Honneur, dignité et justice?

Un combat important se livre en ce moment. Le combat pour la restitution des biens spoliés aux Juifs durant la seconde guerre mondiale.

 Les états, les banques, les assurances se sont d'office institués les héritiers de ceux qui morts en déportation. Les Etats et pas uniquement ceux de l'Axe, mais aussi les Alliés et les neutres.

(Mais vous avez dit " neutres " ? Choisir d'être neutre entre le mal et celui qui lutte contre lui c'est se ranger du côté du mal ! Et que dire alors lorsqu'on le neutre en retire un profit économique ? Et que dire lorsque le neutre refoule des gens en danger de mort, n'en acceptant que quelques-uns?)

Pourquoi avoir tant attendu ! demandent les banquiers, les assureurs, les états. Pourquoi venir maintenant ? Et que réclamez-vous ? Nous savons bien que les juifs étaient pauvres avant guerre, miséreux , concluent-ils.

Pardon ? Veut-on nous faire croire que les six millions de Juifs morts en déportation n'avaient ni compte en banque, ni polices d'assurance, ni biens immobiliers ! Qu'ils ne possédaient que les vêtements qu'ils avaient sur eux ? (Et ce qui vaut pour les Juifs vaut aussi pour les Tziganes? )

Lors de sa dernière visite en Europe il y a quelques jours, Israel Singer, Secrétaire Général du Congrès Juif Mondial et co-président de WJRO (World Jewish Restitution Organisation), une des chevilles ouvrières de ce combat pour la mémoire et la justice, a livré quelques chiffres. Ils parlent d'eux-mêmes: 5 grandes compagnies d'assurances : Winterthur, Axa, Zurich, Generali et Allianz détenaient, à elles seules, 1.100.000 (un million cent mille!) polices d'assurance établies par des Juifs. 30.000, trente mille, wagons de biens (meubles, vêtements) arrachés aux Juifs de France) ont été vendus par les nazis dans les pays neutres pour alimenter leur effort de guerre. 90 millions de livres (combien de bibliothèques ?) ont été dérobés à ces mêmes juifs français et plusieurs milliers d'?uvres d'art volées vendues en 1946 p Paris au profit de son trésor public (et beaucoup pendent encore, parait-il, aux cimaises du Louvre). Quarante pour cent de la propriété immobilière polonaise étaient, avant guerre, aux mains de ces Juifs misérables et pauvres. La Hollande a liquidé aux enchères, il y a quelques années encore, des bijoux dépouillés aux Juifs? Le Portugal a commercé jusque dans les années 70 de l'or " nazi " (volé) via Macau. Plusieurs dizaines de kilos par semaine. Les Etats Unis, qui faisaient signer aux quelques rares personnes accueillies sur leur territoire, une promesse de quitter le pays dès la fin du conflit les enfermaient dans un camp près de New York). Et la Suisse, cette Suisse si saine, si propre, si nette?

En Belgique beaucoup reste à faire. Les banques ont l'arrogance malsaine. Mais elles devront elles aussi ouvrir leurs archives, ou ce qu'il en reste.

Nos parents, nos grands-parents, nos frères et nos s?urs morts en déportation, n'étaient pas les mendiants que veulent nous faire croire ces  respectables banquiers et assureurs et ces hommes d'état moralisateurs.

De qui se moque-t-on ? Les Juifs ne mendient pas. Les Juifs réclament justice. Simplement justice. Uniquement justice. Dans le passé les Juifs étaient aussi spoliés. On les expulsait, on les massacrait, on confisquait leurs avoirs et, lorsqu'ils étaient autorisés à revenir, on ne leur rendait ni leurs biens personnels, ni leurs biens communautaires. Mais, pour la première fois dans l'Histoire, les Juifs réclament.

Le monde n'était pas habitué à ceci. et, autre nouvauté à laquelle le monde n'était pas habitué, pour la première fois on leur répond. Mal peut-être, imparfaitement sans doute, par des mensonges parfois, mais le monde leur répond.

A la question : pourquoi avoir attendu tellement de temps ? voici quelques réponses :

- Les victimes devaient sortir du cauchemar. Se reconstruire d'abord. Reconstruire leur vie. Créer et assurer la survie de l'Etat d'Israël.

- Les hommes qui avaient commis ces spoliations étaient toujours à la tête des banques, des assurances, des états. Ils n'allaient quand même pas reconnaître qu'ils avaient agit dans l'illégalité?.

- Les archives étaient inaccessibles (une partie l'est encore d'ailleurs - peut-être en passe d'être détruite, nous l'avons vu avec - au moins - une banque suisse).

A ceux qui nous disent qu'il ne faut plus remuer le passé de crainte de créer de l'antisémitisme, je leur répondrais que c'est cette attitude, lâche et couarde au contraire, qui nourrira l'antisémitisme. Elle prouvera que les Juifs, incapables de faire respecter leurs droits les plus élémentaires, ne sont pas respectables. Rappelez-vous le proverbe  : " Tanto dizimos amen ke mos kayi el taleth ". (nous avons tellement dit amen que le taleth est tombé). Exigeons nos droits afin que nous puissions vivre dans le futur comme citoyens égaux car si, par malheur, on nous les refusait, notre place serait ailleurs puisque, dans nos pays, nous serions des citoyens de seconde catégorie, taillables et corvéables à merci, avec cette épée de Damoclès sur la tête : redevenir, une fois de plus, ces untermenschen que voulaient les nazis.

 

 

Moïse Rahmani
 
 
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