(traduction du français en judéo-espagnol par Haim-Vidal Sephiha)
S ous la forme d'une remarquable plaquette, cet album catalogue bilingue retrace l'histoire mouvementée de cette communauté des origines à nos jours. L'un des grands segments du judaïsme chevauche les siècles avec les heurs et malheurs des Juifs qui, installés en Espagne au-delà de l'ère chrétienne, se sont développés et ont contribué à l'essor et aux richesses de la civilisation de la péninsule ibérique.
Nous suivons pas à pas le destin des Séfarades qui, imprégnés de la culture arabe vont constituer une véritable symbiose et marquer le début d'un " Age d Or ". Pendant longtemps, Cordoue sera la capitale musulmane de l'Occident et le fruit de la rencontre des trois cultures, musulmane, juive et chrétienne. Une pléiade d'érudits, de rabbins, de poètes et de philosophes, une merveilleuse spiritualité religieuse et profane marqueront les différentes manifestations de la communauté judéo-espagnole.
Mais la " Reconquista " qui va se poursuivre pendant cinq siècles verra les nuages obscurcir la vie juive. Avec force détails, mais cependant d'une lecture aisée, Richard Ayoun montre la dégradation progressive des conditions d'existence des Juifs dans l'Espagne chrétienne qui, de persécutions en persécutions aboutiront à l'année fatidique de 1492, celle de l'expulsion d'environ 300 000 de nos coreligionnaires. À l'aide de cartes très explicites, l'on voit la disparition progressive des implantations juives et les différents chemins de l'exil empruntés pour échapper aux massacres et aux conversions forcées. L'intérêt de ce petit ouvrage est de connaître les points de chute de ces immigrés qui emportent à la pointe de leurs souliers leur spécificité et surtout leur langue, ce vieux castillan devenu le judéo-espagnol. Ils partiront vers la France, l'Italie, la Hollande, l'Angleterre, l'Afrique du Nord, la Turquie ou vers la libre Amérique et modifieront le paysage des pays dans lesquels ils vont se fixer.
Autrefois Juda Halévy, Ibn Gvirol, Maïmonide puis en diaspora, Baruch Spinoza, Menase ben Israël, Amedeo Modigliani, René Cassin ou Pierre Mendès-France, les personnalités ne manquent pas. De même, le rôle de l'Alliance Israélite Universelle est heureusement mis en valeur. Bref, pour paraphraser Simon Doubnov, la patrie de ces Juifs est le monde entier. Avec le rameau ashkénaze d'Europe centrale et orientale, ils représentent ainsi deux versants vivaces et pluriels d un même judaïsme. Eux aussi ont payé un lourd tribut durant la Shoah. Et c'est tout à l'honneur des réalisateurs de cet opuscule de décrire en peu de mots leur martyrologe dans les camps d'extermination, l'hécatombe des Juifs saloniciens notamment. Ce n'est que justice de voir la stèle en judéo-espagnol à Auschwitz, grâce à l'opiniâtreté de Haïm Vidal-Séphiha.
Les Judéo-Espagnols aujourd'hui sont bien moins nombreux certes, mais ils maintiennent avec ferveur les grands moments du passé et le désir ardent de persévérer et d'être les passeurs d'un judaïsme qui n'a pas fini de faire parler de lui. Grâce à une abondante iconographie, des photographies souvent émouvantes, des portraits d'une touchante naïveté, cette belle brochure a sa place dans la bibliothèque de tout honnête homme.
JEAA, Jewish Museum of Thessaloniki, 82 pages,pnc.
Henri Minczeles
communiqué par Vidas Largas