L'historien israélien Uri Milstein a entrepris un projet très ambitieux : relater L'histoire de la guerre d'indépendance d'Israël (1). L'oeuvre, dans sa traduction anglaise, devrait comporter douze volumes de près de 500 pages chacun. C'est dire son envergure.
Les trois premiers volumes ont paru en 1996 (Une nation se prépare à la guerre), en 1997 (Les premiers mois), en 1998 (La première invasion). Le quatrième volume (De la crise à la décision), a suivi peu après.
Ce volume couvre la période qui s'étale de fin 1947 à la vielle de la proclamation de l'Etat d'Israël.
Au cours de cette période, le yichouv a eu à se battre sur tous les fronts à la fois. Sur le front diplomatique, la Grande- Bretagne soutenait la coalition arabe qui se renforçait, tandis que les Etats-Unis vacillaient dans leur soutien à Israël. Sur le terrain se déroulait une guérilla tous azimuts des volontaires arabes étrangers soutenus par les milices arabes locales. L'unité interne d'Israël sur le point de naître était fragilisée par l'opposition entre la Haganah et les groupes dissidents, Irgoun et groupe Stern. (Lehi).
L'un des épisodes militaires marquants fut la tentative des forces juives de briser le blocus de Jérusalem, par l'opération Nakhson. La capitale était reliée à la plaine côtière par un corridor se rétrécissant aux abords de la ville. Les hauteurs dominant la route d'accès étaient aux mains des Arabes. Assurer la sécurité de la route nécessitait la conquête et l'occupation de plusieurs villages des collines. L'un, Kastel, fut prix et repris plusieurs fois. Un autre de ces villages était Dir Yassin.
Uri Milstein relate minutieusement les événements tels qu'ils se sont déroulés. Le massacre de villageois arabes n'a pas été une «atrocité » commise de sang froid. Ce fut un sanglant épisode d'affrontements sans merci : il a fallu prendre, maison après maison, de véritables fortins où s'étaient retranchés les combattants (notamment Irakiens) au milieu de femmes et d'enfants.
L'une des péripéties de l'affaire de Dir Yassin montre la réalité sous-jacente aux mythes de la propagande. La mystification anti-isaélienne relate que l'Irgoun et le Lehi auraient fait défiler à travers les rues de Jérusalem les survivants de Dir Yassin parqué sur des camions, et que la population leur cracha au visage et les injuria. Les survivants ont été, effectivement, transportés de Dir Yassin à Jérusalem-Est pour être remis aux Transjordaniens. Mais il s'agissait d'un acte humanitaire. Passant à travers le quartier religieux de Mea Shearim, ils ont en effet été l'objet de cris hostiles et de crachats : parce que «c'était le vendredi soir, et non parce que les passagers étaient arabes ; parce qu'ils violaient le shabbat ».
Le mythe de Dir Yassin est né de l'attitude de toutes les parties. Les Arabes ont exagéré ou inventé les faits, parce qu'ils voulaient faire passer les Juifs pour des ennemis cruels et obtenir le soutien des Etats arabes. Les Anglais voulaient «noircir » les Juifs. L'Agence juive et la Haganah voulaient discréditer les «dissidents »
L'un des effets de Dir Yassin fut de produire un mouvement de panique dans la population arabe. En plusieurs lieux, elle abandonna ses positions sans livrer combat.