Au 12ème siècle, Cordoue a vécu un âge d’or,
unique dans l’Histoire. Les trois monothéismes - judaïsme,
islam et chrétienté - ont alors cohabité en paix, et
se sont enrichis mutuellement.
Puis, avec les différents bouleversements politiques, les temps changèrent,
et ceux qui vivaient harmonieusement ensemble, se retrouvèrent frères
ennemis.
L’action de « La Confrérie des éveillés »,
se situe exactement, pendant ces années de rupture.
Le roman de Jacques Attali, est magistralement bâti sur une double réalité
historique :
- Une réalité politique : l’Espagne du 12ème siècle,
étayée de très nombreux détails, mine de renseignements
pour le profane, rendue plus digeste, grâce à une intrigue pseudo
policière.
- Une réalité de personnages, et plus particulièrement,
Moshé Ben Maymun, grand penseur juif, plus connu de nos jours, sous
le nom de Maïmonide d’une part, et Muhammad Ibn Rushd, le grand
philosophe musulman, dénommé Averroès, d’autre
part.
Fort de cette double structure à toute épreuve, Jacques Attali, nous propose, « La confrérie des éveillés ». Vrai ? Faux ? Le lecteur est apparemment libre d’exercer son jugement, même si, confronté à une telle mise en scène historique, il va lui falloir une forte dose d’indépendance de pensée, pour ne pas être influencé par tant de détails véridiques et vérifiables.
Mais de quoi s’agit-il ?
Une mystérieuse confrérie, composée de femmes
et d’hommes exceptionnels, dispersés dans le monde, détiennent
chacun, un exemplaire du « livre le plus important à avoir jamais
été écrit par un être humain ». Il semblerait,
qu’Aristote soit à l’origine de cette aventure : un livre
qui associerait, sciences et religion.
Mais que contient exactement ce mystérieux livre ? Qui sont ces éveillés
? Quel est le lien étrange qui les unit ? Comment se reconnaissent-ils
?
Maïmonide et Averroès, seront bien malgré eux, lancés dans cette extravagante aventure, et passeront tous les deux, de nombreuses années, à la recherche de ce livre. Leurs chemins se croiseront, puis se sépareront, pour se recroiser à nouveau. Ces deux êtres d’exception, que tout semble séparer, trouveront naturellement un terrain d’entente et d’amitié, grâce à leur intelligence et admiration réciproque.
Penseurs et médecins, ils s’interrogeront sur de nombreux sujets fondamentaux, et plus particulièrement, sur le lien, entre science, religion et philosophie.
La confrérie des éveillés, est un livre étrange, qui juxtapose réalités historiques, fictions et éléments de romans policiers, afin de nous obliger à affûter notre esprit critique, et à réfléchir.
Jacques Attali, semble prendre le lecteur par la main, pour une petite promenade sur un terrain apparemment simple et pittoresque. Mais ne vous y fiez pas, car c’est pour le lâcher au moment opportun et l’obliger, une fois les premiers pas franchis, à prendre son autonomie intellectuelle, et à faire l’effort de réflexion nécessaire, que les sujets profonds évoqués dans ce livre, ne manqueront pas de soulever.
J’ai autant aimé la partie main dans la main que celle que j’ai effectué seule même si cela demande quelques efforts. Un livre qui habite encore le lecteur une fois la lecture terminée.
Berthe Lotsova