Après la Deuxième guerre
mondiale, l'historien Jules Isaac s'était posé la question : "Pourquoi a-t-on
assassiné ma famille ?". Il avait consacré le reste de sa vie à chercher la réponse et avait ressourcé la genèse de
l'antisémitisme en remontant à "l'enseignement du mépris" des Juifs véhiculé par
l'ancienne théologie. Il avait milité pour la mise en chantier d'un
"enseignement de l'estime" et fut l'un des artisans de la réforme théologique
opérée au concile Vatican II. (1).
Léon Poliakov, à la même
épo-que, s'est posé la même question que Jules Isaac; " Pourquoi a-t-on voulu me
tuer ?". Et il avait, lui aussi, consacré toutes ses forces à explorer toutes
les pistes conduisant à l'origine de l'antisémitisme, depuis l'anti-judaïsme
religieux, les variantes anti-juives du racisme, jusqu'à l'anti-sionisme
arabo-occidental, la version contemporaine de la haine des Juifs
(2).
Le titre du recueil
d'articles et d'essais qui paraît aujourd'hui, sur les traces du crime (3),
résume bien ce qu'a été la méthode de Poliakov. Son génie intuitif aussi, qui le
distingue de certains historiens et essayistes qui racontent les découvertes
d'autrui. Poliakov n'hésite pas à ouvrir de nouvelles pistes, même ésotériques,
lorsqu'il explore même les démonologies, les théories des complots, les
fantasmes du 18e siècle sur l'hybridation des races, où ils pressent
autant d'affluents du fleuve antisémite.
Poliakov sait aussi
explorer à fond et faire parler un détail qui passe inaperçu aux yeux d'autres
chercheurs et limiers, devenant précurseur de courants qui se sont développés
après lui. Il consulte, par exemple, un document sur la déportation des Juifs de
Bordeaux. Un train "n'est pas parti faute de Juifs". Aussitôt, Serlin menace son
antenne bordelaise : "Si cela continue ainsi, nous laisserons tomber la France
comme pays de déportation". Détail hyper-signifiant. On dirait un fabriquant
réprimandant son vendeur ou son sous-traitant. Pour les nazis, le Juif n'est pas
un être humain. "C'est une denrée". Malheur à qui met en danger le rythme de la
production d'Auschwitz.
L'intérêt des articles
republiés en 2003 est leur date. La plupart remontent à plus de cinquante ans.
On voit quelles pistes Poliakov a frayées, quelles veine il a ouvertes, qu'il a
d'emblée su exploiter à fond.
Dès 1949, il est établi
que les Alliés savaient tout sur la shoah, absolument tout, et qu'ils refusaient
obstinément de sauver des Juifs. Le 17 décembre 1942 déjà, les Nations unies en
guerre contre les nazis, publiaient une déclaration officielle décrivant le
détail de l'extermination des Juifs sur les arrières de la Wehrmacht et dans les
camps de la mort de Pologne. Mais en même temps, les ennemis du Reich feront
échouer toutes les tentatives d'échanger des Juifs contre des marchandises, de
l'argent ou contre des Allemands captifs.
Toutes les querelles
ultérieures autour de l'attitude de Pie XII étaient déjà clarifiées, avant même
l'exploration des archives, par quelques mots de François Mauriac. En 1951:
l'affreux devoir" de ceux qui ont laissé la bride au cou des nazis "sur le
chapitre de ces pestiférés" (les Juifs), croyant "pouvoir soulager d'autres
misères". Et dans l'exploration de la psychologie des tueurs et des témoins,
Poliakov établit, sur la base de documents, que "le plus grand crime organisé de
l'histoire" a pu s'accomplir par une petite minorité de fanatique, grâce à
l'indifférence de la majorité, parce que les nazis et leurs complices avaient su
massacrer "de manière à ne pas choquer la sensibilité", de manière "discrète,
silencieuse, inconnue".
En quoi la lecture de
Poliakov aujourd'hui, est-elle ou reste-t-elle une clef permettant de comprendre
le crime nazi, comme elle l'a été hier ? Le fil qui relie entre elles toutes les
formes de haine des Juifs, dont Poliakov montre la permanence à travers les
avatars de cette haine, nous fait comprendre encore mieux la nature et les
effets du même crime collectif qui est en train de se commettre contre l'Etat
juif, au nom de l'anti-sionisme.
Poliakov cite un document
de 1949 diffusé par l'agence de presse romaine Fides et reproduit par la
Documentation catholique française. (Nous l'avons, pour notre
part, cité à la même époque que Poliakov) (4). Fides y part en guerre contre
l'Etat d'Israël naissant, avec une hargne qui rappelle les vitupérations toutes
récentes de la "Greuel propaganda" – la propagande de l'horreur – des nazis"…
dans les kibboutzim (…) on procède à 'l'élevage ' à la chaîne et à l'éducation
de la nouvelle race. Dans le débraillé sémite et dans l'exaltation orgueilleuse
d'une vengeance triomphante, se forment les troupes de choc et les tueurs sans
scrupules (…) Nous ne pouvons que souscrire à la pensée déjà maintes fois
exprimée : "Le sionisme est un nouveau nazisme". (…) Seul un obstacle ferme et
déterminé peut réveiller Israël de son délire et (…) ligoter le fou dans sa
crise".
Ce texte; et d'autres à
l'avenant, annoncent et font déjà le pont avec un autre déluge de vitupérations,
celles de l'OLP, du Hamas et de leurs complices occidentaux. C'est déjà la
résolution infâme de l'ONU sur le "sionisme-racisme". C'est déjà tout l'appel de
l'ONU (qui n'est plus celle des Alliés en 1942, mais celle des majorités
automatiques arabo-soviéto-tiers-mondistes et des chancelleries européennes)
pour ramener Israël; à la raison et lui imposer la
capitulation.
On connaît le truisme:
ignorer l'histoire conduit à re-commettre sans cesse les erreurs
passées.
La lecture de Poliakov,
ses visites guidées à travers les documents de l'histoire, permettent
aujourd'hui d'éviter de nous égarer sur l'écueil où les puissances, les médias,
les fantasmes et délires de la palestinolâtrie veulent entraîner les Juifs et
l'Etat juif s'y fracasser.
1. Jules Isaac : Genèse
de l'antisémitisme, Calmann-Levy, 1956
2. Léon Poliakov :
Histoire de l'antisémitisme, Calmann-Levy, 1955-1977, Le Seuil,
1991.
3. Léon Poliakov : Sur
les traces du crime, Berg International , 2003.
4. Paul Giniewski : "Le
sionisme, ce nouveau nazisme", 1 août 1949 Quand Israël combat,
Durlacher, 1957