MINORITÉS ETHNOCULTURELLES – TÉMOIGNAGES DOCUMENTAIRES

LES JUIFS EN ROUMANIE (1945 – 1965).

 

Andreea Andreescu, Lucian Nastasa et Andrea Varga- éditeurs collections Diversité Ethinoculturelle en Roumanie – Cluj-Napoca – (Roumanie) 2003 - Préface de dr Liviu Rotman – Université de Tel-Aviv - ISBN: 973-85738-4-x

en roumain :

"Minoritati Etnoculturale – Marturii documentare evreii din Romänia (1975-1965)"Colectia Diversitate etnoculturala ïn Romänia)

Ces documents traitent un sujet qui a été longtemps voulu être ignoré : l'histoire des Juifs de Roumanie, sous le régime communiste. La période, 1945 – 1965 concerne le régime communiste sous la direction de Gheorghe Gheorghiu-Dej, un des dirigeants les plus "staliniens".

Les documents présentés sont, entre autres, des sténogrammes des réunions des membres dirigeants du Parti Communiste Roumaine, mais aussi des rapports envoyés aux dirigeants de Hongrie.

Si des nombreux auteurs ont écrit sur ce sujet, les idées étaient parfois contradictoires. Exemple: dans son autobiographie, le rabbin Alexandre Safran a écrit qu'il a été expulsé de Roumanie, alors que des mois avant son départ (officiellement), il s'est auto-proposé comme rabbin de la communauté juive de Genève (1). Dans son avant-propos, dr L. Roitman de l'Université de Tel-Aviv écrit même: " les conditions du départ de Roumanie du rabbin Safran ne sont pas très claires ".

Une partie importante de l'étude est consacrée à l'immigration des juifs de Roumanie dans cette période. Nombreuses discutions au sein du comité central du Parti Communiste Roumain sont consacré à ce sujet. . Le départ pour l'État d'Israël, récemment créé était considéré comme une trahison. A partir de 1950 nombreux Juifs ont quitté la Roumanie, mais certains, envoyés par les autorités (communistes) roumaines, sont revenus conformément au plan défini antérieurement, avec des discours anti-Israël – à la limite anti-juifs même, afin de décourager les candidats à l'immigration.

Suivant un document des Archives hongroises, un des émigrants en Israël a fait une déclaration, sous l'anonymat, dans laquelle il dit: "…en ce qui concerne le départ des Juifs, celui-ci a lieu suivant les directives de Moscou."

La réorganisation des institutions juives a été décidé par le Comité Démocrate Juif (Bercu Feldman, Israël Bacalu, Iosif Bercu, e. a.) sous la direction du Parti Communiste. Les changements des dirigeants des institutions, le grand rabbin Rosen compris, a été faite sous le contrôle du PCR.

La situation des Juifs de Roumanie a fait objet des rapports envoyés aux dirigeants communistes de la Hongrie. Ceux-ci montraient à quel point les Juifs étaient mal vus par les autorités du fait qu'ils souhaitaient quitter la Roumanie, entre autres. Cette situation n'a fait qu'augmenter l'antisémitisme déjà bien implanté dans la population, depuis avant la deuxième guerre.

Le "problème" des sionistes et de dirigeants des institutions juives d'après guerre, est également développé dans certains documents. La haine contre ces personnes est souvent montrée dans les discutions des dirigeants du pays. Malgré la "auto-dissolution" des organisations sionistes leurs anciens dirigeants sont poursuivis, "jugés", condamnés à des lourdes peines. Un d'entre eux, l'avocat Kiva Orenstein, est décédé en prison. Longue temps après, sa dépouille a été, après multiples démarches et malgré l'opposition de dirigeants de la communauté juive, enterré selon la religion et dans un cimetière juif. Finalement, certains après six années passées dans les geôles roumaines, les dirigeants sionistes sont libérés et la plus part partis en Israël. On peut pas dire qu'il n'y a pas de liaison entre la situation des Juifs en Roumanie et l'élimination de certains membres dirigeants du Parti Communiste Roumain. Au cours des "procès" des "traîtres" Lucretiu Patrascanu, Ana Pauker et d'autres, leurs contacts avec lapopulation juives ou d'origine juive a souvent été mis en lumière. Cela n'a pas empêché que des dizaines d'années après, certains soient "réhabilités".

Dans les documents présentés, le nombre de Juifs en Roumanie est souvent sujet de discutions et de contradictions. Participants à des réunions à l'étranger, des dirigeants juifs de l'époque (B. Feldman, rabbin Rosen) donnaient des chiffres divers: entre 1946 et 1952 ce chiffre a diminué de 428.000 à 200.000, mais ces dirigeants ont soutenu que le nombres des Juifs était de 300.000, ce que, suivant des documents, était de la pure fantaisie. Conformément à un expert berlinois en problèmes juifs, en 1955 les soviétiques ont transmis des informations dans les pays occidentaux, suivant lesquelles en Roumanie les 260.000 Juifs (fin 1953) vivaient "librement" et dans la "joie". Ce message été porté à l'étranger, le plus souvent par les deux personnes citées plus haut. Cet expert ajoute à la fin de son rapport: "Rosen ne savait même pas ce que signifie le mot "rabbin", avant d'être promu dans cette fonction par Feldman, en 1948. Il est seulement un peu plus qu'un agent habituel du régime."

En conclusion, c'est un livre comprenant nombreux documents d'un intérêt certain pour ceux qui s'intéressent à l'histoire juive après la 2 e guerre mondiale dans les pays de l'Europe de l'Est en général et à ceux de Roumanie en particulier.

Joseph Ben Meyer

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