Le fils
de Mogador - David Bensoussan
o:p> Les éditions du Lys - 5170 Hingston,
Montréal, Québec H3X 3R4 Canada (prix : 25 € transport
inclus)
Maintenant qu’on a tourné la page du siècle — terrible et terrifiant XXe
siècle — la mémoire plus que jamais fait valoir son droit et son exigence.
Nomadisme, exil, naufrage, arrachement, que de terres nouvelles, que de chemins
escarpés, que de destins contrastés pour tes tentes, ô Jacob, tes demeures, ô
Israël ! David Bensoussan, qui appartient à la communauté sépharade de
Montréal (quelque 20 000 Juifs, venus du Maroc pour l’essentiel), n’oublie pas
son enfance à Mogador — aujourd’hui Essaouira — et c’est donc aux souvenirs
saouris qu’il fait appel dans ce beau livre d’images et de textes qu’il
appelle, filialement, c’est-à-dire pieusement, Le fils de Mogador. Il
avait dix ans lors de son départ, mais pourtant rien n’est oblitéré, ni les
évocations de la ville, ni ses personnages, sa famille, certes, mais aussi tout
le kahal et ses synagogues, ni les expression de terroir, en judéo-arabe,
certes, mais aussi avec des bribes lointainement ibériques, car Mogador fut
d’abord une place forte portugaise du XVIe siècle, et un repaire de corsaires.
Les Juifs, comme dans tout le Maroc, se distinguaient entre toshavim ou
maghrébins et megorashim, c’est-à-dire exilés de Sépharad (l’Espagne).
Ils y occupèrent un mellah des plus importants, qui connut des destins éminents,
soit dans le commerce, soit même dans la politique. David Bensoussan se souvient
des ruelles, des historiettes, du folklore et, surtout, des solennités
religieuses, avec tout ce que cela entraînait de fêtes et de spécificités
culinaires (une anecdote truculente nous rapporte comment le général Franco,
soumis à son cuisinier juif de Mogador, fit, durant toute la campagne du Maroc,
son plat quotidien d’une shkhina chabbatique : pois chiches, blé,
riz, farce, pommes de terre, patates douces, jarret, poulet, œufs durs, le tout
baignant dans une sauce riche et grasse et parfumée. Qu’on s’étonne ensuite des
rondeurs du Generalísimo !). Mais l’auteur rappelle aussi le souvenir des
50 martyrs juifs d’Oufrane qui, en 1790, préférèrent la mort à la conversion à
l’Islam. Il publie aussi un fac-similé du recensement — de triste mémoire — des
juifs mogadoriens établi par les autorités de Vichy avant le débarquement des
Américains à Casablanca en 1942. Bref, tout un pan d’histoire et de précieuse
mémoire que nous restitue avec talent, science, humour et tendresse David
Bensoussan qui fait, comme bien d’autres mémorieux avant lui, une véritable
mitzvah.