L'éditorial de Moise Rahmani

Vanité des vanités, tout n'est que vanité...

Saches d'où tu viens, comment tu finiras et devant Qui tu devrasrendre compte...


Cette pensée me trotte par la tête. Nos anciens étaient de grandssages. Nous pouvonsapparenter ces mots à ceux que l'homme, auxcôtés du général savourant son triomphe dans la Rome antique,martelait : "Tu n'es qu'un mortel".

Je crois en une vertu essentielle, l'humilité. Je crois quel'orgueil abaisse, rabaisse et détruit.

Hanoucca me fait songer à tout celá?á car Mattatias et ses fils étaient des hommes humbles. Humbles mais animés de l'amour du Tout Puissant. Ces hommes ont sauvé le peuple d'Israël et le miracle de Hanoucca, au-delá?á du miracle de la fiole d'huile, victoire de la Lumière sur les ténêbres, du Bien sur le mal, le vrai miracle de Hanoucca c'est ce miracle de l'humilité sur
l'orgueil.

Israël s'est toujours plié, volontairement, aux injonctions divines. Nation de prêtres (y a t-il plus humble qu'un prêtre, fonctionnaire de D.ieu, au service des hommes ?), Israël marqua l'histoire non par des conquêtes mais par son humilité envers l'Eternel. David, Salomon furent des rois humbles. Moshé Rabbenou fut un homme humble. Isaie, Elie, Job (oh Job combien fus-tu
humble!), tous les prophètes furent des prophètes humbles et dont le message était, aussi (surtout ?) de rappeler aux "grands" l'humilité. La Bible fourmille de tels témoignages.

Si la grandeur de l'homme c'est son humilité, entendons-nous, humilité ne veut nullement dire servilité.

Vous ne trouverez jamais, dans nos livres, dans notre histoire, de la servilité envers D.ieu. L'homme est libre et il lui arrive de juger D.ieu. Est-ce de la servilité ?

Si Hanoucca me fait penser à l'humilité (pensez-donc, une toute petite fiole d'huile...) cette humilité me fait songer à certains de mes amis, si proches, si différents et si semblables.

Je voudrais vous parler d'abord du rabbin d'une Synagogue qu'il m'arrive de fréquenter, de temps à autre, avec plaisir et en même temps avec un petit sentiment mitigé (ne me tenez pas rigueur, Rabbi) ?

Oubliée des "instances officielles" du judaïsme - elle ne fait pas partie du Consistoire - la Synagogue Beth Hillel de Bruxelles, dérange quelque peu. Que voulez-vous, elle fait le plein le vendredi soir, la foule s'y presse le samedi matin. Je ne discuterai pas théologie ou Halakha mais que si je ne me sens pas encore tout à fait à l'aise dans le "rite" libéral - on change peu et mal après des décénies - c'est toujours avec plaisir que parfois je m'y rends. Ce qui me frappe quand on franchit le seuil c'est la chaleur, la tolérance, l'amitié qui y règnent, chaleur, tolérance et amitié telles qu'ont les rencontrent encore dans certaines kéhilot séphardies, qualités essentielles qui sont celles de son rabbin et qu'est-ce une synagogue sinon l'image qu'en donne son chef religieux ?.

Chaleur, tolérance, amitié telles que je les connus en Egypte et, mes souvenirs étant plus précis, surtout dans cette belle terre du Congo, sous la houlette de notre Haham qui fit, des garnements que nous étions (sans rancune mes camarades) des hommes responsables, complétant ainsi le travail de nos parents. Ce que je sais du judaïsme, ce que je sais de notre éthique et de notre morale, je les lui dois et je lui voue, pour celá?á, une reconnaissance infinie. Tous ceux de ma génération et même de celles qui précède ou qui suit (le Grand Rabbin exerá?áa son ministère durant plus de cinquante ans et continue encore à prodiguer conseils et avis à qui les demande) peuvent en témoigner. Grand par son savoir mais modeste à cause de lui. Il est curieux, veut encore apprendre, crois ne jamais en faire "assez". Vous ne l'entendrez jamais étalage de ses connaissances devant celui qui ignore les Ecritures, mais le lettré le
recherche.

Ce qui me plaá?át aussi, c'est la disponibilité à écouter. Tous les rabbins entendent mais écoutent-ils tous ? Tous les homes entendent, mais écoutent-ils tous? L'homme qui demande consei veut être écouté, mais veut aussi que son interlocuteur partage ses doutes, ses craintes, fasse siennes ses peurs et ressente son désarroi.

Ces mêmes qualités je les retrouve en un homme quelque peu différent. Lui est traditionnel. La Halakha, les 613 mizvoth, il les fait siennes. Il connait toutes les règles. Non seulement il les connait mais il les aime et il les pratique. Et s'il vous demande si vous avez mis vos téphilin ce matin est-ce uniquement pour hâter la venue du Machiah qui viendra quand le monde sera devenu meilleur, est-ce uniquement afin de réaliser une Mitzvah, une de plus ? Ne serait-ce pas plutôt pour vous, pour votre simple réconfort? Anecdotiquement, j'ai vu cet homme se priver d'un repas au cours d'un vol long-courrier, prétextant un hypothétique régime mais en fait afin qu'un passager de ses connaissances qui avait "omis" de demander un repas cacher, n'enfreignât point les lois alimentaires. Son emploi de temps est surchargé, croyez-moi. Sur la brêche du matin au soir, il n'hésite pas à proposer ses services pour animer un cours qu'il voudrait bi-mensuel car mensuel ne serait pas assez. Parlez-lui de rénumération et vous le peinez... Proche des jeunes c'est sa voix qui "ouvre" l'antenne de la radio juive le matin. Ce n'est pas trop tôt pour lui et "faire de la radio" n'est pas faire de l'exhibisionnisme. On l'entend, on le lit, on l'écoute. Que de jeunes n'a t-il pas conseillé, non dans un but missionnaire, mais dans un but humain, j'allais dire humanitaire. Il paye de sa personne, de son temps, de son denier. Et il trouve encore le temps d'étudier. Que voulez-vous, n'est pas Loubavitch qui veut !

Quand je pénêtre dans la Synagogue Libérale, ce qui me frappe encore c'est le don de soi. Don de soi en parfaite harmonie avec cet enseignement de Hillel dont elle porte dignement et fièrement le nom : "Mi ain ani li, mi li ? Oukh'ché ani léatsmi, ma ani ? Ve im lo akhchav, ei mataï ?" (Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si je ne suis que pour moi, qui suis-je ? Et si pas maintenant, quand ?). Ce don de soi je le retrouve chez un "Tzadik", un juste, pivot essentiel d'une des grandes communautés d'Anvers. Homme exceptionnel, capable uniquement du meilleur. Par son exemple,
par sa chaleur, cet homme - ce n'est pas un rabbin - emplit tous les matins sa Synagogue. Cet homme dévoue sa vie aux autres, particulièrement aux malades. Nuits et jours il visite les
hôpitaux, console les affligés, apaise les douleurs matérielles. Cet homme, souffrant lui-même, se donne entièrement,discrètement, bénévolement. Il sait se faire entendre quand il demande, non pour lui mais pour eux, pour les démunis, de l'argent. Cet homme qui me gratifie de son amitié pense ne rien faire ou du moins pas assez. Un jour que je lui parlais des Juifs de l'ex Yougoslavie il n'eut qu'un mot "Laisses-moi à participer à cette Mitsvah que de les aider". Laisses-moi ? Il me demandait à moi de le laisser participer à une action charitable! Admirable et cher Yossi..

Quand j'entre enfin à la Synagogue Libérale, ce qui me frappe c'est en plus l'humilité. Humilité dis-je car, je l'ai écrit plus haut, que plus l'homme est grand, plus humble il est. Humilité que je retrouve chez un ^etre peu connu qui anime une organisation méconnue. Beth Lechem. Joyau de notre Yishouv, cette oeuvre aide, dans l'anonymat le plus complet, la discrétion la plus absolue, des dizaines de personnes qui ont faim, qui ont froid.

Vous ne verrez jamais Serge, ou les admirables femmes et hommes de son comité, au premier rang dans les Synagogues et autres lieux. Ils n'ont que faire de ces "bankelsé, de ces kavods. Leur Kavod, c'est d'aider l'autre et ça, ils le font bien.

Et pourtant ces hommes sont orgueilleux. Animés d'un indicible orgueil. Et quel superbe orgueil ! Orgueil d'être juif, orgueil d'être homme avant que d'être rabbin. Et s'ils sont rabbins c'est
rabbin qui aide, rabbin qui écoute, rabbin qui se baisse pour mieux écouter. Rabbin que l'on peut, sans risque, déranger à toute heure car pour l'autre il est présent.

J'aime ces hommes qui trouvent encore, toujours et malgré tout le temps d'étudier. J'aime ces hommes pour leurs certitudes et leur foi. J'aime ces hommes pour leurs doutes de ne pas faireassez pour l'autre. Qu'ils ne m'en veuillent pas si parfois je les envie un peu...

Et que dire de ces autres qui font mon bonheur quotidien. Femmes et hommes "laïques" et dont le nom se conjuge et se confond avec amitié et fidélité et qui se reconnaitront car, à travers ces religieux c'est aussi elles et eux que je vois.

Des hommes tels qu'eux il y en a des dizaines, des centaines, des milliers sans doute et c'est bien ainsi. Ils sont la sève du judaïsme. Sa grandeur et sa fierté. Bien que ses hommes soient
mes amis, l'amitié ne m'aveugle pas. Je crois même être en dessous de la vérité. Sans doute, certainement, je l'espère, les autres rabbins de notre Yishouv sont à l'image que je me fais de mes amis. Et sans doute rencontre t'on cette chaleur, cette amitié, cette tolérance dans les autres lieux de cultes, tous les lieux de culte. Mais je ne puis parler de ceux que je connais et
que j'aime, de ceux pour qui je nourris estime et affection.

Hanoucca est une magnifique fête et tout comme ma famille, mes amis sont ma joie et ma lumière. Qu'ils soient bénis.?

Par simple délicatesse envers mes "traducteurs", mes amis, et ne voulant pas heurter leur modestie, cet éditorial ne sera traduit, exceptionnellement ni en anglais, ni en judéo-espagnol. Je présente mes regrets à nos lecteurs anglophones et hispanisants; je pense qu'ils me comprendront.

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