Chaque
année, le petit Larousse, outil de travail et source de documentation pour des
millions d'usager de tous âges, se répète mais aussi se renouvelle
(1)
L'édition
2004, comme celles d'un passé récent, offrent du point de vue juif un contraste
saisissant avec les dictionnaires et encyclopédies de toutes marques, qui, il y
a quelques décennies encore, étaient entachés par les relents de "l'enseignement du mépris" de l'ancienne
théologie, et des imprudences linguistiques, relents de l'antisémitisme
populaire.
Quelques
exemples de ces progrès, qui paraissent aujourd'hui bien
enracinés.
Dans
le Larousse 2004, les définitions de "Juifs", "juiverie", "judaïque", "judaïser"
sont irréprochables et ne véhiculent aucune acception péjorative. N'oublions pas
que naguère, on trouvait pour "Juif" l'acception populaire d'usurier", pour "juiverie", une "rapacité sordide"
et pour "judaïsme" : "… qui s'attache mesquinement à la lettre (…) comme le
faisaient les pharisiens juifs". On mesure le chemin parcouru et quelle idées
étaient inculquées au public qui lisait de telles définitions et leurs
équivalents.
Le
"nouvel enseignement de l'estime" consécutif à Vatican II, le travail des
pionniers qui ont permis une nouvelle approche du judaïsme, tels Jules Isaac et
Jean XXIII, les efforts patients des organisations d'amitié judéo-chrétienne et
de théologiens et de chefs religieux tel Jean-Paul II, ont abouti à une
épuration des doctrines anciennes dont on trouve le reflet heureux dans les
dictionnaires.
Ainsi,
le Larousse 2004 relate, certes, dans son article "Jésus", les certitudes
énoncées par la foi chrétienne, mais on n'y trouve pas la mention de la trahison
de Judas, qui naguère était la règle, et il est mentionné correctement que Jésus
fut "condamné à mort et crucifié sur l'ordre du procurateur romain
Ponce-Pilate". Tradition-nellement, on attribuait souvent cette condamnation au
grand-prêtre, voire au Sanhédrin. Des études récentes, notamment le travail
désormais incontournable de Chaim Cohn, ancien juge à la Cour suprême d'Israël,
ont établi que le grand-prêtre et le Sanhédrin ont cherché à protéger Jésus
contre la justice des Romains (2).
Sur
l'histoire ancienne et moderne des Juifs on trouve de nombreuses données dans le
Petit Larousse. La "chronologie universelle" par exemple, mentionne l'entrée des
Hébreux en Canaan au troisième millénaire av. J.C., la construction du Temple de
Jérusalem en 969-962, la captivité des Juifs à Babylone, la destruction du Temple en 70
et la création de "l'Etat promis au peuple juif" en 1948, afin "d'attribuer une
terre aux Juifs de la diaspora".
Les
données sur la Shoah sont correctement mentionnées, quoique pas très
développées.
Dans
la "chronologie universelle" encore, "l'extermination des Juifs d'Europe" est
donnée pour la période 1941-1945 : "Le drame de la Shoah a pour origine une
politique d'Etat, celle de la "solution finale de la question juive" adoptée par
les nazis, et qui aboutit aux "déportations des Juifs en camps de concentration
où 5 millions d'entre eux seront voués à la mort".
Dans
l'article "Hitler" nous apprenons qu'au cours de la seconde guerre mondiale "est
entreprise l'extermination des Juifs". L'article "Shoah" donne correctement
"l'extermination de plus de cinq millions". A "Birkenau", les "victimes furent
essentiellement des Juifs". L'article antisémitisme" mentionne également que
"de1940 à 1945, au nom de l'idéologie nationale-socialiste, entre 5 et 6
millions de Juifs d'Europe sont exterminés".
Cet
article "antisémitisme" en donne une bonne définition : "Doctrine ou attitude
d'hostilité systématique à l'égard des Juifs". N'oublions pas qu'il y a moins de
deux générations, de grands dictionnaires donnaient encore la définition :
"Doctrine ou attitude de ceux qui s'opposent à l'influence des Juifs" un sens
que n'auraient pas récusé les nazis. Et le Petit Larousse 2004 mentionne bien
que l'antisémitisme fut "alimenté par des croyances calomnieuses", "les anciens
préjugés religieux" et les "théories pseudo-scientifiques du racisme". Parmi les
nouveautés lexicographiques du Larousse 2004 figure un emploi de la notion de
"mémoire", qui est l' "obligation morale de témoigner (…) d'événements dont la
connaissance et la transmission sont jugées nécessaires pour tirer la leçon du
passé (la Résistance ou la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale, par
ex.)"
Comment
se présentent les diverses données relatives à l'Etat d'Israël et au conflit
israélo-arabe ?
La
présentation d'Israël adhère aux faits, même si l'on pourrait souhaiter
davantage de clarté. Quand on lit, par exemple : "1982-1983 : Israël occupe le
Liban jusqu'à Beyrouth puis se retire dans le sud du pays", le lecteur reste
dans l'ignorance des motifs de cette occupation : chasse du Liban l'OLP qui en
avait fait sa base d'attaque contre Israël. La description de l'OLP est
insuffisante : "Prônait à l'origine la lutte armée" ne précise pas que cette
lutte armée n'a jamais été abandonnée, jusqu'à aboutir aux formes les plus
inhumaines du terrorisme. Par contre, le drapeau de l'OLP ne figure pas dans la
planche de couleurs reproduisant les pavillons nationaux. C'est normal, le
contraire eut été inadmissible. Mais le normal n'est pas toujours la règle dans
la présentation des faits, s'agissant du Moyen-Orient et du conflit
israélo-arabe.
Au
total, un bon instrument de travail où l'on voit les progrès réalisés dans
l'apurement et l'éradication des outils linguistiques et culturels qui ont
nourri la judéophobie.
Il
existe également une édition grand format du Petit Larousse (190x280). Le texte
est imprimé un peu plus gros, offrant donc une meilleure lisibilité. Le contenu
est identique, excepté pour le tableau des drapeaux du monde. L'édition grand
format donne l'origine de chaque drapeau (précisant, par exemple, que celui
d'Israël est "inspiré du tallith, le châle rituel de prière") et offre un "atlas
du monde avec son index".
1.
Larousse, 21 rue du Montparnasse, 75006 Paris, 2003-10-23 Chaim Cohn,
Der Prozess und Tod Jesu aus jüdischer Sicht, Jüdischer Verlag, Suhrkamp Verlag,
1997.