : La Mutation - paru aux éditions Salvator (Paris). L'auteur y relate ce qu'a été
l'antijudaïsme au cours de l'histoire, cette complexe association d'éléments sociologiques et théologiques, qui a fait des juifs
des individus et des collectivités tenus pour responsables de la mort du Christ et donc justiciables d'une punition éternelle.
Cette punition, ce sont les pouvoirs civils qui l'ont infligée sous la forme de lois de discrimination dans tous les domaines :
exclusion de nobreux métiers, conversions forcées, accusations de meurtres rituels, commis pour leur procurer le sang
chrétien nécessaire à la fabrication des matsoth de Pessah ( ! ! !), port d'un insigne distinctif infamant, enfermement dans le
ghetto, expulsions et massacres au cours des pogroms et des Croisades.

Mais si l'antijudaïsme a sévi partout, on a assisté aussi, à toutes les époques, et surtout après la Shoah, qui a dessillé les yeux
à beaucoup, à la tendance à modifier "l'enseignement du mépris " comme l'a appelé Jules Isaac, dont Paul Giniewski se dit
un "héritier " spirituel.

L'auteur relate dans la seconde partie de son livre comment se constitue peu à peu le "nouvel enseignement de l'estime ".

De nombreux chrétiens, des épiscopats, notamment de Pologne, d'Allemagne et surtout de France, y ont joué leur rôle, et des
Eglises protestantes aussi. Deux papes, Jean XXII et Jean-Paul II, ont imprimé aux nouvelles tendances de très importants
progrès. On est aujourd'hui au stade, inauguré par le Concile Vatican II de 1965, où le "déicide " ne doit plus être enseigné
comme un dogme religieux. Et l'enseignement des catéchismes tient compte de l'évolution de la théologie et présente la
religion des Juifs de l'Ancien Testament sous un jour nouveau.

Paul Giniewski a apporté à ses analyses une masse de documentation, souvent difficile à localiser dans les ouvrages
spécialisés.

L'auteur analyse également l'influence de l'ancien "enseignement du mépris " sur les relations de l'Etat Juif avec les peuples,
et sur la transformation actuelle de l'antisémitisme classique (qui est distinct de l'antijudaïsme, mais qui présente avec lui des
traits communs) en une nouvelle version : l'anti-sionisme.

Car l'antisémitisme est souvent réprimé par les lois dans les pays civilisés. Mais même dans ces pays, il est licite d'accuser
Israël de tous les crimes, pourvu qu'on se couvre de la "feuille de vigne " que représente l'anti-sionisme, partout virulent et
nulle part réprimé.

L'une des nombreuses présentations historiques de Paul Giniewski est précisément celle d'un anti-sionisme chrétien, qui est
fort ancien. Mais sa contrepartie positive s'est également manifestée : de nombreux chrétiens ont été des précurseurs du
sionisme et ont milité pour la restauration des Juifs au Pays d'Israël. Parmi eux Napoléon Bonaparte, Henry Dunant, le
fondateur de la Croix-Rouge et de nombreux penseurs protestants. Les protestants, en effet, grands lecteurs de la Bible,
croyaient au retour des enfants d'Israël dans leur pays prédit dans les Ecritures saintes.

Parmi les nombreux livres de Paul Giniewski, probablement l'un des plus importants.
Paul Giniewski : L'antijudaïsme chrétien : La Mutation, Edition Salvator, 103 rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris. 700 pages ISBN 2-7067-0258-3 FF 148


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