Editorial

 

Ma Nichtana

 L'approche de Pessah amène chez moi un questionnement. Bien sur il y a les questions posées par les enfants et notre devoir, à nous qui les posions il y a si (ou pas si) longtemps est de transmettre les réponses à ceux qui, à leur tour, répondront aux mêmes questions de leurs enfants. Eternel recommencement qui ne dure que depuis quelques milliers d'années.

Au delà de cette demande, il y a le " qui suis-je " et le non moins crucial " que fais-je ".

Je vous ai conté cette maxime du Bal Shem Tov qui voulait changer le monde. Devant son insuccès il essaya de changer son village. Nouvel échec. Puis sa communauté, sa famille et enfin, devant cette absence de réussite il essaya de se changer lui-même espérant ainsi changer sa famille, sa communauté, son village, le monde.

Je pensais avoir compris. Je comprends maintenant que je n'ai rien compris car il faut toujours essayer de changer le monde. Et si on ne réussit pas, il faut tenter encore. Encore et toujours. Se changer soi-même, bien sur mais toujours tenter de changer le monde aussi. Changer le monde. Ceci est, pour moi, la grande leçon du judaïsme.

Il faut avoir en soi la grande révolte de ses 15 ans. Révolte devant l'injustice, devant la misère, devant l'intolérance. Il faut avoir en soi l'émerveillement de ses 15 ans. Emerveillement devant un sourire, émerveillement devant une phrase, émerveillement devant un coucher de soleil. Il faut avoir en soi la grande passion de ses 15 ans. Passion du premier amour, passion de ses idées, d'un idéal. Il faut avoir en soi la loyauté de ses 15 ans. Loyauté de l'amitié et de son groupe, de son clan. Il faut avoir en soi le mépris de ses 15 ans. Mépris du bluff, de l'argent, de l'ignorance. Il faut avoir en soi la contestation de ses 15 ans. Contestation des idées faites, des affirmations préconçues. Il faut avoir en soi la rage de ses 15 ans. Rage de changer le monde et de tout tenter pour y arriver. Il faut avoir en soi l'ardeur de vivre de ses 15 ans. Ardeur de vivre une vie, deux vies, trois vies, dix vies. Il faut, tout en ayant 40, 50, 60 ans ou plus, avoir toujours 15 ans dans son coeur afin que la vie puisse être digne d'être vécue.

Si je me trompe, alors que D. me pardonne. Mais je crois que nos patriarches, les grandes figures de notre histoire, les Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, David, Salomon, nos Sages, Hillel, Akiba, Bar Yochai et les autres, avaient, dans leur coeur, 15 ans, mes 15 ans. Ah si je pouvais avoir, moi, leur 15 ans....

Retour au sommaire



- Copyright © 1997 Moïse Rahmani <mrahmani.ise@skynet.be> -