Ce livre est tout simplement superbe. Nostalgique, rempli
de bons sentiments (que l’on voudrait partagés !), humaniste. Un livre qui
devrait refléter la réalité mais qui est, en même temps, un formidable livre
d’espoir. Un hymne à l’amour et au respect mutuel, un chant appelant à la
tolérance et au respect de l’autre.
Son enfant
dans la tourmente – ses enfants plutôt – sont le jeune Juif Ange-Abraham et son
ami, son frère, Mustapha, jeune Kabyle.
Le décor, l’Algérie des années soixante déchirée entre le FLN et l’OAS. A
grands coups de couteau, à grands fracas de balles de fusil, d’éclats de
grenade, vent de folie qui secoue Alger la belle.. Les Algériens se battent pour
leur dignité, les Français pour leur terre. Un seul perdant, l’Algérie qui se
vide de son sang. Comme aujourd’hui.
L’amitié
racontée par Ange-Abraham dans son journal est forte et entière, comme toute
amitié juvénile, comme toute amitié devrait l’être. Le jeune Juif raconte une
tranche de vie qui s’étale sur quatre ans, quatre longues années de conflits qui
altèrent les mentalités, qui remodèlent les esprits, qui peuvent même briser une
amitié. Ce n’est pas le cas de ces deux enfants. Leur affection grandit avec le
temps, l’imaginaire la renforce.
Line
Meller-Saïd a réussi la gageure d’entrer dans la peau du petit Ange. Elle
emploie des mots simples pour conter ses émois, ses peurs, ses espérances. Pour
conter, simplement, une amitié qui va au delà des différences, qui survivra à la
guerre, à la peur, à l’absence…
Cette peur
mettra la Méditerranée entre eux. Et un jour de 1962, en France, le téléphone
grelotte : c’est Mustapha qui appelle : « Ange, c’est moi. On va
à la plage ? ». Cette plage est devenue la piscine municipale, l’eau
est javelisée mais, comme le dit Ange : « Seulement moi ici, de
l’autre côté de nos rêves, j’ai retrouvé Mustapha. Alors, en clôture de ce
journal et pour tourner une page de ma vie à moi, est-ce que ca, vraiment, ce
n’est pas mieux… mieux que tout ?
Line
Meller-Saïd est un écrivain de grand talent. Nous nous souvenons de son
« Marché sans Juifs » qui contait la survie (l’agonie ?)
de ces quelques Juifs éparpillés dans cette Algérie qu’ils aimaient tant qu’ils
n’ont pu se résoudre à l’abandonner. Et cet amour se retrouve chez ceux qui ont
choisi la voie de l’exil, se retrouve aussi chez leurs enfants.
Tous souffrent
de cette blessure que subit l’Algérie depuis des années, de cette meurtrissure
dont le monde ne parle même plus. Les morts, par centaines de milliers,
ensanglantent ce malheureux pays. A travers de cette œuvre, c’est une magnifique
leçon d’espoir que nous offre Line et on se prend à rêver : si seulement
chaque Juif avait son Mustapha et si chaque Mustapha avait son
Ange-Abraham ! Que la vie serait alors tellement plus
belle !