Courrier du lecteur

Paris, le 10 janvier 1996

Cher ami,

Cela fait bien longtemps que nous n'avons pas échangé de lettres. Un certain nombre de circonstances m'amènent à vous écrire ces quelques mots.

Premièrement, à propos de l'article sur les Falachas : les Falachas ont été " découverts " la première fois par le RADBAZ (David Ben Abi Zimra) qui fut rabbin au Caire au XVIe siècle et qui, soit dit en passant, a été celui qui enseigna au ARI le Zohar et la Kabbale. Le RADBAZ donc avait pris contact avec les Falachas, les avait déclarés Juifs à part entière dès cette époque. Par ailleurs, une mission organisée par l'Alliance Israélite et confiée à Haïm Nahoum, alors Grand Rabbin de l'Empire Ottoman (Hakhamtbachi) prit contact avec eux, au début de ce siècle. Lui aussi les déclara Juifs et d'ailleurs put faire bénéficier d'une bourse deux jeunes Falachas afin qu'ils viennent étudier au Grand Séminaire Israélite de Paris (l'un d'entre eux devait mourir). De cette mission, Haïm Nahoum a décrit une relation extrêmement importante où il évoque pour la première fois l'hypothèse de l'origine égyptienne. En effet, soyons clair : les Falachas ne sont pas une branche du judaïsme égyptien tardif, mais il est plus que probable qu'ils soient les descendants (au moins une partie d'entre eux, la plus ancienne, depuis africanisée) de ces Judéens qui tenaient la forteresse d'Eléphantine au quatrième siècle avant l'ère chrétienne (ce furent des mercenaires de l'Empire perse) et qui à l'occasion d'une révolte gagnèrent de proche en proche l'Ethiopie. Qu'un apport yéménite plus tardif vint renforcer ce groupe de départ n'est effectivement pas exclu. Quoi qu'il en soit, les Falachas ignorent le Talmud bien évidemment et ignorent aussi le redoublement des premiers jours de fête (ce qui fut le cas des Judéens d'Eléphantine comme le témoignent les documents qui nous sont parvenus), il est donc probable que cette diaspora est extrêmement ancienne et en tout cas antérieure au deuxième siècle avant l'ère chrétienne. Voilà quelques précisions qui me semblent importantes de rappeler.

Par ailleurs, je tenais à signaler le décès de mon cousin - homonyme Jacques Hassoun, survenu à Bruxelles au mois de décembre. Jacques Hassoun était le fils de mon oncle paternel Salomon Hassoun (né à Tanta) et de Marie Berro (née à Rhodes). Mon cousin quitta l'Egypte au début des années 50, nanti d'un bac anglais et d'un bac arabe et il alla s'établir auprès de sa famille maternelle à Elisabethville. Plus tard, il put faire venir sa famille (son père a été interné pendant plusieurs semaines en 1956 en Egypte). Après les événements qui ensanglantèrent Elisabethville, il quitta le Congo pour l'Espagne. Atteint d'une tumeur cérébrale en 1973, il fut (mal) opéré à Londres, opération dont il conserva de graves séquelles.

Je sais qu'il est d'usage de dire du bien des morts, mais je voulais simplement dans ces quelques lignes dire de Jacques Hassoun qu'il fut d'abord et avant tout un homme juste et infiniment bon.

Merci de faire passer cette lettre dans votre revue.

Bien sincèrement vôtre

 
                                                                                    Docteur Jacques Hassoun

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