Regards sur une culture engloutie
Par Nathan Weinstock – Editions Metropolis
494 pp – 34,60 euros – ISBN 2-88340-144-6
Ces textes choisis et magnifiquement traduits par Nathan Weinstock représentent une anthologie du yiddish éternel, dont on doit espérer qu'il se perpétuera dans les temps à venir.
Illustration exemplaire du monde yiddishophone au cours de siècles, ces contes et ces légendes, aussi bien d'inspiration religieuse que profane, ces récits, ces écrits destinés aux femmes nous font découvrir, sur le vif, ces scènes de la vie quotidienne, cet univers que la Shoah a balayé.
Nathan Weinstock réussit le pari de nous rendre ce yiddish débarrassé de ce folklore niais ajouté pour faire « vrai » alors qu'en fait-il ne sert qu'à le dénaturer .
L'auteur, spécialiste incontournable de cette culture (ne lui doit-on pas mal d'ouvrages qui font autorité) nous étonne, une fois de plus, avec sa vaste culture de ce monde désormais exsangue. Les nombreux récits qui parsèment ce recueil, dont des inédits, enchanteront le lecteur.
Nathan Weinstock a réussi l'exploit, non de traduire – même avec brio et compétence – mais de travailler sur le texte original.
Après s'être fait l'historien du mouvement ouvrier juif européen (on ne souvient de son « Pain de misère » de sa « Couleur espérance » et de ses « Terres promises » , le voilà dans un nouveau rôle qui lui sied comme un gant, passeur de mémoire.
Par Liliane Messika – Ed. Yago
232 pp – 18 euros – ISBN 2-84049-406-X
Sous couvert du roman, Liliane Messika nous livre, avec ce très beau livre, une vision d'Israël et des souffrances que ce pays et son peuple endurent. Une histoire complexe, un drame quotidien et permanent, un conflit qui ensanglante cette terre depuis plus de cinquante ans, restitués au travers d'une histoire.
Liliane Messika est une spécialiste du Moyen-Orient. Militante engagée, journaliste, traductrice (on se souvient de sa belle traduction d'Israël, « Mythes et réalités », collaboratrice efficace de Primo Europe, organisme exemplaire, de diffusion de l'information. Ecrivain a la plume acérée et bien trempée, elle nous restitue, avec finesse, force et conviction, le drame d'un homme, Bertrand Leffaert, non-juif, partagé entre son amour de l'islam – héritage d'un séjour en Iran – et son mépris pour cet Occident si arrogant. Or qui dit Occident, dit aussi Israël !
Un grand roman, une démonstration brillante et efficace, un livre émouvant qui ne se contente pas seulement de nous faire vivre le déchirement du héros, l'ébranlement de ses préjugés et cette lente découverte de la réalité mais nous fait découvrir ce qui est souvent et volontairement ignoré, occulté.
C'est le premier livre de cette toute jeune maison d'édition Yago à qui nous souhaitons bon vent, vidas largas, avec l'espoir qu'elle nous donne encore, bien vite, d'autres ouvrages de la même veine.