" Chana Tova Oumetoka ", par le Grand Rabbin Joseph Sitruk

    La Massora (tradition orale relative à l'écriture des textes sacrés) nous enseigne que le nombre de lettres contenues dans la Tora correspond au nombre d'âmes présentes au Sinaï au moment du don de la Loi (soit environ six cent mille).

Chaque lettre serait donc comme " l'enveloppe " d'une âme, d'un esprit, d'un principe unique. De même que le rouleau de a Tora est dénaturé - non conforme - s'il manque une seule lettre, ainsi en est-il des hommes

Chacun d'entre-nous est porteur d'un message divin; il est venu sur terre pour l'exprimer. Ce message, le génie de chacun, est extrêmement précieux; sa révélation est indispensable à l'humanité tout entière, à commencer par son propre porteur. Le " Génie de notre âme " serait comme le désir profond que chacun ressent en soi de s'unir à son essence qu'est l'Absolu: D.

Mais la vie dans ce monde est une sorte d'exil pour l'âme qui, emprisonnée dans le corps, se trouve confrontée à des problèmes, des angoisses, des instincts, des exigences fonctionnelles qui engendrent un conflit permanent: retour vers la matière ou retour vers D. ?

Je crois, cela dit entre parenthèses, que l'étoile de David, assemblage de triangles opposés, illustre bien ce conflit : l'attraction de la terre (triangle sommet vers le bas) et celle du ciel (sommet vers le haut). La vie - selon la Tora - c'est l'équilibre entre les deux; on peut dire que la Tora veut être la réponse entre ce conflit. Quelle est cette réponse ?

Essentiellement par ce dialogue sincère et intérieur avec D. qui s'appelle la prière.

La prière serait un moment quotidien d'isolement avec soi dans lequel on s'exprime face à D., D. qui attende moment comme l'ont écrit les prophètes d'Israël:  " Prenez avec vous des paroles et revenez vers D. "

Le Talmud commence ainsi: " D. dit " Je ne vous demande que des paroles ". Prendre un instant dans une journée et le consacrer comme un rendez-vous avec un personnage très important mais qui est très proche de nous. L'indulgence divine est précisément un des thèmes majeurs des fêtes de Tichri. Je voudrais rappeler à ce sujet que la religion était une " imitation de D. ", il nous faut nous rappeler de l'enseignement de nos maîtres qui recommandent l'indulgence envers les autres en les jugeant favorablement, d'une manière systématique.

La recherche de la bonne action ou de la bonne pensée doit être un principe permanent dans nos rapports avec autrui.

Rabbi Nahman de Breslav (Grand Tsadik du XVIIIè siècle) nous encourage à cette recherche également envers nous-mêmes. Il faut faire face au découragement qui peut s'abattre sur nous en cherchant nos capacités à faire face aux moqueries, au scepticisme, à la jalousie, et aussi à notre inertie intérieure (on refuse de s'améliorer).

Cette énergie, cet héroïsme, cette ténacité, il faut les découvrir en nous, en partant à la recherche du bien accompli par nous-mêmes. Il n'est pas possible que nous n'ayons pas quelques bonnes actions à notre actif.

Cherchons-les. Elles seront comme un lumière en notre vie, comme des notes de musique qui aideront à composer la mélodie de notre existence.

Un des secrets de la réussite de cette démarche est la décision immédiate. " Aujourd'hui , si vous écoutez Sa voix  (de D. disent les psaumes 97), le meilleur jour pour commencer c'est aujourd'hui.".

Les fêtes de Tichri sont une invite à ce démarrage dans nos vies, acceptons l'invitation.

Essayons de prendre du recul par rapport à notre vie active: grâce à la stabilité qu'il permet d'acquérir, nous nous libérons de l'automatisme et de la routine. L'étape permet de se régénérer pour continuer le voyage de la vie.

Combien heureux serions-nous si cette étape était quotidienne mais profitons au moins de l'étape annuelle pour marquer une première pause.

Certes, il faut aussi " étudier " car l'étude conduit à l'action, mais la prière nous fait connaître l'intention. Loin d'être une diversion par rapport à l'étude, la Tefila est le seul moyen de faire vivre l'étude en l'acheminant vers son but ultime.

Nos maîtres comparent l'homme qui veut revenir vers D. A quelqu'un perdu dans l'obscurité la plus totale. Il cherche la porte de sortie de son labyrinthe obscur. Il suffit d'un éclair de lumière pour trouver sa voie. Cette lumière dans la nuit, c'est peut-être notre prière.

Un mot sincère, vrai, jaillissant de notre bouche pendant notre prière peut éclairer toute la situation et transformer notre existence.

Le Talmud nous enseigne qu'il suffit parfois d'une heure pour réparer des années d'erreur.

Le jour où l'on fait Techouva (repentir) est au-dessus du temps.

Pour cela, faut-il encore chasser nos angoisses, surtout dans le monde d'aujourd'hui où l'homme est écrasé par une somme considérable d'informations souvent effrayantes.

Ce qui est réellement impressionnant chez un vrai croyant, c'est qu'il ne craint que D.. Pour lui, l'équation est tout simple. D. Seul possède le pouvoir, sans Lui, rien n'est possible donc craindre vraiment D. c'est ne craindre plus rien d'autre.

Craindre guerre, fléaux, accidents, maladies, méchancetés, agressions, c'est craindre l'ombre et non l'objet, la source.

Pour cela il faut enlever notre crainte au niveau de la conscience véritable, peser nos actions, les analyses (processus de la Techouva) et alors notre fausse crainte nous quittera et nous aurons restitué la crainte à sa vraie place, à savoir: redouter de faire du mal et désobéir à notre Créateur. On découvrira alors que la crainte conduit vers l'amour de D. qui, et les textes prophétiques abondent en ce sens, nous aime et nous attend.
 
 

COMMENT Y PARVENIR

    L'action prime dans ce monde. Il ne faut pas se contenter de bons sentiments ni même de bonnes pensées. Il faut investir notre vouloir dans des formes et c'est alors qu'il sera significatif.

Le véhiculé privilégié de l'homme qui lui a été attribué par D. à sa création est la parole. Le judaïsme est une doctrine de la parole.

La parole du verbe est considérable.

Comme D. a créé le monde par Sa parole, ainsi l'homme peut tout transformer par un mot à condition qu'il soit sincère.

Le Zohar nous enseigne que le visage humain a sept portes: les yeux, les oreilles, les narines et la bouche: sept chemins par lesquels arrivent les idées, les sensations, les informations venues de l'extérieur.

Le Zohar ajoute que ces sept portes sont les sept lampes du chandelier. La " Menora " c'est la tête.

Le Rabbi Nahman explique qu'en purifiant nos sens, en utilisant les sept portes de l'esprit pour n'y faire circuler que des choses pures et nobles, notre chandelier va briller: c'est la Chehina (la Présence de D.) qui habite alors l'homme.

Dans le chandelier du Temple, la Menora, les six flammes latérales convergeaient vers la flamme centrale (comme les six jours de la semaine convergent vers le chabbat). Dans nos facultés, tout converge vers la bouche, vers la parole.

Si l‘homme s'emploie à éviter le mensonge, la moquerie, la calomnie et la flatterie, il purifie l'axe central de son système et parvient ainsi au plus grand degré de sainteté.

Voilà la grandeur de Yom Kippour pour redécouvrir le vrai sens de la parole qui est d'abord prière et étude et qui va nous guider dans toute notre existence.

Il peut arriver que nos prières semblent sans retour: nous n'avons pas constater de résultats immédiats, l'issue n'était pas celle que nous espérions.

 
 

IL FAUT SAVOIR QU'AUCUNE PRIÈRE N'EST VAINE.

    Il y a des prières qui sont suivies de réponse immédiate, d'autres qui ne seront satisfaites que beaucoup plus tard; d'autres encore qui sont " enregistrées " et s'accumulent à notre actif pour nous venir en aide au moment où nous en aurons le plus besoin.

Profitons donc de ce rendez-vous d'automne pour chasser les tristesses et retrouver la joie. Joie de se parfaire et de réussir sa vie, c'est à dire d'accomplir sa mission.

Souhaitons enfin que grâce au faisceau de toutes vos prières sincères durant ces fêtes, qu'une grande lumière illumine notre communauté dans sa route spirituelle et que ce rayonnement soit une source de joie et de bonheur pour tous et toutes et pour l'humanité entière.

Qu'il me soit permis de vous adresser à tous, en ce début d'année, chers amis, nos voeux les plus ardents de bonne et longue vie, la concrétisation de tous vos désirs pour le bien, la bénédiction divine pour toutes vos actions et la réalisation de toutes les prophéties divines pour la PAIX en ISRAËL et dans le monde. Amen.

 

CHANA TOVA OUMETOKA: une bonne et douce année.

                                                                                         Grand Rabbin Joseph Sitruk

 

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