L'émotion trop vive en ce moment ne me permet pas de faire un long texte; cependant, je croirai manquer à mon devoir si je n'adressais pas une parole d'adieu à notre chère et vénérée soeur Gioya de Moïse Piha et si je ne payais pas à sa mémoire un juste tribut d'hommage, au moment de nous séparer d'elle.
Gioya, mes frères, faisait partie de la génération
de ces vénérables mères
que nous avons connues et qui imposaient le respect, telles que l'ermana
Perla, l'ermana Boulissa di Pisanti,
l'ermana Mazaltov di Franco, l'ermana Palomba la Mizrahia, l'ermana
Lea di Avram Hasson i otras ... au caractère affectueux,
si obligeante, si serviable pour tout le monde. Elle était
une admirable mère de famille, elle affectionnait tendrement
ses enfants, prévoyante, active pour tous les siens.
Sa maison était ouverte à tout le monde. Chacun trouvait à sa table une hospitalité qu'on acceptait volontiers avec plaisir, parce qu'elle était offerte avec coeur.
Je me rappelle lorsque nous nous rendions à Jadotville/Likasi,
pour une raison ou pour une autre, elle faisait de cette journée
un jour de fête. Nous rencontrions au sein de toute sa
famille
une chaleur pleine d'enthousiasme et de joie, qui nous réchauffait
le coeur tellement elle nous mettait à l'aise.
Lorsqu'elle a dû s'exiler de Likasi, de cette ville
qu'on appelait la ville de lumières et qu'elle a dû,
suite aux événements, abandonner les restes
de son Moïse, décédé
quelques
années avant, ce fut un sacrifice doublement douloureux
à son âge, elle n'a pu se résigner
à être comme une exilée.
Elle sentait le besoin, active comme elle l'était, de se
rendre utile,
ce qui était le fond de sa nature.
Arrivée en Belgique, que ses enfants Elie, Yechaya,
Pauline et Mathy se soient occupés d'elle, rien d'extraordinaire!
C'était leur devoir. Cependant, je tiens à
rendre un vibrant hommage à
Messieurs Elie Saragossi et Claude Deroy qui, depuis de longues années,
depuis que Gioya de Moïse Piha a quitté
le Zaïre, l'ont reá?áue à
tour de rôle dans leurs maisons et veillèrent
sur elle comme la "pupille" de leurs yeux", pour lui accorder le bien-être
et la soigner sans désemparer.
Mais combien c'est douloureux de parler des qualités de Gioya de Moïse Piha, déjà à l'imparfait, alors que ses restes sont encore présents devant nous.
Avec le départ de Gioya Gattegno, dont le type, hélas,
devient de plus en plus rare parmi nous, elle qui était
attachée à la religion comme son époux,
qui puisait dans ce fort attachement
aux pieuses traditions du passé et qui observait de
toutes les forces de son âme les traditions de nos mères,
prend fin le chapitre de l'histoire qui nous liait à la
ville de Likasi.
Chère Gioya, va en paix rejoindre ton cher époux,
qui a honoré la famille, la communauté
de Likasi et le judaïsme du Congo/Zaïre,
recueillir le fruit de votre dévotion. Veuille D. vous
accueillir avec tout son amour et vous faire récolter
le fruit de tout le bien que vous avez prodigué sur la
terre.
Adieu, chère Gioya, adieu.
Que ton âme repose en paix. Aux membres de la famille,
ainsi qu'à ceux des familles Piha, Saragossi, Gattegno,
que ce deuil laisse dans les larmes, je les prie de trouver ici mes condoléances
les plus attristées.
Moise M.Levy