Mes glorieux frères , par Rena Gelernter

"Un peu plus d'un siècle et demi avant notre ère, une poignée depaysans juifs de Judée se souleva contre les conquérants grécoªsyriens. Ils soutinrent, pendant trois décades, une lutte quin'a presque pas d'équivalent dans l'histoire humaine desrésistances et des libérations. C'était, en somme, la premièrefois que des hommes se dressaient au nom de la liberté...Cette épopée, que les Juifs du monde entier célèbrent encore sous le nom de Hanouka, ou "Fête des Lumières", j'ai tenté de la retracer ici, estimant qu'en ces temps troublés et cruels, il était nécessaire de faire revivre ces antiques vertus humaines".

Ce roman historique a une valeur inestimable par le don de l'auteur de nous plonger dans notre passé héroïque, de nous transporter dans le temps et sur les lieux des événements, de nous faire participer, en quelque sorte, à la lutte inégale de Judas Macchabbée et de ses partisans contre les hordes innombrables de mercenaires, recrutés par les gouverneurs successifs de Judée.

Nous sommes en l'an 167 avant notre ère, à Modiin, village juif parmi de nombreux autres villages juifs.

Modiin respire la paix, en dépit de l'occupation gréco-syrienne, en dépit des lourds tributs et impôts dont sont pressurés ses habitants, paysans qui travaillent dur sur leurs champs de blé
et dans leurs vignes en terrasses.

Car le temps des profanations des synagogues, des écritures saintes, l'imposition de dieux étrangers, des diverses violences, n'est pas encore venu.

Je cède la parole au narrateur : "Nous habitions Modiin, un village à une journée de marche de la ville, peuplé de quelque quatre cents âmes; il groupait des petites maisons en briques, toutes ensoleillées, vieilles et vénérables, revêtues de bouquets de chèvrefeuille et de roses au printemps et en été, avec ses pains chauds et les fromages frais à l'entrée"."Modiin était comme une pépite d'or au milieu de nos vignes, de nos champs de blé, de nos figuiers et de nos carrés d'orge"."Il n'existe pas au monde une terre plus riche que la nôtre, mais il n'y a pas d'autre peuple qui travaille ses champs dans la liberté"."Mattathias ben Simon, un Kohan de la famille de Hasmonéens, y était l'Adon, le père spirituel du village et père de cinq fils, appelés plus tard les Macchabi".

Je cite les paroles du narrateur pour essayer d'expliquer les raisons de la lutte des Macchabi - on dirait aujourd'hui une lutte pour un environnement, un mode de vie à défendre, mais aussi et surtout la liberté. La liberté de vivre selon les traditions ancestrales, où les principes moraux essentiels seraient respectés avec rigueur : "... me voici donc, ce soir, assis à ma table, écrivant l'histoire de ses frères glorieux, à l'intention de tous les hommes - Juifs ou Romains, Grecs ou Perses - dans l'espoir que des profondeurs de ma mémoire sortira un peu de lumière sur nos origines et notre destinée, à nous qui sommes Juifs et semblables à aucun autre peuple, nous qui affrontons l'adversité et les meurtrissures de la vie avec cette sentence étrange et sacrée - Nous étions jadis esclaves sur la terre d'Egypte"."... je ne peux même pas vous parler du vieil homme, mon père, l'Adon, sans parler d'abord de Judas ... comment dépeindrais-je Judas, le premier d'entre nous qu'on appela le Macchabée? ... Je me rappelle les questions de Judas sur notre singularité :

- Simon, pourquoi libérons-nous les esclaves au bout de sept ans?

- C'est la loi et il en a toujours été ainsi. Car nous avons été nous-mêmes esclaves en Egypte.

- L'Egypte, c'était il y a bien longtemps ... Vois-tu, il y a quatre catégories d'hommes sur cette terre : les esclaves, leurs maá?átres, les mercenaires et les Juifs.

- Nous avons des esclaves.

- Nous les libérons, nous les épousons, ils font partie de nous. Pourquoi n'avons-nous pas de mercenaires?

- Je ne sais pas, je n'y ai jamais pensé.

- C'est un fait, nous n'en avons pas ...".

"Le Macchabée, c'est un vieux, très vieux terme, chez un peuple qui a une vénération étrange pour les mots. Nous sommes le peuple du Livre, du Mot et de la Loi et il est écrit dans la loi : Tu n'auras pas d'esclave que tu laissera dans l'ignorance. Dans un monde où bien peu savent lire et écrire chez nous le moindre porteur d'eau le sait et un mot ne se prononce pas à la légère".

"Le Macchabée n'est maá?átre de personne et personne n'est son esclave. Et comme son père, l'Adon, il clamait : Ne t'incline devant aucun homme, pas même devant le Seigneur ton Dieu, car il ne te le demande pas".

C'est donc pour la dignité humaine que luttaient les cinq fils de Mattathias - Judas, Eléazar, Jean, Jonathan et Simon, le narrateur, l'Ethnarque et le Juge de la Judée libérée de l'occupation gréco-syrienne.

Pour la dignité, la liberté et les antiques vertus du peuple juif.

Je cède, pour la dernière fois, la parole à Simon, le narrateur : "Je pense à mes frères; ce n'est que sur un vieux chêne en vérité qu'avaient pû croá?átre ces rameaux si solides. Qu'ils soient bénis et qu'ils reposent en paix, dans la paix et la sérénité"."La vie passe comme un jour, mais elle est aussi éternelle. Bientôt, moi, Simon, le moindre de mes glorieux
frères, j'irai où ils sont allés, mais on se souviendra longtemps des cinq fils du vieil homme, l'Adon Mattathias".

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