Livres, histoire et actualité.

Coran, mode d'emploi

Les crimes barbares des terroristes du Hams, du Hezbollah, du Djihad islamique qui se réclament de la religion : les entraves aux droits de l'homme et à la liberté des femmes musulmanes et des étrangers dans certains pays musulmans : la tentative d'implanter ces statuts restrictifs dans les pays non-musulmans où sont installées des populations de "vrais croyants" ont produit en Occident une curiosité compré-hensible pour le Coran. Comment est-il compris, jugé, voire contesté par les musulmans eux-mêmes ? Qu'est, que dit ce livre dont des assassins se réclament ?

Farik Esack, un musulman rangé par son éditeur, Albin Michel, dans la catégorie des nouveaux penseurs de l'islam" le dit, pour sa part, sans détour : "A la suite des événements du 11 septembre 2001, toutes les librairies occidentales ont vu une ruée sur le Coran. Beaucoup de gens, convaincus que les musulmans étaient probablement respon-sables, avaient très envie de comprendre ce qui, dans ce livre, poussait des musulmans à faire s'écraser sur des immeubles des avions pleins d'êtres humains innocents, dans l'intention de faire encore plus de victimes".

On entrevoit les réponses dans Coran, mode d'emploi (1) où le livre sacré et la civilisation coranique sont présentés tels que les voient et les pratiquent divers courants islamiques et tels que les jugent divers observateurs.

Nous assistons à la naissance du message de Muhammad dans la péninsule arabique, où vivaient des nomades "qui rendaient hommage à des divinités nombreuses" et qui "croyaient cependant en une divinité unique et supérieure qu'ils appelaient 'Allah' ". Parmi eux, comme dans diverses localités, vivaient aussi des tribus et des communautés juives et des chrétiens. "Le Coran lui-même dit très explicitement que le message de Muhammad est à la fois la poursuite et la purification des religions révélées précédentes".

La Bible hébraïque :

une source

Farid Esack expose le rôle joué par le Coran dans la vie des musulmans. Il est à la fois la parole de Dieu qui inspire et commande, mais même pour ceux qui ne le comprennent pas, objet de vénération. "Le texte s'est ainsi transformé en un objet qui a une valeur en soi, une parure pour les femmes, une amulette (…) un tableau à accrocher au mur et à présenter au milieu d'objets de valeur", qui protège du malheur, produit bien-être et vertu. Sa langue même, l'arabe, est devenue langue sacrée, témoin cet usage de brûler et d'enterrer "les pages déchirées ou endommagées de notre livre de lecture", par pur respect. Cet usage n'est pas sans rappeler la pratique juive de la gueniza , où sont relégués les écrits sacrés qui ont subi des atteintes physiques.

C'est loin d'être la seule analogie entre le judaïsme et les pratiques et textes de la religion musulmane. De nombreux personnages de la Bible hébraïque, Noé, Loth, Abraham, Moïse, Isaac, Jacob, David, Salomon, Job, se retrouvent dans le Coran, dans les situations qui furent les leurs dans la Bible, avec parfois, des interprétations divergentes. Les premiers exégètes musulmans se sont appuyés, notamment, "sur de fréquentes discussions avec les Juifs ou des musulmans d'origine juive. Ces discussions conduisirent souvent" à donner "un vernis judaïque à un grand nombre de versets". Le tafsir , la narration illustrative du texte, qui fait souvent appel au folklore proche-oriental, s'est inspiré en grande partie "à l'évidence de la littérature rabbinique". D'ailleurs, Muhammad "proclame une proximité avec (les) traditions scripturaires (des chrétiens et des Juifs) et se présente lui-même comme un vérificateur de ces Ecritures".

Des traditions lourdes de conséquences

Mais cette proximité des traditions monothéistes n'a pas conduit à leur cohabitation pacifique.

On retrouve dans diverses traditions religieuses musulmanes l'origine de l'hostilité envers les Juifs (qui culmine à l'état délirant dans la littérature diffusée à Gaza, à Ramallah, à Damas et ailleurs dans le monde arabe).

Selon ces traditions, à Médine, les Juifs "dans leur ensemble, nièrent la véracité de la mission de Muhammad et sa revendication de prophétie". Nombre d'entre eux s'allièrent à ses ennemis, leurs violations d'un traité conclu avec le Prophète, leur participation présumée à des attentats contre sa vie "conduisirent à leur expulsion". "Le Coran accuse les Juifs locaux et les chrétiens d'avoir volontairement falsifié leurs Ecritures", de sorte que ces "Ecritures précédentes n'ont aucune validité" et que "la seule Ecriture valide est le Coran". La tradition dénonce encore la prétention, prêtée aux Juifs et aux chrétiens, de vouloir bénéficier d'une position privilégiée auprès de Dieu par le seul fait d'appartenir aux peuples du Livre."

On voit où ces imputations et traditions peuvent conduire. "De nombreux versets du Coran", écrit Farik Esack, 'justifient – et en fait encouragent – le recours à la lutte armée pour défendre sa propre liberté et ses droits. Ceux qui sont par principe attachés à la non-violence peuvent avoir un mouvement de recul face à ces versets".

Au total, un livre à lire avec précautions et soin, en ne perdant jamais de vue qu'il expose les doctrines musulmanes du point de vue d'un musulman. Mais qui sait pourtant admettre des vérités incontournables. Ainsi, à propos des femmes par exemple, "on trouve des déclarations de nature générale aussi bien pour affirmer que pour nier l'égalité entre les sexes et, ensuite, quand des injonctions spécifiques sont énoncées, elles sont en général discriminatoires pour les femmes".

On pourra estimer que c'est à la fois peu dire et significatif.

 

•  Farid Esack, Coran, mode d'emploi , traduit de l'anglais par Jean-Louis Bour,

Albin Michel, 2004

*

Les guides rouges

Michelin 2004

Chaque année, au printemps, paraissent les Guides rouges Michelin France, Suisse et Benelux (1).

Le touriste y trouve recensés et sommairement d"écrits les principaux hôtels et restaurants, avec les prix des chambres et des repas, le confort, la qualité de la table. De nombreux symboles renseignent sur l'équipement (air conditionné, chambres réservées aux non-fumeurs, chambres accessibles aux personnes à mobilité réduite, piscine, salle de remise en forme, jardin de repos, etc, etc).

De nombreux plans, à une échelle permettant une bonne lisibilité, accompagnent l'article consacré aux principales villes. Pour les grandes viles, et les villes d'importance moyenne, une liste des noms des rues permettra de localiser aisément les établissements recherchés. Des signes divers indiquent les emplacements des jardins, cimetières, monuments, centres commerciaux, hôpitaux, bâtiments publics, etc. Le voyageur juif trouvera l'emplacement des synagogues signalé par un symbole de couleur rouge : un carré dans lequel s'inscrit un magen David.

Le Guide France est accompagné, cette année, d'un petit ouvrage de près de 290 pages, la Saga du Guide Michelin, présentant, par le texte et des reproductions d'illustrations anciennes, l'évolution du Guide de 1900 à aujourd'hui. Le Guide Benelux est accompagné d'une carte pliante des trois pays.

 

•  Michelin, Editions des voyages, 46 avenue de Breteuil, 75007 Paris.

Un Larousse Pratique

A côté du Petit Larousse, l'outil de base de la culture scolaire et générale dans les pays de langue française, un Larousse pratique (1), élagué d'éléments historiques et de noms propres, et dans illustrations, se concentre sur la langue, en soulignant de nombreuses difficultés et différences de signification de mots très voisins.

Quelles sont, par exemple, les significations exactes de certains termes qu'on est tenté d'utiliser d'une manière interchangeable ? La religion, islam, n'est pas synonyme d'Islam, la civilisation et le monde islamique, ni d'islamisme, qui désigne "l'ensemble des mouvements les plus radicaux de l'islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l'application rigoureuse de la charia et la création d'Etats islamiques".

De même, judéité, l'ensemble des caractères religieux, sociologiques et culturels de l'identité juive, n'est pas l'équivalent de judaïcité, le fait d'être juif, ni de judaïque, qualifiant ce qui est relatif au judaïsme.

Chaque fois qu'il y a lieu, le Larousse pratique donne d'utiles indications de style : le synonyme d'un mot (par exemple issue = aboutissement ou dénouement) ou son contraire (par exemple, pour issue: début ou commencement).

De nombreux tableaux d'aide à la rédaction accompagnent l'ouvrage : Comment exprimer l'idée de cause (comme, en effet, vu que, étant donné…) ; le pluriel des noms composés : comment exprimer l'idée de lieu, sur, sous, près, auprès de, chez…) ; comment exprimer l'idée de temps (depuis que, tant que, dorénavant…) etc, etc.

Un outil pratique qui accompagnera utilement les dictionnaires encyclopédiques.

Paul Giniewsky

Retour au sommaire


- Copyright © 2004: Moïse Rahmani -