Nous étions attachés à une terre
Nous étions attachés à une terre
pour tout relief, un visage aux contrées
lointaines tout nom égaré des pactes
par centainesà chaque parler étrange
un laisser passer à notre ouïe infinie
Peggy Ines Sulta
49 Juifs originaires d'Egypte furent déportés de France par les Nazis. Aucun n'est revenu des camps de la mort pour témoigner. Trois d'entre-eux m'étaient apparentés.
Israël Camille, fille Cohen, née à Alexandrie en 1910
Israël Félix, né à Alexandrie en 1907, partis de Dranoy, dans les convois 54, 55, 56, 57 entre le 10/02/1944 et le 13/04/1944.
Salomon Israël, né à Alexandrie en 1918 déporté le 25/02/1944.
Les souvenirs évoqués, libres de chronologie et de fil conducteur sont une partie de ce qu'il ne purent ni évoquer, ni transmettre.
Cette fracture de vie de témoins qui n'auront jamais 40 ans, explique le décousu du texte.
Yeho dans l'île Éléphantine à Assouan (Haute
Egypte), date du 5e siècle avant J.C. Il fut détruit en 410
avant J.C. puis reconstruit à l'époque Perse, sous le règne
de Darius Ier. Les soldats hébreux qui défendaient alors
l'Egypte contre les attaques des guerriers nubiens, y portaient des offrandes.
Ils célébraient la Pâque, mangeaient des azymes et
immolaient un animal sacré sur l'autel de ce temple. L'île
Éléphantine est au XXe siècle un jardin botanique
où sont réunis toutes sortes de plantes et d'arbres tropicaux.
On y respire des odeurs capiteuses, mélange subtil d'épices
et d'aromates.
Il rivalisa pendant un temps de magnificence et de splendeur avec celui de Jérusalem. Il sera fermé en 73 après J.C. sur l'ordre de l'Empereur Vespasien. Le lieu présumé de son emplacement, interdit de fouilles, est encore appelé " Tel El Yahaud ", la colline aux Juifs.
On peut lire une inscription placée au-dessus de la Teba de marbre
blanc rappelant qu'en ce lieu Moïse invoqua le nom de l'éternel.
Il existe dans cette synagogue des magnifiques panneaux de bois sculptés
de lettres hébraïques. Des synagogues dont une irakienne et
une karaite existèrent à Fostat jusqu'au 15e siècle.
Le voyageur Benjamen de Tudèle dénombra dans la seconde partie
du 12e siècle une population de 7000 Juifs à Fostat. Il précisa
que les fidèles des synagogues palestiniennes et babyloniennes avaient
coutume de se retrouver pendant les fêtes de Shavouot et de Simcha
Tora.
Cette Synagogue connut tour à tour des assemblées de fidèles karaites, puis sépharades. A partir du 15e siècle, elle fut réservée au seul rite égyptien. Elle fut démolie en 1975.
En 1967, une dernière restauration fut effectuée à Roch Hachana en 1973, le toit de la synagogue s'effondra et depuis l'Ekhal demeure à ciel ouvert.
Les Juifs aisés s'établirent depuis le 19e siècle dans ce quartier résidentiel. Ils construisirent les 4 synagogues suivantes :
- Hanan : édifiée en 1900 par Ibrahim Youssef Hanan, mon aïeul, dans un baroque flamboyant, alors à la mode.
- Pahad Ishak : construite en 1932, par des négociants syriens de lainages et de tissus, qui travaillaient dans le quartier du Hemzaoui.
- Neveh Shalom : elle est de style vénitien avec du marbre blanc à profusion et des boiseries de cèdre. Elle s'articule autour de 2 rangées de colonnes de marbre qui s'évasent en chapiteaux sculptés de motifs floraux. Toute la Communauté se retrouvait les jours de fête dans son vaste jardin planté de glycines, flamboyants et jasmins. Le jardin fut longtemps propice aux rencontres des jeunes gens venus retrouver une tendre amie sous le regard complice des parents.
- Nessim Eshkinazi : construite en 1894 par une donateur qui malgré son nom n'était pas ashkénaze.
Un usage très ancien, ayant force de loi, stipulait qu'aucun
Juif, aussi riche fut-il, ne pouvait faire bâtir une synagogue à
son seul usage. Sitôt construite, elle devait être la propriété
de la Communauté toute entière.
La construction d'une Yechiva était subordonnée à l'obtention d'une autorisation écrite et pas seulement orale de 7 sages ou de 7 notabilités de la communauté.
Il lui était néanmoins interdit de se tenir en face ou à côté de l'Ekhal.
A Alexandrie, un non juif plaçait des bougies supplémentaires à côté du Ner Tamid. Sa fonction consistait à les allumer à la sortie du Shabat.
Cette même personne enregistrait également les noms des donateurs ainsi que les montants annoncés après la lecture de la Torah, le Shabat et les jours de fêtes. Les fidèles, jusqu'au XIXe siècle, avaient l'habitude de se laver les mains, avant l'office, dans une bassin de cuivre rutilant appelé Ibrig et avec une poudre nommée Dugag, qui mélangée à l'eau, donnait un produit moussant.
Avant Pessah, les meules de pierre du moulin communautaire étaient
soigneusement brossées et lavées à grandes eaux. Ensuite
on farinait du lupin sec. Cette opération cachérisait les
meules qui pouvaient désormais moudre une farine non suspecte de
Hamès.
L'usage des bains rituels tendit à diminuer au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, du fait du manque d'hygiène et l'impossibilité d'écluser les eaux souillées.
Plus tard, Rabbi Raphaël Aaron ben Simon, grand-rabbin du Caire de 1891 à 1920, préconisa l'achat de pompes destinées à amener de l'eau pure et de la stocker dans des bains carrelés et pourvus d'un système d'évacuation.
La somme était reversée par le Cohen à la caisse de la synagogue. Cette cérémonie donnait prétexte à faire la fête et à convier voisins et amis.
A table, il y avait abondance de fruits et tout spécialement des grenades et des dattes fraîches. Les enfants plantaient en avance une mini plantation de grains de blé qui germaient dans des récipients tapissés de coton imbibé d'eau.
Les maîtresses de maison préparaient, pour le plaisir de
l'oeil et du palais, des confitures caramélisées de 2 fruits
primeurs les courges et les coings.
Les oeufs durs servis au cours du repas pascal étaient plongés dans une décoction de café, ce qui leur donnait une couleur marron marbré, rappelant elle aussi les briques d'Egypte, faites aujourd'hui comme jadis, de paille hachée et de limon du Nil.
A côté du Haroset aux dattes et aux raisins noirs de corynthe,
il y avait, pour le contraste de la couleur, des confitures de noix de
coco blanches et floconneuses.
On brûlait, ce jour un mannequin d'osier habillé d'une
galabieh et coiffé d'un turban. C'était le perfide Haman.
Ce dernier rejeta l'ordre et s'enfuit pour Constantinople où il avisa le Sultan Soliman Ier de la trahison du gouverneur, tout en l'assurant de sa loyauté.
Dans le même temps les janissaires mameluks d'Ahmed El Shaitan attaquèrent le quartier juif et exigèrent le paiement d'une énorme rançon . Le Grand Rabbin demanda un délai de grâce et institua le jours du 18 Adar comme jour de jeûne public avec des prières dans toutes les synagogues. Le jeûne n'avait pas encore pris fin que des troupes loyalistes alertées délogèrent les mutins et rétablirent Abraham de Castro, bientôt de retour, dans toute la dignité de ses fonctions.
Plusieurs mois à l'avance, les préparatifs fébriles s'organisaient à grand renfort des meilleures couturières et du choix difficile des plus belles soieries.
Ma mère âgée de 93 ans me raconte qu'enfant elle voyait ses parents partir en frac et robe longue pour aller valser sur des airs des Strauss, père et fils, Juifs convertis à un âge avancé.
Après la déclaration de guerre de 1914, les Anglais décidèrent de mettre sous séquestre les biens de tous le ressortissants ennemis.
La Baron De Heller, fier de son passeport et de son Kaiser, réussit à contourner cette disposition en confiant, par un habile jeu d'écritures, l'ensemble de ses biens à mon grand-oncle. Ce dernier les restitua intégralement, la guerre finie, augmentés et diversifiés, grâce à une gestion intelligente. Happy end, cela lui valut plus tard de devenir l'associé du Baron.
J'ai souvenir des dîners fastueux, qui se tenaient tous les soirs, chez mon grand-oncle. Dans la grande salle à manger, avec sa table rectangulaire du château, de nombreux serviteurs noirs en livrée brodée et babouches rouges, s'affairaient efficacement. L'ensemble semblait une chorégraphie parfaitement au point. Les couverts du Baron et du Grand-Rabbin du Caire, Naoum Effendim, étaient toujours mis qu'ils soient présents ou absents.
Il est difficile de décrire le luxe de vie de la grande bourgeoisie juive de l'époque. Lors des réceptions dans des villes somptueuses, il y avait a profusion de l'argenterie monumentale et les plus belles cristalleries. Les invités arrivaient dans des calèches tirées par des attelages de deux chevaux.
Peu après, les choses commencèrent à changer d'abord, à se dégrader ensuite. L'arrière petit-fils du Baron De Menasce, un ami est devenu promoteur immobilier à Paris, mais rêve de la Jérusalem d'Or.