La faute des Juifs

Paul Giniewsky

 

 

Il est furieusement redevenu à la mode, aujourd’hui, que tout soit de « La faute des Juifs », le titre, précisément, d’un essai récent de Guy Konopnicki (1). Disons d’emblée ce qui nous paraît bon dans ce livre : les coups assénés aux véritables coupables du conflit du Moyen-Orient, et qui sont de simples vérités.

 

Des vérités sur les dirigeants des Palestiniens. Ils « ont choisi une stratégie, ils font du martyr un spectacle, ils envoient les enfants à la mort et l’opinion occidentale s’émeut (…). Les dirigeants palestiniens sont à la guerre ce que les pédophiles sont à l’amour ». La vérité sur le régime de l’Autorité palestinienne : « Certains mouvements pales-tiniens publient leurs revues à Jérusalem–Est, juridiquement sous contrôle israélien, afin de contourner la censure que l’Autorité palestinienne s’est empressée d’établir à Gaza ».

 

Des vérités sur l’antisionisme : « On nie l’affirmation nationale antérieure à la Shoah, on fait de la Shoah le seul acte de naissance d’Israël et bien sûr, on répand les thèses négationnistes, pour prouver que cet acte de naissance n’est qu’une des escroqueries dont les Juifs sont coutumiers. Mais le sionisme ne repose pas sur la Shoah. Il n’a pas été fondé par Adolf Hitler mais par Théodore Herzl. Le sionisme était déjà un mouvement de masse, depuis longtemps, quand Hitler vociférait dans une brasserie de Munich ». Etc.

En revanche, on ne suivra pas Guy Konopnicki dans certaines de ses « vérités » sur Israël et dans les jugements qu’il porte sur Ariel Sharon. L’auteur pense que les électeurs qui ont voté Sharon on fait un « choix regrettable ». C’est son droit, comme c’est le droit d’autrui de penser le contraire,  à savoir que c’était le bon choix. Il s’avère que Sharon a tenté  de sauver Israël du désastre d’Oslo et des conséquences de l’impéritie d’Ehud Barak. Il se peut qu’il échoue ou réussisse dans sa tentative. L’histoire le dira. Mais l’auteur porte aussi un jugement sur un fait d’histoire : « Elie Hobeika (a été) l’assassin de Sabra et Chatila », ajoutant : « L’impunité du criminel ne blanchit, certes pas, son complice. Cependant, l’opinion mondiale ne connaît que Sharon (…). On peut toujours reprocher à Israël l’impunité de Sharon ».

 

Ces propos s’apparentent à ceux que tiennent les ennemis d’Israël sur l’affaire de Sabra et Chatila. Ils dépassent ce qu’on a, regrettablement, entendu dans la polémique interne d’Israël, mais sont difficilement admissibles, même s’ils sont tenus par un ami d’Israël appartenant à une autre mouvance philosophique qu’Ariel Sharon.

 

Konopnicki croit aussi que « la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées » était « une provo-cation ». Rappelons que les documents ont établi que Yasser Arafat avait prémédité et préparé la guerre actuelle de longue date, et que des dirigeants palestiniens l’ont reconnu. De plus, les Israéliens auraient « sans conteste, leur part de responsabilité (dans la fuite en avant vers la violence). Ils ont retardé leur départ des territoires, maintenu des colonies comme autant de provocations inutiles et ils ont même créé de nouvelles implantations ».

 

C’est la thèse des Palestiniens et d’une partie de la classe politique et de la population israélienne. Tout ce qu’on peut constater, c’est que ce point de vue est actuellement fortement minoritaire. Mais dire que c’est un fait « sans conteste » est précisément ce que contestent la majorité des Israéliens. Ils n’ont nullement maintenu des villages et des villes naissantes en Judée-Samarie pour provoquer les Palestiniens, ils considèrent qu’ils sont fort utiles, et ils en créent de nouvelles parce qu’ils considèrent qu’ils sont chez eux sur la Terre d’Israël.

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